Ould Breideleil n’est plus: Hommages

Le nationaliste Arabe qui écrivait en Français n’est plus! Aujourd’hui les chameaux pleurent dans le désert!/Par Dr. Mohamed Yeslim Eljoud

Notre pays vient de perdre un grand monsieur. Feu Mohamed Yehdhih O Breideleil. Il me semble que la meilleure façon de rendre hommage à sa mémoire serait de se remémorerquelques unes de ses idées fortes car c’était avant tout un homme d’idées et un homme de lettres avant d’être un homme politique. Je laisserais donc les récits du genre « j’ai connu le défunt dans telles et telles circonstances et il était comme ceci ou comme cela » à d’autres plus qualifiés que moi.

Alors qu’est ce qui faisait courir feu Breideleil? Au nom de quelles idées était-il allé en prison? Et comment, épousant toujours les mêmes convictions, a-t-il flirté avec les dirigeants militaires? Un parcours compliqué pour un homme complexe. Un nationaliste arabe qui avait la tradition saharienne dans les veines et de plus imprégné de culture occidentale. C’était un bien bel animal étrange: un chameau a trois bosses.

Ould Breideleil est connu de tous sous nos cieux comme un fin stratège politique et ses écrits ont souvent été considérés comme prémonitoires. Les changements politiques majeurs qu’a connus la Mauritanie ces dernières décennies ont été à chaque fois précédés et accompagnés d’articles souvent très longs et remplis d’allusions et d’énigmes qui restent hermétiques aux non-initiés. Tout ceci est connu et nous allons le délaisser ici au profit de ses écrits ‘littéraires ». Ecrits où l’homme donne libre court à son imagination et se  dévoile d’autant plus qu’il se cache derrière sa narration et ses personnages. C’est le cas de l’admirable feuilleton « cadavre sur la dune » où il trouve toujours le moyen d’exprimer ses opinions à travers la voix du narrateur ou de l’un ou l’autre des personnages.

Notre grand homme tenait l’éducation en haute estime, ce qui n’étonne pas de sa part lui qui est instruit dans trois civilisations. La naissance si importante aux yeux de ses compatriotes ne suffit pas pour lui. Bien qu’issue d’une société traditionnelle fortement hiérarchisée, il soulignait l’arbitraire et l’absurdité de la condition de chacun. En effet, au sein même de cette société, certains, jugés nobles, sont d’origine servile et de nombreuses familles nobles à l’origine sont tombées dans la servitude.

Breideleil croyait, comme beaucoup d’ailleurs, que la démocratie ou tout autre système politique similaire d’auto-gouvernance, nécessite un peuple éduqué. Ce qu’il ne dit pas, mais qu’il pense probablement, c’est que ce n’est certainement pas le cas de notre peuple. En tout cas pas en ce début de 21e siècle. Et ce qu’il ne dit pas non plus, mais que ces actions ont démontré, c’est que le pouvoir militaire pourrait être la solution, pour le moins temporaire, à ce problème. Car sa conviction était que l’anarchie serait la pire des choses, le comble du malheur, pour la société.

C’est peut-être ce qui explique le mieux ses écrits et ses actes. Une grande partie de l’élite intellectuelle du pays est toujours restée perplexe devant la proximité du grand intellectuel avec la plupart des pouvoirs successifs. Feu Breideleil se voyait certainement comme un aristocrate raffiné acceptant de mettre de l’eau dans son « shnin » idéologique et vivant en concubinage avec une succession « d’émirs » qui manquaient certainement à ses yeux de finesse et de subtilité. Tout cela pour éviter à la nation un mal plus grand encore: la « fitna« .

Je suis sûr qu’il apprécierait cette manière oblique de lui rendre hommage. Allez camarade, au Paradis, Inch’Allah.

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Les écrivains meurent, aussi

Aujourd’hui, 13 janvier 2021, s’éclipse, à jamais, la figure de Mohamed Yehdhih Ould Breidelleïl, littéraire francophone et lecteur en perpétuelle boulimie de livres. La densité de sa prose atteste d’une curiosité et d’une mémoire hors de comparaison, parmi ses compatriotes. J’ai combattu son projet politique et me dois, en conséquence, de lui reconnaitre du mérite. L’exercice s’annonce aisé tant le défunt se distingue de ses contemporains.
A la soif de connaissance, l’homme de conviction apportait la caution de l’engagement, détail plutôt rare chez les prosateurs et gent de chronique avisée. Mainte fois en prison, torturé et humilié, à cause de ses idées, il récusait et congédiait la tentation de la revanche. Les policiers zélés l’ont bousculé, dénudé dehors dans le froid de Jreïda, non sans moquer l’infirmité de son œil et la sobriété de son existence. En vertu d’une tradition d’impunité sous les « tristes tropiques », aucun responsable de ces atrocités n’en répondit, devant un policier, encore moins face au juge.
Ould Breidelleil refusait d’évoquer le désagrément et la souffrance de sa condition d’esthète au milieu des philistins, sauf à de rares occasions, parmi ses compagnons de route. Je citerai, ici, Devali Ould Cheïne, le plus loyal d’entre les disciples.
La pensée du nationalisme arabe, comme l’entendait Ould Breidelleil, a fait beaucoup de mal aux mauritaniens mais lui n’en tirait de bénéfice, du moins point à sa personne. Le monsieur, que j’ai croisé à trois occasions, dont deux fortuites, élevait, au rang de vocation, l’indifférence à jouir des biens périssables. En sens inverse, il sacrifiait presque tout à la passion du pouvoir d’Etat, quête et proximité indistinctes. C’est ce trait de caractère qu’il incarnait le mieux, d’ailleurs à l’abri du moindre effort.
A sa manière, toujours frugale, il représentait une chevalerie du paradoxe: autant, il combattait l’usage du Français en Mauritanie, autant il le pratiquait, avec emphase et coquetterie, parfois dans la jubilation, quand ses articles remuent le fond des humanités classiques, de l’histoire à la sociologie, en passant par la roche tarpéienne, si près du Capitole. Témoin et observateur des premières années de l’Indépendance puis de notre foudroyante descente aux enfers du putsch et de la junte – aventure à laquelle sa contribution fut décisive en 1978 – il quitte la vie après avoir si peu publié ; peut-être, souhaitons-le, lui découvrirait-on une œuvre posthume…..si de telles pages reposent quelque part, l’on y lirait, certainement, une autocritique et le récit, honnête, d’un destin où l’intelligence compenserait l’erreur, sans parvenir à la racheter….

