Dossier de la BCM : Un document qui interroge

Suite aux démêlées de l’ex-conseiller au ministère de la Justice dénonçant certains aspects de la gestion du dossier de la BCM – pièce non négligeable de la lutte contre la gabegie – l’Observatoire du Civisme et des Libertés (OCL) a publié un document visant à éclairer l’opinion publique  nationale, les institutions judiciaires du pays et les organisations internationales actives dans la lutte contre la corruption et pour la transparence.

L’OCL espère ainsi contribuer à celle-ci et l’éclatement de la vérité. Fourmillant de révélations sur ledit dossier, le rapport lève un coin du voile sur ce qui ressemble à une vaste « opération de recyclage et blanchiment d’argent et de récupération », doublée de trafic de fausses monnaies…

On y apprend notamment, via des aveux de personnes auditionnées, comment cette opération était orchestrée par la Banque Centrale, en complicité avec les hautes autorités de la République.

Censée garantir la souveraineté monétaire du pays, la BCM a couvert le recyclage de milliers (millions ?) d’euros et de dollars à provenance douteuse : préjudices à l’économie nationale ?

Des analystes et observateurs n’ont d’ailleurs pas manqué de se demander si le changement de la valeur de notre monnaie, sans aucune justification économique valable, n’a pas elle aussi servi à couvrir ces opérations de blanchiment et de recyclage d’argent. Et de parler en conséquence de « déstabilisation du système monétaire » que d’autres n’hésitent pas à qualifier de « crime »…

Troisième question posée par ce document, pourquoi une enquête n’a-t-elle pas été ouverte par le procureur de la République, fort des aveux fournis par les personnes interrogées dans l’enquête ? C’eût été pourtant la procédure. Au lieu de s’attaquer à un conseiller par lequel le scandale est révélé, elle devait conduire à l’audition, voire à l’interpellation, des personnes citées ou suspectées. N’est-ce pas à cause de la BCM que des gens croupissent en prison dans le dossier de la Nouvelle Banque de Mauritanie (NBM) ?

Engagés, disent-ils, dans la lutte contre la corruption, gangrène du pays, les pouvoirs publics auraient trouvé, avec ces aveux, une belle occasion de marquer le coup. Mais, en dépit des révélations, hier, de la commission d’enquête parlementaire (CEP) et, aujourd’hui, de celles relatives à cette affaire de la BCM, la lutte contre la corruption se dégonfle petit à petit.

Le dossier-phare « de la décennie » qui épinglait des centaines de personnes n’a conduit aux arrêts que l’ex-président Ould Abdel Aziz, placé seul en préventive depuis Juin dernier. Plus grave, des personnes citées en différents scandales restent en liberté ou, plus inédit, gardent leur poste ou sont carrément promues. De quoi renforcer la conviction des observateurs persuadés de ce que le pouvoir cherche à extirper ce dossier de son agenda. La lutte contre la corruption redeviendrait-elle le slogan qu‘elle fut sous Ould Abdel Aziz, fameux « Président des pauvres » ?

Pour rappel, l’affaire de la BCM en question avait éclaté suite à la découverte d’un trou de 938.000 euros et près de 600.000 dollars, augmenté de faux billets pour une valeur de 116.000 dollars et 127.000 euros.

Sept personnes avaient été impliquées dont Tebiba Mint Alioune N’Diaye, principale suspecte. Elle fut condamnée à six ans de prison ferme, une amende de 500.000 MRU à verser au Trésor public, remboursement à la BCM de 935.135 euros et 558.675 dollars, confiscation de tout son patrimoine généré par les biens détournés ; le tribunal n’avait pas retenu l’accusation de « blanchiment d’argent » mais le Parquet avait interjeté appel après le prononcé du verdict.

lecalame

DL

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