Les divagations du bâtonnier de l’ordre des avocats à propos du statut du président de la république…


Ahmed Ould Soueid Ahmed ( Vlane )

Voilà ce qui arrive quand les avocats décident d’interpréter la loi alors que leurs compétences et leur statut les autorisent à dire n’importe quoi pourvu qu’ils réussissent à convaincre les juges ou les jurés. Ainsi nous avons droit régulièrement aux interprétations des avocats de l’opposition ou du pouvoir comme s’ils pouvaient incarner la moindre autorité en la matière pour l’intérêt général. Le métier d’un avocat est de plaider la cause d’un client même criminel de sorte à battre l’avocat de l’autre partie, la lumière et la vérité étant censées jaillir de la confrontation des arguments opposés. Rien n’est donc plus hasardeux que se fier à l’avis d’un avocat en matière de droit.

Ainsi, à propos du projet de loi dit «  des symboles de l’Etat « , le bâtonnier de l’ordre des avocats a fait une sortie pour faire siens les cancans et les inepties qui enflent sur internet à propos de l’intention du pouvoir de rendre sacrée la personne du chef de l’Etat au même titre que la religion, le drapeau ou l’hymne national.

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Les divagations du bâtonnier de l’ordre des avocats à propos du statut du président de la république…
Maître Ebetty, puisqu’il s’agit de lui, a donc déclaré que l’outrage au chef de l’Etat ne devrait pas figurer sur le projet de loi au même titre que la sacralité de la religion, du drapeau ou de l’hymne national.

D’abord, il suffit de lire le projet de loi pour savoir que nulle part il n’y est question de sacralité de la personne du chef de l’Etat ni même du drapeau ou de l’hymne national. Le terme n’est employé qu’à propos de la religion. Donc c’est de la pure désinformation surtout à ce niveau de responsabilités. L’outrage au chef de l’Etat est mis seulement au même titre que le drapeau ou l’hymne national.

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Ainsi le seul débat devrait être de savoir si le statut du chef de l’Etat est à respecter autant que le drapeau ou l’hymne national. Puisque la Mauritanie est une république dite islamique, voyons le sujet sous l’angle de la religion : l’islam a 1400 ans alors que le drapeau et l’hymne national sont nés quasiment hier avec la création des états-nations au 19ème siècle soit à peine 200 ans. Il n’y a donc rien d’islamique à ce niveau donc rien de sacré surtout sachant que le croissant et l’étoile, comme symboles musulmans, sont d’origine ottomane, raison pour laquelle on ne les retrouve nulle part sur les drapeaux du monde arabe sinon au Maghreb… On devrait d’ailleurs se poser la question fondamentale de savoir si ce n’est pas Haram quelque part d’avoir un croissant comme symbole d’une république islamique alors que la lune a toujours été prise comme symbole païen notamment du dieu Aglibol et autre Baal ?

L’islam n’a pas de symboles ni de couleurs officiels incontestables. Les drapeaux du temps du prophète PSL étaient noirs ou blancs et ce  juste en temps de guerre mais jamais un astre ! C’est donc une grande responsabilité d’estimer que le croissant et l’étoile peuvent être les symboles officiels d’une république islamique… Ainsi en Arabie Saoudite, gardiens de lieux saints, personne n’a osé l’appeler l’Arabie saoudite islamique et le drapeau représente la monarchie et non l’Etat islamique. De là à retirer le croissant et l’étoile de notre drapeau pour le rendre incontestablement islamique, cela mériterait débat à moins de retirer le terme islamique qui est une grande responsabilité.

Quant à l’hymne national, c’est encore plus récent chez nous. A part pour la guerre du sahra, l’ancien hymne n’a jamais servi en temps de guerre et face à l’histoire il y a plus de raison de le rendre «  sacré » en mémoire de ceux qui  sont tombés pour défendre la nation que le nouveau drapeau azizien dont l’inspiration a divisé le pays sans parler de l’hymne national dont la musique est une création purement égyptienne.

En quoi ce drapeau et cet hymne seraient à mettre sur un piédestal supérieur au statut du chef de l’Etat, chef des armées, 1er magistrat du pays ayant droit de grâce quel que soit le crime commis sans parler de ses réels pouvoirs dans un pays comme le nôtre ? C’est un débat à avoir car il ne s’agit pas de Ghazouani ou d’un autre mais du président de la république incarnant la volonté du peuple souverain avec tous les pouvoirs afférents.

Quand maître Ebetty, pour étayer ses divagations, estime que le chef de l’Etat dispose déjà d’un arsenal juridique pour garantir son immunité, il est hors sujet car l’immunité concerne les responsabilités du chef de l’Etat en exercice face à la justice alors que le projet de loi parle de le protéger de l’outrage venu de ceux qui se permettent d’outrager sa personne au nom de la liberté d’expression.

Comment peut-on refuser de protéger le statut de chef de l’Etat de l’outrage ? La seule question devrait être la qualification du terme «  outrager » et non refuser au statut du chef de l’Etat le respect dû à ses hautes fonctions car il incarne l’autorité de l’Etat.

Le projet de loi proposé doit être amendé pour clarifier certaines choses notamment accepter le droit aux citoyens de filmer et photographier les forces de l’ordre si cela permet d’avoir une preuve d’abus manifestes. Il faut amender le texte pour préciser ce qu’il faut entendre par « outrage » mais ne pas aller faire le jeu de la désinformation en disant qu’il s’agit d’un texte tyrannique visant à sacraliser la personne du chef de l’Etat au même titre que la religion, le drapeau ou l’hymne national…

Ahmed Ould Soueid Ahmed ( Vlane )

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