Le général Lebatt Ould Maayouf : pourquoi maintenant ?

Le général Lebatt Ould Maayouf : pourquoi maintenant ?Ely Ould Krombelé – Je vous concède le droit de vous exprimer où et quand vous le voulez. Même si vous êtes tenu par le devoir de réserve en tant que général admis à la 2eme section d’une part, aussi votre patrimoine génétique, votre forte personnalité et surtout la qualité de vos services rendus à la nation, ce, de père en fils, vous confèrent une prestance et une préséance de premier plan, d’autre part.

Mais il ne faut pas que cette envergure socio-culturelle dissuasive à l’image d’Epinal vous pousse à ignorer toutes les valeurs cardinales que doivent, donc que peuvent (impératif catégorique) véhiculer les « âmes bien nées »

Votre patronyme doit vous exhorter à réfléchir avant de vouloir agresser verbalement un homme d’Etat qui n’a jamais fait de mal à personne. Je dis bien à personne. Aussi le propre d’une progéniture née de deux célèbres tentes jumelles de l’Adrar est d’abord le respect quasi-olympien de celui qui a eu toujours de la considération pour vous.

Alors faut-il couvrir d’opprobre le seul président Mohamed Cheikh Ould Ghazwani, quant à la situation peu enviable de la Mauritanie, et dont la responsabilité , sans doute collective est facile à déterminer, de décembre 1975 à nos jours? Mon général pourquoi élever la voix maintenant et non pas du temps de Maawiya ou surtout du temps de Mohamed Ould Abdel Aziz? Pourquoi ces pamphlets, ces gesticulations (hzam Boidiyé) qui ne grandissent pas justement le petit fils de l’illustre Hzam Ould Maayouf que vous êtes ?

A/ Le temps de l’admiration:

Personnellement, j’ai toujours eu de l’admiration pour Lebatt Ould Maayouf. En 1980, à ma sortie de l’Emia et après avoir été retenu par le lieutenant Felix Négri, mon commandant de brigade pour former les premiers caporaux de l’Armée à Tod au nord d’Atar, j’étais le seul de ma promotion à être muté au secteur autonome de Kaédi (sak).

Le commandant de secteur ,feu Bellahi Ould Maouloud était secondé par le lieutenant Lebatt Ould Maayouf, qui ne s’entendait guère avec le sous-lieutenant Mohamed Ould Abdel Aziz que j’ai trouvé devant moi et avec qui j’ai sympathisé. Je ne savais pas pourquoi il y avait une mésentente entre Lebatt et Aziz depuis 1980.

Le 16 Mars 1981, Aziz et moi avec un escadron de combat, et sous les ordres du lieutenant Lebatt avons été acheminés à l’aéroport de Kaédi au motif de le sécuriser en empêchant tout aéronef d’y atterrir.

Je me souviens encore de la question d’Aziz: » même les avions en provenance du Sénégal ? « , et la réponse du lieutenant Lebatt, en démarrant sa « land-rover british », même les avions sénégalais, car votre mission est de tout détruire, disait-il en ricanant ». Le général Lebatt a toujours eu un caractère désinvolte, voire suicidaire.

Depuis des années sont passées, Aziz est devenu président et Lebatt a été un moment réhabilité, et travaillait même sous ses ordres. Cependant on lui a refusé le grade de divisionnaire, malgré quelques gesticulations qui n’ont pas porté leurs fruits.

Pourtant au plan strictement militaire le général Lebatt Ould Maayouf mérite tous les galons voire toutes les distinctions, car ayant un cursus envieux, formé aux USA chez les Rangers, avec un moral de fer , un allant qu’on ne trouve que chez les forces spéciales. Cependant durant toute la période où il a travaillé sous les ordres de Ghazwani , ce dernier ne n’a jamais malmené, ni lui ni un autre.

Alors, mon général vos revendications , et vos messages audio devraient commencer du temps de Mohamed Ould Abdel Aziz…N’est-ce pas?

B/ Un président de l’Est mauritanien: ça passe encore mal

Les communiqués prônant la scission des régions du Nord du reste de la Mauritanie, les messages audio du même genre ne constituent pas un prélude mais plutôt une constance philosophique chez certains compatriotes qui observent les gens de l’Est avec condescendance.

Pourtant ces patriotes qui ont façonnée ce qu’on appelle désormais la Mauritanie moderne, en la sauvant à chaque fois des précipices, en agrandissant son espace vital, méritent mieux que défiance et méfiance. Ignorez-vous que la majeure partie des tribus de l’Est viennent du Nord (Sahara) ou du Centre (Tagant).

Les Oulad Nacer et leurs proches cousins les Oulad Mbarek ont fait plus qu’un siècle au Trarza et surtout au Tagant. Les Oulad Mbarek ont poussé les frontières du peuple Maure jusqu’aux confins soninké du Baghnou (Zara, Nouwara ou Nara pour les maliens ), les Oulad Nacer , jusqu’à Nour ou Nioro pour les Maliens.

Les Mechdouf de Timbédra qui ont mis fin au prestigieux émirat des Oulad Mbarek du Hodh en 1863, sont les cousins des Idouich du Tagant. Doit-on en vouloir à ces pionniers qui ont donné à la Mauritanie actuelle un vaste espace vital? Il faut que les fauteurs en eau trouble cessent de répandre des velléités sécessionnistes, alimentées cette fois par les propos d’hommes politiques ou de personnalités « haut de gamme ».

La Mauritanie est une, et on ne peut la diviser. Les richesses naturelles que sont le fer, le poisson, la bauxite, l’or, les bovins, le bois etc…sont des propriétés communes. Le seul problème de la Mauritanie , c’est le partage inéquitable des richesses entre ses citoyens, détournées par des hommes corrompus.

C/Et pourtant le temps est propice

Je dirais au général Lebatt Ould Maayouf que le moment le plus propice pour un patriote mauritanien, soucieux de servir son pays, c’est maintenant. Sous le pouvoir du président Mohamed Ould Ghazwani, les ministres, les directeurs, les chefs de corps, les simples fonctionnaires du public et du privé peuvent travailler sans contrainte, autrement sans pression. C’est à partir de là qu’on peut distinguer entre les fonctionnaires véreux et ceux de bonne moralité, entre les éternels corrompus et les patriotes chastes, animés de probité.

Mon général, vous avez partiellement raison car le caractère du président qui va à son rythme et qu’on suppose « lent » peut présager d’un relâchement, voire d’un détachement à l’égard de la chose publique. Mais la solution n’est pas venue du bouillonnement du sang de Mohamed Ould Abdel Aziz, ni des crises de nerfs de Maawiya, encore moins des « opérations coups de poings » de Ould Haidalla.

Tout cela n’a pas empêché les détournements des deniers publics, ni la paupérisation d’une population dont le sous-sol regorge de richesses. Mon général même si une révolution venait d’éclater, le « changement radical » n’aura pas lieu. Car nos « élites » ne sont pas à la hauteur, notre peuple n’est pas encore éduqué tant qu’il ne fera pas la différence entre la gamelle individuelle et le haut-fourneau au rendement ingénieux et collectif.

Enfin je vous demande en cousin et ami d’atténuer le flux de votre sang princier et de méditer les paroles du grand émir et résistant Bakar Ould Souid’Ahmed du Tagant . Mon général l’ère des chevaliers est révolue, et quelle que soit la lenteur de l’escargot, il peut toujours arriver à point. Car au temps des cerises peut succéder aussi celui des marabouts. Il faut savoir raison garder. A bon entendeur, salut./.

Ely Ould Krombelé , France

via cridem

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