Affaire Dah Ould Bate : quand l’administration mangeait son élite…

Affaire Dah Ould Bate : quand l'administration mangeait son élite…AbdALLAH Aboubekrine – De nombreux régimes politiques se sont relayés l’injustice à l’encontre de feu Mohamed Ould Bate, dit Dah, commissaire de police exemplaire, sacrifié en 1980 sur l’autel de la paranoïa politicienne et persécuté depuis, à travers l’oubli de ses droits et le rejet, incompréhensible, de ses requêtes administratives.

Mais de son vivant, il a su réclamer avec honneur, taper fièrement aux portes réglementaires et solliciter, sans fracas et sans excès, sa réhabilitation et sa reconsidération : les grands hommes n’abdiquent pas leur dignité et les bonnes causes ne meurent jamais.

Il est douloureux que les anciens pouvoirs de Mauritanie, pourtant issus de notre société tolérante, finissent toujours par verser dans l’excès quand des fantasmagories rituelles faisaient planer l’ombre d’une opposition ou le doute, même invraisemblable, d’un dessein pour le pouvoir.

Dah a ainsi été emporté par cette déferlante absurde, qui a balayé, au lendemain du 10 juillet 1978, les cadres et personnes en vue de la ville de Boutilimit. Quelle logique de peur s’en va chercher l’assurance en exerçant l’oppression, en pratiquant l’injustice, en poursuivant les gens honorables et les personnes correctes ?

Comment, après avoir établi l’innocence de cet homme de discipline, à la fois compétent et irremplaçable, ni les hommes de loi, ni les politiques de l’heure n’ont eu le courage de plaider leur erreur ou d’allumer, ne serait-ce que pour ne plus avoir honte, une initiative de demande de pardon ou une démarche de réhabilitation ? Dah n’est plus de ce monde !

Mais il a vécu pour servir un pays qui, hélas, ne s’en est jamais rendu compte. Et il est mort, le cœur net, lavé de toute haine, exempt de toute lâcheté. Nombreux sont les monuments qui poussent jusqu’au ciel, comme lui, et qui s’en vont sans quémander l’attention, sans exiger la gratitude. De tels hommes ne correspondent pas aux sociétés ingrates, comme la nôtre, ni aux Etats à œillères, comme la Mauritanie de 1980 et la pétaudière du 12-12-1984.

Aujourd’hui, le pays est en train de renaître et le défunt, dont les droits ont été piétinés, et la fierté maltraitée, doit y trouver, après 30 ans de patience, doublés d’une réserve outre-tombe, sa réhabilitation intégrale et la reconnaissance de tous ses droits.

Au sujet de cette grosse injustice, tout esprit sensé demeurerait, malgré le temps qui passe, perclus d’étonnement et bouillant de colère.

Quelle administration de police osait conduire le fleuron de son élite, Dah Ould Baté, dans ses geôles parallèles, le mettre en résidence surveillée durant 28 mois et le radier de ses registres, sans notification, sans droits et sans pension ? L’acharnement a ses limites et le règlement de compte, comme tout le monde le sait, n’est pas un legs de génération, même dans les pays du crime et de la vendetta sacrée !

La famille de Dah Ould Bate, à l’instar de tous les mauritaniens écorchés par les régimes d’exception, entrevoit l’espoir de recouvrer pour son cher défunt, à titre posthume, la reconsidération légale et l’aveu d’omission, concrètement exprimés par l’Administration et la Justice mauritanienne. Il y a des plaies de droit qui amochent les juges plus que les victimes, et qui restent, comme ça, sur la face de l’Etat, au fil des ans, comme une immense flétrissure. Aujourd’hui, le pays est en train de renaître !

M. le Président de la République, homme de consensus et personne à grand cœur, a le pouvoir de comprendre la situation et de juger les faits. Il a le privilège de s’être déjà penché pour clore des injustices semblables et faire réparer, en les supervisant, des drames personnels, commis par ses prédécesseurs dans leurs crises d’inquiétude souveraine.

Il faut dire que cette question, par-dessus son aspect personnel, goupille les cœurs d’une grande région du pays et mobilise, dans la discipline citoyenne, une opinion publique importante. Les causes humaines, quand elles sont franches, traversent les barrières de préjugés et réalisent, d’un trait, la communion générale, dans un élan où tout le monde, sans même y penser, s’aligne rigoureusement dans les colonnes de la revendication.

Ce dossier, qui témoigne de l’échec de ceux qui avait le Pouvoir un jour, vient d’échoir, aujourd’hui, entre les mains du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh Al Ghazouani.

Dah Ould Bate, depuis son ultime demeure, ne mérite pas que la Mauritanie, encore une fois, échoue à lui dire son mea culpa et à respecter, en prenant soin de ses ayants droit, sa dignité inaliénable et sa mémoire éternelle.

AbdALLAH Aboubekrine

via cridem

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