La Mauritanie face à la Covid-19, un cas d’école Par Dr. Hampâté Ba*

Pour trois principales raisons, il n’est pas question ici de faire le bilan de la COVID-19 en Mauritanie : la pandémie est loin d’être finie, sa gestion multisectorielle est coordonnée au plus haut niveau de l’État et la lutte contre elle sur le terrain est pluridisciplinaire donc fait appel à plusieurs spécialités. Avant de développer la riposte mauritanienne à cette pandémie, il serait utile de rappeler que l’année 2019 est l’année de l’alternance démocratique à la magistrature suprême, marquée par l’élection de SEM Mohamed Cheikh El Ghazouani sur la base d’un ambitieux programme Taahoudaty. L’année suivante est celle du début de la pandémie de la COVID-19, un évènement sanitaire indésirable de santé publique.

En effet, ce qui n’était en décembre 2019 qu’un évènement de santé publique circonscrit dans un marché de la ville de Wuhan en Chine, est rapidement devenu le 30 janvier 2020 une Urgence de Santé Publique de Portée Internationale (USPPI), pour se transformer en pandémie le 11 mars 2020, et enfin atteindre notre pays le 13 mars 2020 par l’intermédiaire d’un cas importé d’Europe.  Bien avant ce cas initial, la riposte nationale à la maladie a commencé, puisque dès la déclaration de l’USPPI, la Mauritanie s’est volontairement mise en état d’alerte et de préparation. Le risque d’une situation incontrôlable était bien mesuré par les autorités eu égard à la position géographique du pays et le flux de passagers aux portes d’entrées terrestres et aériennes ; les dispositifs sanitaires et les contrôles aux portes d’entrées ont été renforcés. La déclaration par l’OMS que la COVID-19 est devenue une pandémie, a induit en Mauritanie, une accentuation de la sensibilisation sur les mesures barrières et l’instauration d’un plan de confinement des voyageurs.

 

Mesures urgentes

Après le cas initial et l’amorce d’un cluster de Covid-19, SEM Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a saisi l’ampleur des difficultés auxquelles seront confrontés nos services sanitaires et les effets collatéraux d’ordre socio-économique de cette pandémie sur les mauritaniens. Il a ordonné la prise de mesures urgentes pour protéger la santé et le pouvoir d’achat de nos populations.

Dans ce cadre, un comité interministériel chargé de la gestion et du suivi de la pandémie de COVID-19, présidé par SEM le Premier Ministre a été rapidement mis en place, avec une fréquence de réunion hebdomadaire. Ce comité a joué un grand rôle dans l’acquisition d’équipements biomédicaux, d’oxygène, de vaccin, et dans le suivi de la gestion du fonds de solidarité sociale pour la lutte contre la COVID-19. Il a permis la mobilisation et l’acheminement vers Nouakchott de plusieurs centaines de milliers de doses de vaccins anticovid-19 et a suivi de près le déroulement des différentes campagnes de vaccination. Outre ce comité, quatre commissions spécialisées ont été mises en place. Chacune est présidée par un ministre de la République et est composée d’autres ministres et personnes ressources selon son champ d’action. Il s’agit des commissions santé/sécurité, veille économique, logistique/intendance et communication/sensibilisation. Ces commissions sont les chevilles ouvrières de la gestion de cette pandémie en termes de Personne, Temps et Lieu. On se souvient du temps où les personnes étaient mises en quarantaine, en confinement, suivies médicalement à domicile ou dans les hôtels. On se souvient du transport et de l’hébergement des personnes, des repas distribués et de la réception des dons. On se souvient des éléments de nos forces de sécurité et de défense chargés de veiller sur les mesures du couvre-feu et la fermeture des frontières. En outre, une cascade de mesures visant la protection de nos populations a été prise dès le premier jour et renforcée au fil du temps. Il s’agit principalement de la suspension des cours d’enseignement (16 mars 20), la fermeture de l’aéroport de Nouakchott (17 mars 20), la fermeture des frontières terrestres, la fermeture des marchés non alimentaires, le couvre-feu de 20h à 6h (19 mars 20) puis de 18h à 6h (21 mars 20), la création d’un fonds de solidarité sociale pour la lutte contre la COVID-19 (25 mars 20), la suspension de la prière du vendredi (27 mars 20) et l’interdiction des déplacements entre les wilayas (29 mars 20).

 

Appuis aux ménages

En guise de mesures sociales d’accompagnement visant à subvenir à la demande sociale en période de crise sanitaire, et à lutter contre les effets collatéraux de la COVID-19, citons l’opération de gratuité de l’eau en milieu rural, de l’électricité et l’opération de transfert cash. Elles sont d’un grand apport aux ménages qui ont bénéficié de plusieurs appuis. Ces opérations sont une réussite gouvernementale et une aubaine pour les ménages pauvres bénéficiaires. Pour être complet ajoutons-y la compensation des dépenses fiscales et communales et la sécurité routière.

Au niveau de la coopération internationale, si nous avons été un jour receveur de don, nous avons été un jour donneur de don, à l’image de celui que nous avons fait récemment au peuple frère et ami de la Tunisie.

