
Il se regarde dans la glace, dessine un petit rictus sur ses lèvres. Il fait passer sa main droite sur sa tête, la glisse sur son oreille droite, caresse sa joue, puis palpe son menton. ‘’ Lisse, se délecte-il, intérieurement.’’ Aucun poil mensonger ne pousse. Un menton aride, aussi sec que le sont les opposants de son régime, apporteur de sécheresse et de grandes misères. Le Patriarche n’aime pas les barbes. C’est pourquoi, il s’est allié avec les lames, les rasoirs et autres effets anti mensonge. Il a toujours su que le Salut des peuples réside dans l’acier, dans le fer…
Il avance d’un pas, se dirige vers le balcon, d’où il admire observer la foule humaine qui avance à quelques encablures de son Palais. C’est une marche de soutien. Il fait passer encore sa main sur son menton, toujours lisse, avant de sortir de la demeure pour accueillir les marcheurs.
Il se dépêche, suivi, en file indienne, des conseillers chargés, respectivement, des freins, des réducteurs ainsi que des deux chargés de mission, celui des points morts et celui des marches arrières. Les marcheurs, brandissant chacun un rasoir, scandent le même message : ‘’Rasez les barbes, rasez les barbes, rasez les barbes.’’
Arrivés au niveau du portique du Palais, le Président fait sortir un gros rasoir de sa poche, le hisse dans le petit ciel de la présidence et dit :
‘’ Ecoutez, je ne sais pas comment vous décrire la joie qui me gagne en cet instant, en vous accueillant, ici même, vous qui êtes les marcheurs de la République. Vous qui avez compris intelligemment mon discours sur l’interdiction du mensonge dans ces contrées. Une interdiction qui n’aurait pu avoir lieu, sans vous, bien sûr, sans votre engagement ferme, sans votre lutte sincère et sans relâche contre la barbe, la barbarie.
Aujourd’hui, c’est une belle journée, dans ma vie de Président. Je me réjouis de voir toutes ces barbes rasées. A vous les femmes, il ne m’échappe guère l’effort soutenu qui est le vôtre. Je sais que vous avez, vous aussi, rasé vos mentons. Je sais que vous êtes glabres. Mais, le geste est significatif. C’est un geste fort et plein de sens qui va droit dans mon cœur.
La lutte continue. Un défi a été relevé. Mais, plusieurs autres demeurent. C’est, vous le savez, cinquante années de gabegie, de pillage à bannir, à gommer de notre dictionnaire national. Le résultat, vous le connaissez, chers compatriotes. Beaucoup de richesses, beaucoup de bâtisses impressionnantes, beaucoup d’animaux. Heureusement, cette année, il n’a pas plu. C’est une chance pour la Mauritanie Nouvelle. Celle-là qui ne possède ni chameaux, ni vaches, ni chèvres, ni moutons. C’est un malheur qui s’abat sur cette ancienne Mauritanie, sur la classe politique qui a volé vos rêves. Notre défi du jour, je vous le dis, clairement, sincèrement : Il faut abattre tous les animaux du pays. C’est l’unique solution pour faire payer à ces voleurs les années de destruction nationale. Dans quelques jours, des missions sillonneront le pays. Elles seront bien outillées pour abattre tout animal qui marche sur quatre pattes. S’il y’a des animaux qui rampent, ils seront épargnés. N’oublions pas que je suis, tout de même, le Président des pauvres. Les animaux qui rampent sont des pauvres. Comme vous. Ils rampent. ‘’..