Publication sur le SMIG

Publication sur le SMIGBechir Fall – Incroyable ! Voilà plus de 9 ans que les travailleurs soumis au code du travail sont privés de SMIG. N’est-il pas temps de l’augmenter d’urgence pour rétablir un pouvoir d’achat toujours en baisse et lutter contre une flambée des prix sans précédent, surtout ces jours-ci.

Cette publication est une réaction dictée uniquement par la hausse brutale des prix des denrées de première nécessité qui a pris tout le monde au dépourvu. En cette période de pandémie devenue plus grave, j’avais espéré que personne ne s’aventurerait à mettre à mal le statut quo que nous vivions depuis mars 2020. Or voilà que l’incivisme des commerçants vient tout bouleverser, tout remettre en cause.

Personne n’évoque le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti comme perspective permettant aux travailleurs de résister à cette hausse des prix des denrées de première nécessité. Même les réseaux sociaux où fleurissent parfois des idées originales restent taiseux sur le sujet.

Pas une fois je n’ai vu mentionner le terme «SMIG» en dépit de fréquents débats sur le rôle assigné à l’État face à l’initiative des commerçants. Ce mécanisme légal d’augmentation des salaires n’est revendiqué par personne, ni une opposition politique cherchant encore ses marques, ni surtout des organisations syndicales dont on n’entend plus parler, devenues subitement discrètes.

Il est regrettable que le SMIG ne jouisse pas d’une si grande réputation quand on sait qu’il n’a été mis en œuvre que quatre fois en 46 ans. Seulement 4 fois. Pathétique performance en près d’un demi-siècle ! Ne nous étonnons pas dès lors qu’il soit étrangement méconnu des groupes de pression et inexploré par les structures officielles de l’État.

Et pourtant, plutôt que de s’opposer à une flambée des prix difficile à contrarier, le lobby des commerçants s’accrochant à ses intérêts corporatistes, pourquoi l’État régalien ne cherche-t-il pas à augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs par une revalorisation immédiate du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti sur la base d’une procédure légale dont l’application est plus aisée qu’il n’y paraît. Nous serions alors bien inspirés de remettre le SMIG au goût du jour.

En premier lieu, il nous faut dénoncer une pratique ancienne, datant de 40 ans, qui accordait aux partenaires sociaux le privilège de fixer le SMIG. Et de parachever leurs travaux par un protocole d’accord tripartite avant qu’un décret ne valide l’accord. Cette pratique violait manifestement le code du travail mauritanien depuis 1981. Lequel prévoit, selon l’article 195 ce qui suit : «Un décret, pris après avis du conseil national du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, fixe le taux du salaire minimal interprofessionnel garanti.» La revalorisation du SMIG, suivie d’une augmentation générale, deviendraient en ce début d’année un impératif qu’exigent plusieurs facteurs cumulatifs que nous citons ci-après.

Une situation de détresse des travailleurs du secteur privé, en particulier ceux ayant les salaires les plus bas, due à l’accumulation de plusieurs années d’inflation causant une perte sèche du pouvoir d’achat ; un sevrage d’une longue durée, plus de 9 ans, sans qu’aucune revalorisation du SMIG ne soit intervenue depuis 2011 ; une flambée des prix des denrées de première nécessité, avec un net regain ces dernières semaines, qui réduit comme peau de chagrin le panier de la ménagère.

Les procédures de revalorisation du SMIG et d’augmentation générale des salaires L’augmentation du SMIG comme souvent partout ailleurs, est du ressort exclusif du Chef de l’État, seule autorité habilitée à décider par décret. Par conséquent, les partenaires sociaux, confédérations syndicales et Organisations patronales, n’ont nul droit à interférer stricto sensu dans la procédure de revalorisation du SMIG.

Cependant, dès que le décret fixant le SMIG est publié, une autre procédure s’enclenche aussitôt, régie par le code du travail en son article 197 qui dispose à contrario que les partenaires sociaux, confédérations syndicales et organisations patronales les plus représentatives, se réunissent dans le cadre d’une commission paritaire, sous l’égide de la direction générale du travail, pour fixer les catégories professionnelles et les salaires de base minimas qui leur correspondent, en les revalorisant du montant de l’augmentation du SMIG, après avis du conseil national du travail, aux termes du même article. Ils devront également, dans le même protocole d’accord tripartite, décider d’une augmentation générale applicable à tous les travailleurs soumis au code du travail.

