Le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi tel que je l’ai connu

Durant l’été 2006, alors que s’amenuisaient les initiatives appelant à prolonger la période de transition par le truchement du fameux « vote blanc », la voie était désormais libre pour s’acheminer vers des échéances politiques municipales, législatives et présidentielles.

Les élites nationales cherchaient à se positionner, dans une scène politique remodelée, marquée par les interventions du Conseil militaire, que dirigeait feu Ely Ould Mohamed Vall, se traduisant notamment par :

- Le démantèlement du Parti républicain pour la démocratie et le renouveau (PRDR), héritier légitime de l’ancien parti au pouvoir, en vidant ses viviers électoraux de leurs cadres et de leurs notables ;

- L’émergence d’un nouveau courant politique dénommé « les Indépendants », et issu du même PRDR ;

- La migration d’un nombre important de notabilités et de grands électeurs vers les partis politiques d’opposition, en particulier le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et l’Union des forces du progrès (UFP).

Dans ce contexte, où régnaient confusion et incertitude, certains groupes politiques ont commencé à explorer les meilleurs scénarii pour une transition du pays en toute sérénité vers un régime civil stable.

A l’époque, tous ces groupes avaient en ligne de mire la fonction de président de la République eu égard à l’importance du régime présidentiel qui devait, d’une part, s’édifier sur les décombres des systèmes militaires ou paramilitaires et, d’autre part,  pouvoir faire face au lourd héritage d’injustices humanitaires, économiques et sociales et d’exclusion des opposants.

 

Le candidat le plus qualifié

Un groupe en particulier, auquel je me considérais lié politiquement, a été précurseur dans cette voie. L’un de ses membres, dont le point de vue comptait pour moi, m’avait confié que Sidi Ould Cheikh Abdallahi lui paraissait alors, entres autres candidats potentiels, le plus qualifié pour assumer la direction du pays.

Il avait étayé son choix par l’énumération des qualités de l’homme : « C’est un économiste à l’expérience nationale et internationale avérée ; il a fait partie des technocrates signataires, au début des années soixante-dix du siècle passé, d’une lettre invitant le président Ould Daddah, à mener des réformes politiques et économiques en phase, à l’époque, avec les revendications de la jeunesse de gauche ; c’est un intellectuel mesuré, formé à l’école Moktar Ould Daddah, connue pour son attachement à l’unité nationale ; il est originaire d’une région du centre du pays, riche de sa diversité culturelle et ethnique ; et c’est surtout un homme indépendant des formations politiques affiliées au pouvoir et de celles qui lui sont opposées, ce qui le prédisposait à aborder certaines questions épineuses, comme l’esclavage, la situation des réfugiés et le passif humanitaire, loin des préjugés ethniques et sectaires, qu’il rejetait avec force».

Le même ami m’a révélé également qu’il avait rencontré Sidi Ould Cheikh Abdallahi au domicile de ce dernier, en compagnie d’un collègue, et qu’il leur avait semblé s’intéresser à la présidentielle.

Je devais apprendre plus tard que sa décision de se porter candidat à l’élection dépendait des résultats de contacts qu’il avait pris avec certaines parties et personnalités. Il était apparu par la suite que les résultats de ces contacts l’avaient encouragé à annoncer, à partir de son village natal Lemden, sa candidature à l’élection présidentielle de 2007.

Pendant cette période, et dans le cadre de notre action, mes amis et moi, visant à créer une « dynamique favorable à cette candidature », j’avais demandé à l’un de mes collègues de me prendre rendez-vous avec le candidat Sidi, ce qui fut fait. Par la suite, mes rencontres avec lui s’étaient poursuivies, tantôt seul, tantôt avec d’autres : des élus, des notables et des cadres, dont certains avaient plus tard assumé des rôles politiques dans la campagne du candidat et exercé de hautes fonctions au sein du Gouvernement et de l’Administration.

 

Nouvelle dimension de l’homme

Tout au long de la période où j’avais eu le privilège d’être aux côtés de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, que ce soit en sa qualité de candidat à la présidentielle, ou en sa qualité de président de la République, ou en sa qualité de combattant arborant le glaive de la légitimité et déterminé à triompher par la force de la loi, j’avais l’impression de découvrir, chaque fois que je le rencontrais, une nouvelle dimension de la personnalité de l’homme qui m’était inconnue auparavant.

