La Mauritanie au bord de l’abîme, l’insécurité et la corruption y règnent en maîtres absolus.

Il est difficile de nier qu’aujourd’hui l’insécurité est la chose la plus partagée en Mauritanie tout comme la corruption bien entendu.           

De toutes les villes fuse un « sentiment d’insécurité » avec  une « demande sociale de sécurité » qui se fait de plus en plus pressante.

Devenue phénomène de société qui touche « tous les ménages » pour avoir envahi tout le pays, l’insécurité chez nous est d’autant plus préoccupante sachant qu’elle est l’œuvre même des pouvoirs publics sensés la combattre, selon tous les constats.
Il serait tout aussi aberrant de penser que l’État n’en mesure pas l’ampleur ou de dire que ses services sont incapables de l’éradiquer. Par ce qu’il ne se passe plus un jour sans son lot de victimes de braquages à l’arme, de meurtres, d’agressions physiques, d’actes d’intimidation et de violences dans toutes ses formes au vu et au su d’une puissance publique négligente, nonchalante, corrompue parfois complaisante et souvent caractérisée par l’absence d’autorité ,au point que les populations ne daignent plus dénoncer les délinquants par peur de représailles.
Une dégradation inquiétante de la sécurité publique qui risque de mener le pays au chaos ; les citoyens appellent déjà à la vindicte populaire pour se protéger d’eux-mêmes, on voit circuler des images et vidéos montrant des populations qui se ruent sur des voleurs à coups de gourdins pour se faire leur propre justice dans un précédent jamais vu dans ce pays.

L’Etat a effectivement perdu toute sa force publique notamment ses pouvoirs de sanction et de réglementation qui lui permettent de gouverner en assurant la stabilité et la sécurité des populations et de leurs biens sur l’étendue du territoire.

On parle déjà de déliquescence avancée de l’appareil de l’Etat conséquente à la démission des autorités de leurs charges et responsabilités nationales en matière de sécurité publique.

Cette question d’insécurité revêt jour après jour une acuité toute particulière dans nos grandes villes qui ont connu ces dernières années des extensions anarchiques avec une démographie galopante à majorité des pauvres laissés-pour-compte, aux cotés des étrangers émigrés en situation irrégulière (pour la plus part) ,vivant une promiscuité dangereuse, loin de toute administration des services de sécurité.

Des « ghettos » de non droit qui prolifèrent sans arrêt aux alentours et aux cœurs de nos villes, sans éveiller la vigilance des autorités préoccupées ailleurs, à « qui mieux mieux » remplirait ses poches sur le dos de la bête.

Depuis l’instauration du « service payé » qui autorise les forces de la police nationale de louer ses services de sécurité-surveillance aux fédérations des transports, aux cérémonies festives dans les auberges et hôtels, aux clubs sportifs …etc  et en général à tout particulier « généreux » qui les sollicite.

Ce corps sensé incarné la face externe de l’autorité de l’Etat s’est pervertie, a perdu toute crédibilité en abandonnant ses missions régaliennes, ses membres versés dans la débauche sont enclins à servir au profit du plus offrant.

Plus de devoir ; plus de déontologie ; plus de résultat exigé ; au diable le ministère public, seul compte le port de la tenue et de la casquette pour signifier la présence d’une police qui en réalité n’en est pas une.

Peut-on parler de rôle protecteur des intérêts collectifs et particuliers ou de rôle répressif dans la recherche des infractions contre les personnes et les biens, quand t-il s’agit d’une police aux « services payés » ? On assiste là à une forme de corruption à ciel ouvert légalisée et légitimée.

Par contre dans son rôle de police politique, la police mauritanienne a toujours bien réussi a manipulé l’opinion afin de permettre au pouvoir de mieux maîtriser les réactions de la population et mieux contenir les activités subversives.

Notre police à été instrumentalisée par les différents pouvoirs politiques en tant que force organisée pour « imposer l’obéissance de la population lui attribuant le « monopole de la contrainte légitime » pour servir des desseins inavoués et non un groupement de professionnels de l’Etat en charge du maintien de l’ordre, de la protection du citoyen et de ses biens, de la protection des libertés publiques et de l’application stricte des lois.

C’est d’ailleurs pour ces raisons que l’ancien président Aziz l’avait blâmé, en 2011, avant de lui retirer la mission de la sécurité routière qu’il confia au GGSR aux prérogatives étendues en chevauchement même avec les autres missions de la police.

Une réponse qui malheureusement n’était ni appropriée ni suffisante pour redresser cet important outil de l’ordre public. Ce nouveau corps est déjà sur le pas de son ainé dans la dérive.
Il n’est donc pas étonnant de voir dans nos villes des malfaiteurs, des agresseurs à main-armée opérant de jour comme de nuit et à visage découvert, semant la terreur et commettant au passage des meurtres, des vols et autres délits de délinquance.

Et le comble de la désolation quand l’on découvre que ces actes sont souvent punis par des peines d’emprisonnement légères ou tout simplement acquittés par la « dame justice » également réputée corrompue à tous les niveaux.

C’est donc à juste titre, à bien des égards, que le débat sur l’insécurité prime aujourd’hui sur toute autre question. Les réseaux sociaux ne parlent que cela depuis l’assassinat du professeur TAH,

Les hommes politiques se dépoussièrent et montent au créneau pour dénoncer vigoureusement cette criminalité accrue exigeant du gouvernement de se décider à prendre des mesures radicales impliquant toutes les forces nationales de défense, demandant l’application de la loi dans toute sa rigueur et la lutte contre l’injustice sous toutes ses formes.

Ce débat sur l’insécurité refait surface avec force après ceux suscités par les attaques terroristes de Lemgheity(2005), de El Ghallawiya(2007), et de Tourine(2008) auxquels l’Etat avait répondu par une panoplie d’importantes mesures incluant l’organisation des journées de réflexion sur le thème profitant de l’intelligence collective pour adopter une approche multidimensionnelle qui finalement a permis au pays de repousser ce fléau hors du territoire.

On se demande pourquoi le gouvernement ne réagit pas avec autant d’intérêt, face à cette insécurité grandissante qui menace la quiétude de la population ?
Ou devrons-nous dire que « Tourine » était une menace à l’adresse du régime à laquelle il fallait répondre par un stratagème ?
Et que l’insécurité dont-on évoque aujourd’hui n’affecte que le petit-peuple condamné à souffrir jour après jour ?

Haroun Ould Rabani    newwassit@gmail.com

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