Le SMIG en quelques chiffres

La dernière augmentation du SMIG date du 24 octobre 2011. Nous sommes déjà en 2021. Cela fait déjà plus de 9 années révolues que les pouvoirs publics s’affichent aux abonnés absents pour venir au secours des travailleurs dans leur enfer quotidien afin de s’extraire des griffes de commerçants déloyaux qui leur rendent la vie si dure. Un combat inégal, déjà perdu d’avance.

Avec un SMIG à 30 000 MRO dont la conversion pour un euro à 434,6 MRO (taux BCM du samedi 23/01/2021) donne 69 euros, voyons comment la Mauritanie se positionne parmi les pays d’Afrique. Une étude rendue publique sur cridem.org en mars 2015, bientôt six (6) ans, fixe le SMIG moyen de 18 pays africains à 95 euros. Soit en ouguiyas anciennes 41 287 MRO. Le SMIG mauritanien bloqué à 69 euros depuis 2011 à 30 000 MRO est nettement en deçà de cette moyenne.

Cette différence importante devrait inciter l’exécutif à procéder rapidement à une revalorisation du SMIG d’un montant de 12 000 MRO portant le nouveau SMIG à 42 000 MRO. Le montant de cette augmentation atteint un taux de 40%. Cela représenterait approximativement la perte de pouvoir d’achat accumulée en 9 ans et, éventuellement, un coup de pouce mérité pour le surplus éventuel. Le coup de pouce signifiant l’augmentation réelle, déduction de l’effet de l’inflation. À quel niveau raisonnable devrait être le montant de l’augmentation du SMIG Une augmentation de 12 000 MRO portant le SMIG à 42 000 MR0 constituerait le minimum admissible pour des travailleurs face à des commerçants déloyaux toujours à la recherche d’un profit immérité sur leur dos. Dans ces conditions, pourquoi la Mauritanie, qui a des prétentions justifiées de pays exportateur de gaz à partir de 2023, ne s’engage-t-elle pas résolument pour fixer un SMIG à 4 500 et l’occasion de dépasser le seuil symbolique de 100 euros, en adéquation avec ses ambitions futures ?

Évolution du SMIG depuis 1974

La revalorisation du SMIG, est-il besoin de le rappeler, est une prérogative exclusive du Chef de l’État. Cette publication a mis à jour les principes sur le sujet pour éviter toute fausse interprétation. Ces évidences avaient été perdues de vue depuis quatre décennies avec un immense préjudice subi par tous les travailleurs que des administrations incompétentes successives ont sacrifiés en les privant de meilleures opportunités en termes d’augmentations de salaires résultant ipso facto d’un nombre plus élevé de revalorisations du SMIG qui auraient contribué à relever plus correctement les salaires actuels.

D’autant qu’en 46 ans, le SMIG n’a connu, figurez-vous, que quatre (4) augmentations, en 1974, 1981, 2005 et 2011 en supposant, ce qui parait évident, que le SMIG sera revalorisé en 2021. Soit une durée moyenne de 11,5 ans entre les différentes dates de relèvement du SMIG. Même s’il n’existe pas de règles formalisant la périodicité des augmentations du SMIG, force est d’admettre que cette durée de près de 12 années ans défie toute logique et démontre combien le SMIG a toujours été mal géré. Au point que les salaires minimas sont devenus obsolètes et nettement dépassés par les salaires réels.

La désespérance sociale des titulaires des bas salaires

Le cas des travailleurs vivant avec un salaire trop bas, variant de 30 000 anciennes ouguiyas à 50 000 dont il faut déduire l’inévitable coût du transport, reste alarmant. Presque dix ans que le SMIG n’a pas été revalorisé, une éternité pour prolonger les difficultés que les travailleurs continuent d’endurer. Leur casse-tête est qu’ils n’ont aucune perspective d’améliorer leur fin de mois sans une initiative venant de l’État, autrement dit grâce à une revalorisation du SMIG. Mais il n’existe pas que des bas salaires qui souffrent d’une vive détérioration du pouvoir d’achat, les salaires moyens ainsi que ceux plus élevés ont tout à fait droit au bénéfice d’une augmentation au même titre que leurs collègues.

En dépit de l’importance des mesures sociales présidentielles du mois de novembre 2020 visant certaines catégories d’agents de la fonction publique, logiquement bien accueillies, les travailleurs du secteur privé, soumis au code du travail, au nombre de plusieurs dizaines de milliers dans le pays, vivent un calvaire sans fin face au cumul incessant d’inflations et de hausses fréquentes des prix des denrées de première nécessité, ces neuf dernières années.

Béchir Fall,

Juriste et Expert International en Stratégies Sociales et Droit du Travail

via cridem

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