Insuffler un Souffle Nouveau à la Liberté d’Expression : MFWA Exhorte le Nouveau Régulateur en Mauritanie

Insuffler un Souffle Nouveau à la Liberté d’Expression : MFWA Exhorte le Nouveau Régulateur en MauritanieMFWA - Depuis le 10 Juin 2020, trois nouvelles personnes font partie des six membres dirigeants de l’organe de régulation des médias, la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), dont le Président actuel, Houssein Ould Medou, Abdallah Dieng, et Mamoudou SY, doyen des journalistes de la presse écrite, ancien président du Regroupement de la Presse Mauritanienne (RPM), organisation nationale partenaire de la MFWA en Mauritanie.

Alors que la nouvelle équipe se met au travail, la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) porte à son attention un certain nombre d’enjeux concernant la liberté de la presse et de développement des médias et recommande de leur accorder une attention prioritaire.

Pour de nombreux analystes de la liberté de la presse et d’expression au Mali, la nouvelle équipe devra retrousser davantage ses manches pour redorer le blason de l’institution. Ceci pour la simple raison que la HAPA est considérée à tort ou raison comme un bras répressif de la presse par le pouvoir exécutif.

Et, pour changer cette perception, les défis sont nombreux à relever en vue de contribuer à la promotion de la liberté des médias et d’expression en Mauritanie, lesquelles sont indispensables au renforcement des principes démocratiques et de l’état de droit.

Liberté de la presse et d’expression

Deux semaines après la nomination d’Houssein Ould Medou, comme président de la HAPA, l’assemblée nationale de la Mauritanie avait approuvé, le 24 Juin, une nouvelle loi considérée répressive et liberticide sur les réseaux sociaux. L’adoption de la nouvelle loi a suscité des critiques tant au sein des partis de l’opposition du parlement qu’auprès des militants des droits de l’homme qui ont relevé plusieurs “ambiguïtés” et “inexactitudes.” Cette loi, lorsqu’elle est appliquée impose une peine de prison allant de trois mois à cinq ans, assortie d’amendes de 50 000 Mru (150 USD) à 200 000 Mru (600 USD).

Autre incident ayant marqué la liberté de la presse, est celle de la tentative d’intimidation et de musèlement de la presse critique. Malgré les tentatives de médiation, le 13 Novembre 2020, l’ancien ministre des affaires étrangères, Isselkou Ould Izidbich, avait trainé devant les tribunaux le journaliste Sidi Mohamed Ould Bellameche, Directeur du site Mourassiloun. L’ancien ministre et ambassadeur reprochait au journaliste d’avoir publié un article sur sa rencontre avec l’actuel President Mohamed Ould Cheikh Ghazouani.

Entre le 22 et 26 janvier 2020, le blogueur Mohamed Ali Ould Abdel Aziz et des journalistes Abdou Ould Tajeddine et Cheikh Ould Mami avaient été arrêtés et détenus pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo critiquant le président Mohamed Cheikh El Ghazouani et son gouvernement.

Outre le cas du blogueur Ould Abdel Aziz, et des journaliste Tajeddine et Mami. De nombreux autres journalistes ont été sérieusement inquiétés, pris à parti et parfois brutalisés, arrêtés et détenus dans l’exercice de leurs fonctions en Mauritanie.

Par exemple, le 15 Juillet 2019, Ahmed Ould Wedia, journaliste de la chaine privée de télévision Al-Mourabitoune, a été arrêté et détenu pendant 12 jours.

Le 24 Juillet 2019, Camara Seydi Moussa, directeur de publication du journal La Nouvelle Expression avait été arrêtés, détenus puis libérés après plusieurs jours de détention.

Le plus effroyable cas de répression de la liberté d’expression en Mauritanie a été l’emprisonnement controversée de Mohamed Ould Mkheitir qui avait été condamné à mort pour blasphème en janvier 2014 pour une publication sur Facebook. Il ne recouvra sa liberté qu’au 29 Juillet 2019 malgré le fait qu’un tribunal ait ordonné sa libération plus tôt.

Les médias face à la COVID-19

Autre fait ayant enflammé la répression de la liberté d’expression, est la maladie du coronavirus. La pandémie du COVID-19 a également favorisé la répression de la liberté d’expression dans le pays. Le 3 mai 2020, le blogueur Mommeu Ould Bouzouma avait été arrêté et détenu pendant 12 jours avant d’être libéré pour avoir tweeter sur la pandémie.

Le 2 juin, la police a arrêté Salma Mint Tolba, l’auteur présumé d’une série d’enregistrements audio remettant en question certains aspects de la riposte du gouvernement a la COVID-19. Elle a notamment accusé les autorités d’augmenter le nombre d’infections. Deux autres personnes, Mohamed Ould Semmane et Sidi Mohamed Ould Beyah, soupçonnées d’avoir participé à la diffusion de l’audio, ont également été arrêtées.

Problématique d’aide d’Etat à la presse

Autre dossier sur lequel la HAPA, est attendu, porte sur la répartition du Fonds d’Aide publique à la presse privée. En Mauritanie, comme la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les entreprises de presse peinent à joindre les deux bouts, situation d’ailleurs aggravée par la pandémie du COVID-19.

L’enveloppe globale de 240 millions MRO soit plus de 550.000 Euros d’aide d’Etat à la presse représente un sursis pour la presse. De l’avis des professionnels des médias, ce montant n’apporte pas grand-chose du fait de ‘’l’inflation des titres’’ et des sites électroniques. Pire, 30% de cette subvention de l’Etat est affectée directement à l’Imprimerie nationale où sont tirés tous les journaux.

Cette situation pose également l’indépendance des médias à aborder de fond les questions critiques de gouvernance et d’exiger les comptes au gouvernant.

Par exemple, entre Décembre 2017 et Juin 2018 la presse écrite avait été paralysée du fait de la grève des travailleurs de l’imprimerie nationale, et de la rupture des stocks. Du coup, les journaux avaient cesse de paraitre dans les kiosques, et le gouvernement avait demandé à Chaab et Horizons, les deux journaux publics à publier leurs contenus sur internet à travers le site web de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI).

Autres défis

Face à la pandémie du COVID-19, l’appui de l’Etat est insuffisant, la viabilité de la presse s’est retrécie davantage. Les annonces publicitaires sont devenues rares.

Outre la question de viabilité des médias, la HAPA devra faire face à la floraison de publications dont une bonne partie demeure fictive. Il est donc important de se rendre compte de l’existence réelle des différents organes de publication pour rationaliser l’aide publique et assainir le paysage de la presse.

Autre chantier sur lequel la nouvelle équipe de la HAPA est attendu, est l’accès à l’information aux populations dans les langues nationales. Le journal en langue pulaar “Fooyre Bamtaare’’, seule publication en langue nationale, a été visité par la HAPA et un suivi des temps d’antennes en langue locale a été renforcé.

Au regard de nombreux procès dont font face les journalistes en Mauritanie, le rôle de médiation est un point sur lequel la nouvelle équipe est également attendu. Ceci contribuera à éviter des poursuites inutiles des journalistes devant les tribunaux, et aux règlements des conflits.

Cette disposition est garantie selon l’article7 de la loi instituant la HAPA à contribuer « au règlement non judiciaire des conflits entre les médias et entre les médias et le public ». Elle s’est illustrée dans le cas opposant l’ancien ministre des affaires étrangères ; Isselkou Ould Izidbich, et le journaliste Sidi Mohamed Ould Bellameche, Directeur du site Mourassiloun.

Via cridem

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