Sahara occidental [4/5]: les familles de militants disparus et prisonniers demandent justice

Sahara occidental [4/5]: les familles de militants disparus et prisonniers demandent justiceRFI Afrique – Suite de notre série dans les territoires administrés par la RASD, la République arabe sahraouie démocratique.

Parmi les revendications portées par les militants sahraouis : la vérité sur les personnes disparues lors de la conquête territoriale marocaine, la libération des militants indépendantistes et l’amélioration des droits humains dans les territoires qualifiés d’« occupés » par le Maroc. Rencontre dans les camps de réfugiés avec certains de ces militants.

C’est en mère de famille et en grand-mère que Nuha Abidim nous reçoit dans le salon de sa maison du camp de Boujdour, pour l’immuable cérémonie du thé.

Mais en 1976, c’est en petite fille de sept ans qu’elle fuit l’avancée des troupes marocaines dans le territoire sahraoui que viennent de quitter les Espagnols. L’aviation marocaine bombarde l’oasis d’Oum Breyda. La famille embarque dans un camion, sans son père, Abidin Buzeid Allal, qu’elle ne reverra jamais.

Après avoir affirmé qu’il était vivant dans un camp de réfugiés sans en apporter la preuve, le Maroc lui a assuré qu’il était décédé en prison en 1980. Mais faute de preuves, de corps, et en raison de témoignages contradictoires, Nuha Abidim n’arrive pas à croire à la version officielle.

« Jamais ! Je ne suis pas convaincue. Il y a beaucoup de contradictions. Ils ont dit ne pas l’avoir, puis m’ont dit qu’il était mort en prison. C’est toujours confus. On ne sait pas s’il est mort : si oui, où est-il mort ? Je veux aller sur place. Je n’ai pas de rancune vis à vis du peuple marocain qui est un peuple frère. Mais le gouvernement, lui, a tué mon père, m’a arraché mon sourire d’enfant. Contre lui, j’ai beaucoup de colère.»

Le « trou noir » en matière de droits humains

En 2010, après des années de pressions internationales, la Commission marocaine des droits de l’homme a reconnu 638 disparitions forcées de militants sahraouis dont 351 ont été exécutés ou sont morts en détention.

L’Association des familles des prisonniers et disparus sahraouis, recense pour sa part 444 décès, mais déplore que depuis le Sahara occidental soit retombé dans un « trou noir » en matière de droits humains. C’est le mot qu’emploie Abdeslam Omar Lahcen, président de l’Afapredesa : « Créer un climat de terreur, en plus des détentions arbitraires qui continuent, la pression économique en expulsant du travail bon nombre de militants en les envoyant à l’intérieur même du Maroc… C’est l’unique moyen de pouvoir maintenir sa main mise sur la population et sur les ressources naturelles. C’est l’enjeu de toute cette histoire. »

Un tribunal militaire « qui échappe à tout contrôle »

Arrêté à Laayoune, condamné par un tribunal militaire en 2015, Salah Lebsir a passé quatre ans en détention, avant d’être libéré et de gagner les camps de réfugiés en Algérie. Il explique que « les autorités marocaines surveillent les militants sahraouis. Si on vous voit avec un drapeau, réclamer l’indépendance, participer à une manifestation, on vous suit et on vous attrape. On passe au tribunal militaire qui échappe à tout contrôle. J’ai passé quatre ans en cellule, sans avocat ni médecin, à subir des mauvais traitements. On essaye de nous faire craquer psychologiquement, mais ça ne marche pas, notre demande d’autodétermination est légitime. »

En quête d’une figure pour médiatiser leur combat, les militants sahraouis mettent en avant Sultana Khaya, active à Boujdour contre l’exploitation des ressources naturelles par le Maroc. La presse marocaine la qualifie de « mercenaire à la solde du régime militaire algérien ».

De notre envoyé spécial à Rabouni,
François Mazet

via cridem

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire