Stratégie mauritanienne de Sécurité et de Développement : Un dualisme nécessaire pour consolider la stabilité et la paix sociale

C’est peut-être une évidence de rappeler que l’homme est un être social. Il est contraint de vivre au sein d’un groupe dans une relation d’influence mutuelle.

Cette influence réciproque a généré une caractéristique inhérente au mode de vie de l’homme. Elle lui confère un attribut spécifique dont la manifestation la plus marquante est l’organisation de ses relations avec l’autre de façon concertée menant à une cohabitation pacifique et à une complémentarité des efforts afin de répondre à ses besoins nécessaires.

Une autre caractéristique de l’activité humaine, qui mérite d’être mise en exergue, est l’effort constant d’améliorer le mode de vie, que ce soit sur le plan matériel, psychologique, éthique ou de valeurs. Considérant que la sécurité et le développement sont la locomotive de la civilisation, du progrès et de la vie digne et décente, ils nécessitent donc une réflexion sérieuse et approfondie

Nonobstant, la différence, sur le plan conceptuel, des notions : « développement » et «sécurité », il semble difficile, en raison du chevauchement entre leurs significations, de les séparer dans l’usage courant. C’est pourquoi, les approches dissociatives, qui tentent de traiter chacune d’elles séparément, étaient en grande partie inefficientes ; Sécurité et Développement sont les deux faces d’une même pièce.

La Sécurité est définie comme la réalisation du confort de l’individu ou du groupe, en assurant leur quiétude, en éliminant tout ce qui menace leur stabilité et leurs moyens de subsistance, et en satisfaisant leurs besoins matériels et psychologiques. Tout cela a pour fin d’assurer leur quotidien dans la paix et la sérénité. Elle représente un système intégré qui combine, à la fois, la préservation des valeurs et des idéaux propres à la Société, et la cohésion de ses éléments afin de faire face aux dangers et menaces internes et externes.

Le Développement est défini comme un processus global et continu de promotion de la communauté en la faisant passer d’un stade de niveau de vie inférieur à un autre plus élevé et meilleur. Cette promotion résulte du bon usage des potentialités disponibles et de leur emploie de manière efficace et rationnelle pour améliorer les conditions économiques, sociales et culturelles des individus afin d’atteindre le bien-être commun et d’orienter et organiser leurs efforts de telle sorte qu’ils contribuent au progrès de l’Humanité.

Les expériences historiques renforcent l’approbation de la relation entre les deux concepts : sécurité et développement. Les livres d’histoire confirment que les nations qui prospéraient et se développaient jouissaient de la sécurité et de la stabilité, même si leurs richesses n’était pas aussi importantes à l’aune de la situation actuelle. Cette relation a été consolidée par la notion de l’IDH conçue par l’économiste indien « Amartya Kumar Sun », qui a appelé la communauté internationale au travail pour atteindre deux objectifs nécessaires pour un développement global et équilibré : l’élimination de la peur et la satisfaction du besoin.

L’appel de l’homme d’affaires Indien a influencé les politiques de développement des Institutions Internationales qui ont adopté un nouvel indicateur de développement qui tient compte des principes des droits de l’homme au niveau moral, intellectuel, social, économique, sanitaire et environnemental. Elles ont fait de leur priorité l’élimination de la pauvreté et de l’ignorance, le renforcement de la démocratie et la lutte contre les conflits.

Sans doute, les services de sécurité jouent un rôle de premier plan dans le maintien de l’équation << sécurité et développement >>. Le développement ne peut être réalisé que par la stabilité et la souveraineté de l’État sur son territoire, même si les organisations de la société civile ont également leur contribution dans ce domaine.

Les spécialistes du développement et de la sécurité reconnaissent que les crises économiques et leurs conséquences néfastes telles que l’inflation, la pauvreté et le chômage sont les responsables principaux des fissures et disparités qui ouvrent les voies aux activités terroristes et à la criminalité. Elles représentent l’élément majeur de motivation du terrorisme, qui, dans la plupart de ses manifestations, résulte de la privation, de l’inégalité dans la répartition des ressources économiques, du manque de participation à la décision, de l’inégalité des chances et de la restriction des libertés.

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La Mauritanie a connu depuis 2008 des tentatives dignes d’être reconnues et valorisées pour lutter contre le terrorisme et la criminalité et établir la paix et la sécurité, en particulier dans la région sahélo-saharienne.

Considérant que l’extrémisme violent et les tensions sociales sont tous des produits de l’insécurité et du manque de développement, la Mauritanie a élaboré une stratégie basée sur l’approche : Sécurité / Développement dont les résultats ont été probants.