Abdel Nasser Elyessa Soueid Ahmed

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‘’Un partisan de l’arabité plus ou moins exclusive de la Mauritanie’’

Mohamed Yehdhih Ould Bredeleil, grande figure politique nationale depuis la première décennie  de l’indépendance du pays est décédé. Chef de file  du nationalisme arabe d’obédience baathiste, il aura été de tous les combats politiques avec comme ligne d’horizon, l’affirmation de l’arabité plus ou moins exclusive de la Mauritanie et la minoration  dans la même proportion, de la place des communautés négro-africaines au sein de l’Etat. Redoutable combattant à la plume acérée, il s’était imposé sur la scène politique  par son sens aigu  de la manœuvre tactique, ses redoutables sorties rhétoriques et sa grande culture universelle. Malgré ses orientations idéologiques marquées du sceau de l’exclusivisme identitaire, il admettait la contradiction et ne rechignait pas à tendre ponctuellement la main à ses adversaires déclarés pour faire avancer sa propre cause dans la jungle des confrontations politiques.
Le pays a perdu un de ses géants politiques dont la plus grande partie de sa vie est confondue à l’histoire douloureuse de la construction de notre Etat-nation.
Qu’Allah lui accorde son pardon et lui ouvre son paradis.
Inna lilahi wainna ileyhi raajioune.

Lô Gourmo Abdoul

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‘’Un grand homme politique’’

Mohamed Yehdhih Ould Breidleil, une grande figure politique et un intellectuel de haut niveau vient de nous quitter aujourd’hui. J’ai travaillé avec lui dans la direction de campagne du président Mohamed Khouna Ould Haidalla, candidat à l’élection présidentielle de 2003 que nous avons soutenu ensemble. J’ai été impressionnée par sa courtoisie et son calme. Mais le bel hommage qu’il a rendu à mon camarade Mohamed El Moustapha Ould Bedredine après son décès par une série d’articles retraçant quelques étapes des combats qu’ils ont menés ensemble, malgré leurs divergences politiques et idéologiques ont fini de me convaincre qu’il s’agit réellement un grand homme politique.
A sa famille, à ses compagnons Devally Ould Chein, Memed Ould Ahmed et tous les autres je présente mes sincères condoléances.

Inna Lilahi Wa Inna Ileyhi Raji’oune

Kadiata Malick Diallo

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Un monument du paysage politique national qui nous quitte

Avec le décès de Mohamed Yehdih Ould Breidleil disparaît  un monument du paysage politique national. Une disparition qui fera date dans l’histoire du pays. Mohamed Yehdih occupait sans partage un espace politique appréciable. Aucun autre leader politique n’avait exercé un monopole comparable à celui qu’exerçait, naturellement et sans efforts, Mohamed Yehdih. Durant de nombreuses décennies il n’a cessé d’être un pourvoyeur d’idées, un inspirateur, un influenceur, une référence pour les siens. Il a longtemps marqué le débat d’idées et les confrontations politiques dans le pays.

Au-delà de sa stature politique, Mohamed Yehdih Ould Breidleil comptait parmi les membres les plus en vue de l’élite intellectuelle du pays. Cette dimension de l’homme présentait l’avantage d’être beaucoup plus consensuelle. Tous ses écrits étaient attendus avec impatience et lus avec avidité par tous quelles que soient leurs obédiences ou appartenances politiques ou culturelles. Sa disparition laisse un vide qu’il sera difficile de combler et nous regrettons tous le tarissement de cette source production culturelle et intellectuelle.

Mes relations avec Mohamed Yehdih ont toujours été, nonobstant nos divergences, marquées par l’estime et le respect réciproques.  Nos rencontres sont devenues plus fréquentes ces derniers temps. Peut-être faut-il attribuer cela à la crise des idéologies du siècle dernier, à l’inanité acquise du dogmatisme et du sectarisme. On observe, plus généralement, des tendances similaires au sein de la classe politique dans son ensemble. L’impression qui m’est restée de nos rencontres récentes est le grand intérêt qu’il porte au présent et à l’avenir du pays dans son entièreté. Avec une approche moins doctrinaire, plus pragmatique et plus inclusive. Il m’a semblé, qu’avec son aura, son influence et son autorité morale, Mohamed Yehdih Ould Breidleil pouvait contribuer plus efficacement à la décrispation des rapports entre les principaux acteurs politiques du pays. Une telle décrispation constitue une condition préalable à l’organisation de concertations dans un climat serein et consensuel permettant de jeter les bases d’une nation plus unie, plus juste et plus fraternelle. Malheureusement le décès de Mohamed Yehdih est venu prématurément interrompre ce processus.

Tout notre espoir est de voir cette dynamique se poursuivre dans l’intérêt général de tous.

وإنا لله وإنا إليه راجعون.

Moussa Fall

Le 18 janvier 2021

Le Calame

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