De l’histoire des Kadihines (première partie)/Par Beden Ould Abidine

A partir de cette édition, nous commencerons à publier la traduction en français des “récits de l’histoire des Kadihines” écrit par celui qui fut l’un des membres fondateurs de ce mouvement, Beden Ould Abidine. Mais d’emblée, et en réponse à une question légitime: “qui sont les Kadihines?”, il y a lieu de préciser qu’il s’agit d’un mouvement politique né à la fin des années soixante du siècle dernier, qui a mené des luttes héroïques et multiformes. Il a vaillamment fondé et proclamé son parti, publié son programme, fixé ses objectifs, édité et publié son propre organe de presse. Ce mouvement – faut-il le rappeler – a très tôt gagné l’estime et la sympathie d’un large spectre de Mauritaniens. Aussi, de nombreux cadres et leaders d’opinion formés à son école ont-ils contribué à l’effort de construction nationale, en mettant en avant l’éducation citoyenne, l’exigence de l’unité nationale, le combat contre l’injustice et les inégalités, et pour l’équité, la justice, et l’égalité humaine.
En publiant ces récits, l’objectif est de mettre en évidence des rôles hautement patriotiques accomplis par des “soldats inconnus”, des héros “anonymes”, qui méritent d’être honorés et salués. Les graines qu’ils ont semées et arrosées de leur sueur ont germé et contribué au progrès de notre pays. Leur expérience doit être connue et méditée par les générations actuelles et à venir afin que, par accumulation, notre action soit encore plus riche et plus féconde au service de la patrie.


Soumeida fut un vrai militant kadihine

Le camarade Soumeida fut un vrai militant kadihine, au sens de son appartenance à part entière à la mouvance kadihine de l’époque. Est juste aussi ce qu’a rapporté du regretté défunt le ministre Mohamed Vall Bellal, en considérant l’impact qu’exerçaient sur lui ses premières sources d’inspiration idéologiques. Il s’agissait d’un mélange d’opinions nationalistes arabes gauchisantes, fortement influencées par le courant d’émancipation mondial dominant qui balayait le monde entier en ce moment-là, tel un volcan en pleine irruption.
On peut en déduire que Soumeida pourrait ne pas être qualifié de kadihine, au sens d’appartenance formelle au parti des Kadihines, qui verra le jour bien après son décès, bien qu’il fasse partie des camarades ayant posé les premiers jalons du Mouvement National Démocratique (MND) à Tokomadji, en 1968. Il s’agit de :

- Sidi Mohamed Ould Soumeida (paix à son âme)
- Mohamed Elmoustafa Ould Bedreddine (paix à son âme)
- Le poète Ahmedou Ould Abdelkader
- Mohameden Ould Ichidou
- Mohamed Ainina Ould Ahmed El Hadi
- Beden Ould Abidine
Rappelons que l’idée de Kadihines (au sens de masses laborieuses) était apparue au lendemain des événements de 1966 et s’était ancrée davantage, suite à la répression des travailleurs de Zouerate.
Rappelons également que le nom kadihine fut porté par le mouvement avant la création du Parti des Kadihines de Mauritanie (PKM). De même, le mouvement de gauche dans son ensemble fut influencé par le courant marxiste.
Notons ici que le marxisme avait fourni aux sciences sociales de précieux moyens d’analyse politique, économique et sociale, en se basant sur une approche académique.
Abdelkader Ould Mohamed rapporte qu’après avoir envoyé la liste du groupe de Tokomadji au camarade Beden Ould Abidine, celui-ci lui avait fait parvenir la réponse suivante :
« Cher frère Abdelkader Mohamed, concernant le congrès constitutif du Mouvement Démocratique, je confirme que tout ce que vous avez noté est entièrement vrai. Toutes les personnes dont les noms figurent dans votre écrit s’étaient bien réunies dans la maison de Mohamed Ainina Ahmed Elhadi au village de Tokomadji à 60 Km de la ville de Kaédi, capitale de la wilaya du Gorgol, sur la rive droite du fleuve Sénégal.
Cette rencontre historique avait eu lieu probablement entre le 1er et le 3 avril 1968. Il était prévu que le camarade Mohamedou Nagi O Mohamed Ahmed se joigne aux participants, mais son éloignement arbitraire à l’extrême Est du pays l’en avait empêché. Le régime de l’époque recourait fréquemment aux mesures coercitives contre ses opposants, y compris les mutations arbitraires dans des zones reculées du pays. Dans ce cadre, Mohamedou Naji avait été muté à Bousteyla, encore petite bourgade sur les frontières avec le Mali, à quelques 80km de l’arrondissement de Timbedra. Entravé par les difficultés d’un long voyage, il se trouvait encore à Kiffa au moment où ses camarades achevaient la rencontre de Tokomadji. Il sera amplement informé des décisions finales, notamment l’insistance des congressistes sur l’unité nationale et les détails de la nouvelle orientation. Il accompagnera, aux premières lignes, ses camarades dans la longue marche qu’ils allaient entamer ensemble à partir de cet instant.
Les mutations arbitraires dans les coins les plus reculés de notre vaste pays et leurs fâcheuses conséquences frappaient également les deux distingués camarades, feu Mohamed Elmoustafa Ould Bedreddine et le poète Ahmedou Ould Abdelkader (à qui nous souhaitons prompt rétablissement), mais ceux-ci avaient rejoint à temps la réunion de Tokomadji. Le premier venait du village de Ghabou et le second de celui d’Ajar, là où il avait écrit son célèbre poème : « Une nuit et un jour dans le musée de l’Histoire » (1). Les deux villages sont situés dans la wilaya du Guidimagha. Maître Mohameden Ould Ichidou, une autre célébrité du mouvement MND, avait regagné Tokomadji à partir de Kiffa, la capitale de la région de l’Assaba. »
………………………………………………………
(1) ليل ونهار في متحف التاريخ

 

Texte extrait de la page Facebook de Abdel Kader Ould Mohamed

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire