Aprés le confinement … La Guetna , une cure saisonniére nécessaire / par M’Bareck Beyrouk

…. Une société bien « Guetna » se forme sous les palmiers. C’est un rite annuel qui se renouvelle, c’est aussi un hymne à la datte, et aux belles traditions, c’est un rendez-vous aussi de solidarité.

 

 

La Guetna n’est pas une saison, la Guetna est une fête qui accueille, à bras ouverts, tous les arrivants. L’Adrar est une des régions privilégiées pour les amoureux de cette fête unique.

Ils viennent de partout, de Nouakchott, de Nouadhibou, du Trarza, des Hodh, de partout. Ils viennent goûter à la dolce vita adraroise, aux offrandes de la Guetna : l’eau pure, les dattes fraîches, l’ombre des palmiers, la chaleur bien sûr, dans tous les sens , et surtout la commission des cœurs et le repos des esprits.

La Guetna est dit-on d’abord un rendez-vous. Chaque année, venant de tout le pays, des milliers de personnes affluent vers l’Adrar, se croisent, se rencontrent, se connaissent, se tendent les mains. La Guetna est une occasion rêvée de retrouver des proches, des amis, de vieilles connaissances perdues. C’est aussi une saison où on enlève les vilains oripeaux de la fausse modernité, où on s’habille de naturel, ou l’on rit, sans gêne, avec des inconnus, et où l’on aide, sans préjugé, le voisin à tirer de l’eau, à cueillir des dattes ou à traire ses chèvres.

La Guetna tue les préjugés de classe. Si une très rare minorité de nantis, s’enferme dans des maisons climatisées (quelle absurdité en Guetna !) la très grande majorité des personnes riches oublient pour un temps leurs privilèges. Car en Guetna, il n’y a qu’un habit, le modeste boubou de Chega pour les hommes, ou le voile noir légèrement teint de  » Nila  » pour les femmes, il n’y a qu’un repas, le bon riz à la viande, sans aucune sorte d’assaisonnement, précédé de dattes fraiches, il n’y a qu’un seul luxe jouir de l’ombre voluptueuse des palmiers et de la doucereuse musique de l’eau qui passe. La Guetna s’offre à tout le monde et elle méprise superbement toutes les différences factices d’aujourd’hui.

La Guetna est aussi une cure. Tous les adrarois (et les autres) vous le diront : rien de mieux pour se refaire une bonne santé que la Guetna, c’est qu’en cette période, on oublie les aliments trop condimentés, trop gras des citadins, on élimine le superflu, on’ revient au naturel, on ne mange que ce qui adoucit l’estomac et les membres (dattes, repas chauds avec viande légèrement faisandée), et puis, et ça les adrarois y insistent, la forte chaleur, la vraie, sans humidité fortifie l’organisme, assèche les kilos superflu, redonne à l’organisme la légèreté nécessaire.

La Guetna est aussi une saison des joies et des plaisirs. Il n’y a pas de moussems organisés dans l’Adrar, mais les adrarois attendent souvent la Guetna pour organiser les grands mariages, pour tenir les grandes réunions tribales, pour rencontrer et discuter des grandes questions, et aussi pour des mémorables championnats de tir. Tout ce qui est grand se fait en Guetna. C’est pourquoi la Guetna est une fête.

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Mais les estivants ne se posent pas toutes les questions d’experts. Ils profitent de la guetna, et c’est tout. Certains ont acheté des palmeraies (parfois à pris d’or) et y vont chaque année. D’autres- viennent tout simplement acheter des dattes et louer des demeures.

Il arrivent en famille souvent, louent des palmiers pour la saison, s’installent dans des cases ou des maisons près des palmeraies et s’abandonnent au farniente de la guetna.

Beaucoup de personnes viennent aussi toutes, seules et circulent entre les oueds, entre les amis.

A Atar une structure hôtelière est là pour accueillir les arrivants. La ville dispose de 5 bons hôtels, près de 28 auberges avec un service qui s’affine d’année en année. Mais les  » gueytanas  » ne se sentent pas vraiment concernés par ces infrastructures, même s’ils possèdent les moyens d’en profiter ; l’esprit de la guetna est à leurs yeux antinomique de ces habitudes de touristes. La guetna, ce ne peut être que tradition, pas modernité, pas superflu. C’est un retour sur soi.

En fait, il y a quelque chose d’extraordinaire durant cette guetna, et les autres : le visage épanoui des gens, les regards rieurs, l’espèce de légèreté et d’amour de la vie qui anime les gestes. C’est cela, la guetna, une espèce de bonheur.

Pour lire la totalité de ce captivant  reportage de M’Bareck Ould Beyrouk dit  » Cheikhou »,réalisé en 2006 pour le compte de l’AMI,

cliquer ce lien :   http://www.idoumou.com/la-guetna-en-adrar

 

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