Maurichronique de Mint Ennass :Ordinairement…

nouadhibou manifL’autre jour, j’étais  à la direction de la Sûreté Nationale. Inutile de m’étaler sur les raisons de mon déplacement vers ces lieux. Je vous l’avouerais, un jour. Peut-être. Ou je ne l’avouerai pas. J’étais là-bas pour une raison, ou sans raison. Peu importe. J’étais là-bas, tout de même. Et, j’assume, contrairement, à tous ceux qui passaient, ou passent, là-bas un moment. J’étais là-bas, à l’étage, dans le couloir, yeux pointés vers les plus hautes citadelles de la République. Je les regardais de haut. Il m’arrive de le faire, même de mon trou perdu, au fond de nulle part, regarder de haut ces sphères et ceux qui s’y trouvent, habituellement.
Il était aux alentours de onze heures du matin. La journée était ordinaire. Une journée de la capitale politique, ni bonne, ni mauvaise. L’une de ces journées nouakchottoises qui passent sans laisser aucun souvenir. Tellement ordinaire qu’on en peut  se passer. C’est un peu le genre de ces moments neutres, sans saveurs, ni odeurs, ni aspérité aucune.
J’étais là, debout, comme on se tient debout, rarement, en plus,  dans le couloir de la direction de la Sureté Nationale. Je  regardais le palais présidentiel. Ordinairement.
Des femmes munies de banderoles étaient mobilisées, en petits groupes, devant le portail de la présidence. Non loin d’elles, des jeunes scandaient, m’a-t- il semblé, des slogans inaudibles. Inaudibles à moi, en tout cas. Inaudibles, aussi, au Maître de Céans. Je crois. Ordinairement, comme j’ai dit tantôt. Du déjà vu. De la tradition de la Mauritanie Nouvelle. C’est pourquoi, je confirme la normalité de la journée.
J’étais là debout. J’admirais le jardin présidentiel. Puis, j’aperçois, soudain, cinq signes. Il faut dire que je ne m’y connais pas vraiment dans la race  des singes. Je ne saurais dire donc s’ils étaient des gorilles, des chimpanzés ou des macaques.
Les cinq signes avançaient nonchalamment. Ils n’étaient pas pressés. Ils marchaient, à l’instar des marches en territoires sûrs, en territoires amis. Ils  traversaient le jardin, comme ils se dirigeaient vers l’ancien bâtiment du ministère des affaires étrangères. Ou vers quelque endroit où ils ont pris l’habitude de faire leur récréation.
De temps à autre, un policier sortait de l’un des bureaux, jetait son regard sur la direction qui distrait le mien et dit : ‘’Ah ! Les signes. Seulement, cinq, aujourd’hui.’’  Et, continue son affaire.

Je ne me souviens plus de la journée. C’était, il y a quelques jours. Ce n’était pas un jeudi, journée du conseil des ministres, où cinq  ministres et même plus pourraient bien prendre de l’air dans le grand jardin de la présidence. Et, marchaient nonchalamment, calmement vers quelque endroit.
C’est pour dire que la journée était ordinaire. Pas un jeudi de conseil des ministres, mais une autre journée ordinaire de la République.
C’était une journée ouvrable. Ordinairement ouvrable où on ne voit devant la présidence que des citoyens en détresse. Ordinairement ouvrable où on n’aperçoit, de l’immeuble de la sureté nationale, que cinq singes marchant sûrement, lentement, dans l’enceinte du palais présidentiel. Ordinairement.
Un policier me rejoint pour donner un rendez-vous pour demain. Demain, c’est sûr, me disait-il, votre affaire sera réglée. Et, vous aurez, aussi, l’occasion d’admirer un spectacle plus varié. Vous allez voir. Faites-moi, confiance. Demain c’est jeudi.

 

Mouna Mint Ennas

 

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