Sahara occidental [2/5]: la fête de l’Unité, moment de transmission

Sahara occidental [2/5]: la fête de l'Unité, moment de transmissionRFI Afrique – Deuxième volet de notre série sur les territoires administrés par la RASD, la République arabe sahraouie démocratique. Chaque année, le 12 octobre, le Sahara occidental célèbre sa culture avec la fête de l’Unité. Une fête marquée cette année par le retour au pays de membres de la diaspora, privés de visite à leur famille à cause de la crise sanitaire.

Des rangées d’enfants en costume traditionnel sont exhortés par leurs professeurs à chanter avec entrain, tandis que les femmes distribuent des dattes ou préparent le thé sous des tentes traditionnelles. Chants, danses, traditions, costumes.

Pour la semaine qui marque la fête de l’Unité du peuple sahraoui, « il faut absolument affirmer sa singularité », souligne Ahmed-Nah.

Cet étudiant en droit en France n’était pas revenu dans les camps depuis quatre ans : « L’espoir est porté par chaque personne qui habite ici. Notre peuple a une culture bien différente des Algériens, bien différente des Marocains et cette fête le montre. Tout montre que l’on est un peuple qui ne ressemble en rien à nos voisins. L’envahisseur marocain insiste, lui, pour dire que l’on fait partie de son peuple. Non on ne partage aucun point commun. »

Territoire disputé

Depuis 1975, le statut de ce territoire, considéré comme « non autonome » par les Nations unies, fait l’objet d’un conflit entre les indépendantistes soutenus par l’Algérie, et le Royaume du Maroc.

D’un côté, cinq camps de réfugiés et plus de 170 000 personnes sont établis depuis 45 ans en Algérie, autour du centre administratif de Rabouni. De l’autre, le Front Polisario contrôle 20% des territoires du Sahara occidental, le reste de l’ancienne colonie espagnole étant administré par le Maroc.

Devoir de « solidarité »

À l’exemple d’Ahmed-Nah, investi dans les organisations de jeunesse de la diaspora, le front Polisario envoie ses futurs cadres étudier à l’étranger. Certains y resteront, d’autres reviendront, mettant en avant le devoir de « solidarité » au sein du peuple sahraoui, et de dévouement à leur cause.

Khadija a 16 ans, rêve d’étudier la médecine à Cuba, mais jure qu’elle rentrera ensuite œuvrer dans les camps : « Nous avons une politique qui nous donne des opportunités pour partir étudier, mais ce doit être seulement pour ensuite revenir et travailler pour ce pays. Ici, il y a des hôpitaux et d’autres choses, donc nous, si nous avons la chance de partir étudier, c’est seulement pour servir le peuple sahraoui et l’aider à obtenir sa liberté. »

« Arracher l’indépendance »

Pour les autorités de la RASD, la question de la transmission de la mémoire et de la culture est décisive afin d’entretenir la flamme de l’indépendance parmi la jeunesse. « Je suis venu ici à 7 ans, confie Assa Bobbih est la wali, la maire du camp de Boujdour. J’ai passé toute ma vie ici dans ce désert, j’y ai fait mes enfants mais je regarde vers l’avant pour voir l’indépendance ou mourir dans cette voie. 46 ans dans un refuge, 46 ans de larmes, de sang, ça veut dire que le peuple sahraoui est disposé à arracher son indépendance. »

La fin d’un cessez-le-feu vieux de près de 30 ans avec le Maroc et la reprise des combats en novembre dernier ont alimenté le sentiment national parmi les jeunes des camps, qui veulent croire que le statu quo et l’exil ne seront pas toujours une fatalité.

Par François Mazet

via cridem

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