La Mauritanie considère que les politiques préventives et curatives doivent utiliser, également, des outils souples et dynamiques ; étant donné que l’arsenal de sécurité de nature coercitive, ne suffit plus pour prévenir ou affronter seul les dangers éventuels, car l’approche sécuritaire traditionnelle ne s’intéresse pas souvent aux causes de la criminalité et du terrorisme et aux méthodes performantes de leur traitement.

Cette stratégie repose sur deux axes distincts et complémentaires : l’un est préventif (doux) l’autre curatif (dur).

L’axe préventif vise à déconstruire les fondements idéologiques et culturels de l’extrémisme violent et à éliminer l’environnement social qui le génère et l’incube. Il s’emploie également à formuler des solutions efficaces à travers la dualité Développement et Sécurité afin d’intégrer et socialiser les jeunes à partir d’une opération basée sur l’adoption d’un développement global et intégré qui assoit l’égalité des chances et prend en considération deux tâches :

Sur le plan idéologique et culturel, ce système met en œuvre des mesures complémentaires, telles que :

- La révision des programmes d’enseignement et l’orientation du discours religieux.

- Insertion et réhabilitation des jeunes impliqués dans des actes de violence à l’issue d’un dialogue proactif visant à les convaincre de l’inexactitude de leur approche. Il s’agit d’une mission d’oulémas et prédicateurs auprès de prisonniers extrémistes pour les écouter et les ramener aux principes tolérants de l’islam dans une perspective œuvrant à les insérer dans une vie sociale qui se réconcilie avec l’autre.

En matière de Développement,

- Le renforcement de la cohésion sociale, l’orientation de l’économie vers le développement durable, l’instauration de la justice, l’égalité des chances, le renforcement du rôle des médias, de la société civile et le respect des droits de l’Homme.

L’axe préventif repose sur un ensemble d’outils à caractère coercitif et de coopération régionale :

Renforcer le système de défense et de sécurité :

- Améliorer le système de prévention à travers une information fiable et instantanée pour faire obstacle à la violence, à la propagation de la criminalité, à l’érosion de la paix civile, et les conflits sectaires et régionaux.

- Mise à niveau de la force de dissuasion pour être à la mesure du défi et établissement d’un système de sécurité intégré.

Coopération régionale

Elle a, également, contribué aux initiatives régionales et internationales visant à réduire les menaces terroristes qui entravent l’État et la société, à travers une bonne gestion des ressources et à consolider la culture démocratique, y compris la participation populaire à la gestion de l’affaire publique qui assure un déblocage sur le plan politique et social et garantit la mise en place des bases d’une large intégration sociale.

Dans ce cadre, se situe l’initiative dite « Processus de Nouakchott » parrainée par l’Union africaine, qui comprend la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso, le Sénégal, la Libye, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigéria et des partenaires européens.

La Mauritanie a également participé activement à la création d’une organisation régionale visant à développer une stratégie de sécurité et de développement dans le cadre du Groupe des cinq pays du Sahel.

En fait, cette organisation, qui comprend la Mauritanie, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali, a adopté, en grande partie, la stratégie mauritanienne de lutte contre l’extrémisme violent dont l’approche est basée sur trois objectifs : lutter contre la pauvreté et la fragilité, créer des infrastructures qui répondent aux besoins des citoyens et relever le défi sécuritaire par la dissuasion à travers :

- L’amélioration de l’échange d’informations et la coordination en matière de sécurité aux frontières,

- Le renforcement des capacités des services de sécurité et des renseignements dans la région du Sahel,

- La mise en œuvre de solutions politiques consensuelles pour faire face au terrorisme, à l’extrémisme et à la criminalité transfrontalière.

Les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les membres des pays du G5 Sahel dont la Mauritanie sont importants notamment : l’état de guerre en Libye, les groupes extrémistes opérant en Afrique de l’Ouest, en plus du recrutement massif des jeunes désœuvrés dans les rangs de ces mouvements auxquels s’ajoute la menace du crime organisé, transnational qui constitue une source de revenu pour les groupes terroristes.

La stratégie mauritanienne en matière de lutte contre l’extrémisme violent, constitue une approche raisonnable pour ramener une paix durable et soutenir le développement dans l’espace sahélo-saharien.

Mohamed Abdellahi Taleb Abeidy

Doctorant en Droit

Chef Département Sécurité Défense

Maison des Etudes et de Recherches EDDAR

Source : Le Calame

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