Nouakchott face au changement climatique : Peur sur la ville/Par Mohamed Ould Ahmed Ould Mokhtar

La situation du littoral et la vulnérabilité de la ville de Nouakchott ont donné lieu à une littérature abondante, depuis plusieurs années déjà.
Nouakchott fut bâtie,  dans toute sa partie ouest, sur une large dépression de l’Aftout Es Sahli  (Sebkha), en dépit des réserves émises par des experts sur le choix de cet emplacement situé en deçà du niveau de la mer et caractérisé par des altitudes comprises entre +1m et -1m  et un terrain couvert d’un sable argileux imperméable et saturé en eau de mer salée. Cette eau ne pouvant ni être absorbée ni écoulée, il en résulte une hausse de la nappe phréatique avec un grand risque d’inondation.
D’un autre côté,  le cordon littoral qui constitue le principal rempart de protection de la ville contre les incursions marines, connaît une forte dégradation consécutive aux effets  cumulés de facteurs  naturels et humains : engraissement de la côte au nord du port et érosion au sud, élévation du niveau de la mer, urbanisation accélérée et incontrôlée, exploitation excessive du sable, activités industrielles et touristiques diverses, détérioration du couvert végétal, d’ores et déjà faible,  du fait des  sécheresses prolongées et des actions dévastatrices de l’homme et de ses dromadaires.

 

Etudes à la pelle
Cette dégradation s’est accentuée et accélérée sous les effets du changement climatique généralisé dû au réchauffement de la planète.
De nombreuses publications furent consacrées à l’analyse de tous ces phénomènes dont on peut citer, à titre d’exemple :
-Etude de faisabilité de la fixation des dunes du littoral de Nouakchott ;
-Contribution à l’étude géologique du Quaternaire du Littoral Mauritanien entre Nouakchott et Nouadhibou, 18°et 21°de latitude Nord ;
-Evaluation Stratégique Environnementale et Sociale de l’exploitation du sable noir en Mauritanie ;
-Etude de l’évolution de la ligne de côte au niveau du Port de Nouakchott à  partir d’une chronique d’images SAR d’ENVISAT ;
-Protéger les ressources  marines, côtières et terrestres en Mauritanie :GTZ,
-Etude de l’Impact Environnemental et Social ( EIES) du point d’Atterrissement de Nouakchott dans le cadre du Projet Câbles Marins ;
- Le Littoral Mauritanien : un Patrimoine National : une ouverture sur le monde ;
- Plan Directeur d’Aménagement du Littoral Mauritanien ;
-Document de Formulation du Portefeuille National sous le FEM 5 pour la Mauritanie ;
-Analyse des phénomènes actuels et projetés liés aux impacts du changement climatique et proposition de mesures aux risques d’inondation de Nouakchott;
-  Etude de la vulnérabilité et Plan d’Adaptation de la région de Nouakchott face au changement climatique …..
Les conclusions de ces études menées par des experts, suffisamment avertis des questions environnementales, suffisent pour édifier les décideurs sur les bons choix stratégiques à envisager.
La toute dernière publication, celle qui a fait couler le plus d’encre, est le rapport du Groupe de Travail 1 du GIEC intitulé « Changement Climatique 2021 : les éléments scientifiques, approuvé et validé par les 195 pays membres du GIEC. »
Ce rapport précise, entre autres, que le changement climatique dû au réchauffement de la planète,  que provoquent  les importantes émissions de gaz à effet de serre, n’épargne aucun pays et qu’il est irréversible. La hausse des températures peut toutefois être stabilisée aux alentours de 1,5°C  si les émissions de dioxyde de carbone (CO2), principal moteur du changement climatique, sont ramenées au niveau zéro.
Le changement climatique a de multiples  incidences sur les températures, l’humidité, la sécheresse, les vents, le cycle de l’eau, la répartition des pluies, les océans……
Quant à ses effets sur les zones côtières, le Rapport les décrit en ces termes : « les zones côtières seront confrontées à l’élévation du niveau de la mer tout au long du XXIème siècle qui contribuera à accroître la fréquence et la gravité des inondations dans les zones de faibles altitudes et à accentuer l’érosion du littoral. Les épisodes de niveaux marins extrêmes qui survenaient une fois tous les 100 ans pourraient se produire tous les 10 ans d’ici la fin du siècle ».

 

Appels alarmistes
Il est donc clair que la ville de Nouakchott, de par sa position géographique, est concernée au premier plan par ces changements : ses infimes émissions de gaz à effet de serre ne la font pas, pour autant, échapper aux méfaits de ce processus de transformations mondiales.
Partant de ce constat, des appels alarmistes ont été lancés mettant en garde contre les menaces évidentes qui pèsent sur la capitale et le péril qu’elle encourt.
La question qui se pose maintenant, qui laisse perplexe, est précisément de savoir qu’elle sera  la réaction des autorités alors qu’il y a véritablement « péril en la demeure ».
Il y a lieu de préciser, ici, que, dans de telles circonstances, les fuites en avant ne sont plus admises car « les faits sont têtus »: la réalité doit être affrontée avec sérieux et responsabilité car c’est de l’existence même de la capitale qu’il s’agit.
La première réplique devra être la prise de conscience de l’ampleur de la tragédie prévisible  et de la nécessité d’y faire face avec fermeté et détermination  et avec toute la célérité qu’appellent les circonstances.
La seconde réaction consistera en la mise en œuvre des conclusions des études précitées (stratégies, plans d’actions, mesures à appliquer…..) .Il n’est certes pas interdit d’innover dans ce domaine.
Mais, le plus important, dans cette démarche, reste l’adhésion des citoyens aux projets et leur participation effective et active à toutes  leurs étapes.  En fait l’implication des représentants des populations (associations, syndicats, leaders d’opinions, …..) , outre le fait qu’elle attise en eux le sens du devoir et  de la responsabilité,  les met en confiance vis à vis d’eux-mêmes et vis à vis des projets et  leur donne l’occasion d’y apporter leur contribution aux initiatives prises à tous les stades de leur évolution.
Cette approche hautement participative et implicative est un garant de transparence, de continuité et de succès desdits projets.
L’expérience vécue, en matière de gestion unilatérale des projets, n’a pas été concluante.  En effet, nombres de projets n’ont pu être achevés suite à  des défaillances multiples (mauvaises gestion, incompétence techniques….) et ceux,  rares, qui ont pu être conduits jusqu’à leurs termes, ont connu de nombreuses détériorations du fait de l’absence de contrôle et du manque d’entretien.
C’est précisément  pour contourner toutes ces difficultés et s’assurer en même temps de l’efficacité et de la justesse des actions à mener, qu’il est fait recours à l’approche participative où les décisions et les responsabilités sont partagées et où  prime la recherche de  l’intérêt général.
C’est dans le cadre d’une telle vision que doivent s’inscrire les grands projets relatifs à protection de la ville de Nouakchott.

Le Calame

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