Par ailleurs, des efforts importants ont été déployés pour combler les importantes failles de notre système de santé, hérité en 2019 et au début de la pandémie, dans un état désuet. Les efforts ont porté dans la mise en place d’un nouveau système de santé de qualité, efficace, proche des démunis et surtout résilient, principalement axé sur la lutte contre les épidémies, les épizooties, les pandémies et les évènements indésirables de santé publique. Ce nouveau challenge national édicté par le président de la République, dans un contexte de pandémie mondiale où toutes les frontières étaient fermées et les pays pourvus en technologies biomédicales recroquevillés dans une sorte de protectionnisme, n’était pas gagné d’avance. Dieu merci, dans ce domaine, nous pouvons dire aujourd’hui qu’au point de vue diagnostic de la maladie de la Covid-19, en huit mois nous sommes passés de zéro plateau technique pouvant faire le diagnostic de biologie moléculaire (RT-PCR) du virus SARS-CoV-2 à trois plateaux techniques d’une capacité totale de huit automates RT-PCR et six GenXperts, pour environ faire plus de deux milles tests RT-PCR par jour. Le dispositif sera complété, dans quelques jours, par l’acquisition d’un séquenceur d’acides nucléiques afin d’assurer au pays son autonomie dans la détection des souches mutantes et/ou des variantes de ce virus. Les tests antigéniques et sérologiques sont désormais disponibles dans les structures sanitaires des moughataas, pour faire le premier diagnostic de la maladie.

Si avoir une autonomie en termes de diagnostic de la COVID-19 est une chose importante, il n’en demeure pas moins que la prise en charge des cas graves est cruciale. Puisque c’est dans ce groupe que se compte les décès. Elle nécessite un grand sacrifie en termes d’acquisition d’équipements indispensables, pour pouvoir fournir aux cas graves de COVID-19 de l’oxygène pur sur les lits de réanimation. Un effort considérable a été fait dans ce sens par le Gouvernement. De dix respirateurs et quarante lits de réanimation disponibles au début de la pandémie, nous sommes passés respectivement à cent soixante-deux et deux cents trente-quatre, sans compter dix-sept échographes mobiles mis au chevet des cas graves, seize radios mobiles et 59 ambulances médicalisées affectées aux moughataas.

 

 

Le CCME en renfort

Dans la foulée de la prise en charge convenable des cas de COVID-19, un effort sans précédent a été accompli, pour leur hospitalisation. Commençons par le changement des itinéraires des malades classiques dans nos hôpitaux afin de minimiser le risque de contamination, idem pour le réarrangement des services d’urgences des hôpitaux, l’utilisation des blocs opératoires et des salles de consultation. Mais citons trois exemples, dès le 31 mars 2020, un pavillon ambulatoire d’une capacité modulable de 50 lits, pourvu de laboratoires et d’un plateau de radiologie a été réceptionné en urgence et mis à contribution. L’Institut National d’Hépato-Virologie et le Centre Hospitalier des Spécialités ont été réaménagés et équipés pour le premier, agrandi et équipé pour le second, dans le but d’accueillir les cas graves de COVID-19 tout en assurant sur place les analyses de RT-PCR et/ou tests antigéniques, ceci à l’image de l’hôpital Cheikh Zayed. Ces réaménagements et équipements ont touché tous les hôpitaux de Nouakchott et des wilayas. Ajoutons-y les deux hôpitaux mobiles de campagnes de notre armée nationale qui ont été d’un apport incommensurable et l’hôpital mobile des urgences d’une capacité de 220 lits nouvellement affecté au Centre National des Operations d’Urgences en Santé Publique. Le fonctionnement de tout ceci a nécessité le recrutement par voie de concours de plus de deux milles personnes. Le Collectif des cadres mauritaniens expatriés (CCME), présent sur le terrain avec sept médecins et un technicien en réanimation tous mauritaniens officiants habituellement à l’étranger, a été d’un grand apport dans la prise en charge des cas graves et le transfert de compétences.

En guise de conclusion, si cette pandémie à l’image de celle d’Ebola, a mis à genoux les systèmes de santé des pays où elle a sévi, Dieu merci, le nôtre a eu la chance de subir très tôt les modifications et réajustements nécessaires et de se comporter bien dans la gestion sanitaire de l’évènement indésirable. A cela s’ajoute le fait louable que les mauritaniens ont généralement respecté les décisions sociales et sanitaires prises pour les protéger de cette maladie. C’est pourquoi, nous nous en sortons in fine, sur le plan épidémiologique, relativement bien par rapport aux voisins africains et arabes. Comme le montre le dernier classement établi par le magazine Global Finance du 15 juillet 2021, qui place la Mauritanie au 10eme rang dans le monde arabe et 64eme au niveau mondial des pays les plus sûrs du monde pour l’année 2021. Ce classement prend en compte trois facteurs clés : la guerre et la paix, la sécurité personnelle et les risques de catastrophes naturelles y compris les facteurs de risque liés à la pandémie. Autant dire que l’évènement indésirable est venu interférer et sans entraver le Taahoudaty de SEM le président de la République Islamique de Mauritanie Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

 

 

*Conseiller au Cabinet du Premier 

In special Horizons du 1er août 

Deux ans sur le chemin de l’émergence

Source : Le calame

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