Nos entrevues s’étaient intensifiées tout au long de mon séjour à ses côtés à Lemden, pendant la crise constitutionnelle, avec tout ce qu’elle a connu comme loyauté, force et endurance des uns mais aussi comme chancellement, trahison et faiblesse des autres. Et à l’occasion de chacune de ces rencontres, j’ai pu constater combien l’homme évitait d’atteindre à la dignité des gens, bannissait toute forme de médisance en sa présence et rejetait toute attaque personnelle, même si elle visait ses opposants.

J’ai également pu constater sa capacité d’écouter longuement et patiemment ses interlocuteurs sans jamais les interrompre ni même manifester le moindre signe de lassitude, ainsi que son calme et sa résistance face à des épreuves, parfois difficiles à supporter pour d’autres.

Quant à sa sincérité, elle transparaissait déjà clairement dans la prudence avec laquelle il prenait des engagements ou faisait des promesses électorales. Elle transparaissait aussi dans sa prédisposition naturelle à toujours dire la vérité, même lorsqu’il était tentant, en certaines circonstances, de ne pas le faire.

A ce sujet, je me souviens qu’il avait organisé, juste avant le début de la campagne électorale, plusieurs réunions à l’hôtel Semiramis avec des élus et des dignitaires de différentes régions du pays. Il s’était à cette occasion aliéné certains soutiens pour avoir refusé de faire des promesses et de prendre des engagements à caractère personnel. L’un de ses conseillers avait attiré son attention sur cela, lui suggérant d’en tenir compte au cours des réunions suivantes. Sa réponse avait été ferme : il ne ferait pas de promesses aux personnes, de crainte que, pour les tenir, il ne doive transiger sur l’observation des principes d’équité et de justice.

Je me souviens également qu’il avait reçu des représentants du groupe des Islahiyines, qui étaient très influents sur la scène politique, et que ceux-ci lui avaient demandé de s’engager par écrit qu’il reconnaitrait leur parti politique une fois élu président. Il avait rejeté cette condition, en dépit de l’importance de leur poids électoral et nonobstant son intention de légaliser un parti pour cette mouvance politique à travers lequel ils pourraient exercer leur droit inaliénable à exprimer leurs idées politiques.

 

Respectueux de tous

Je me souviens qu’il n’avait pas inclus la rupture des relations avec Israël dans son programme électoral, malgré son intention de soumettre la question au Parlement, pour susciter une recommandation allant dans ce sens.

J’avoue que, moi-même, je m’interrogeai sur l’épisode de l’entretien qui a eu lieu le jour du coup d’État dans le bureau du Commandant du Basep, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, avant de l’apprendre directement de Sidi lui-même dans un premier temps, puis lors d’une émission de télévision animée par le journaliste chevronné d’Al-Jazeera, Mohameden Baba Atfagha.  En effet, le président Sidi avait lu un livre et s’était ensuite assoupi dans l’une des salles du bâtiment peu après l’entretien avec le commandant du Basep. Après avoir été convaincu de l’authenticité de l’information, m’est revenue à l’esprit l’histoire que le chef persan Hormuzan avait eue avec le calife Omar Ibn al Khattab, que Dieu Soit Satisfait de lui. Lorsqu’il l’avait trouvé endormi dans la mosquée sans garde, il avait eu sa célèbre formule : « Tu dors, Omar, parce que tu es un dirigeant juste ». Qui ne vole pas ne craint pas les limiers, dit à juste titre l’adage maure.

J’ai remarqué, à plus d’une occasion, que le président Sidi était respectueux de tous, mêmes de ses adversaires. Ainsi, je me souviens qu’au tout début de la brouille entre le leader Ahmed Ould Daddah et le chef du Conseil militaire de l’époque, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, deux mois après le coup d’État, quelqu’un s’était demandé quelle position prendraient certaines personnalités nationales soutien du leader Ahmed Ould Daddah. L’ancien ministre Mohamed Abderrahmane Ould Moine faisait partie des personnalités en question, sachant qu’il est le père de l’avocat et brillant intellectuel Mohamed Ould Moine, alors membre du Gouvernement. Contrairement à son habitude, le président Sidi avait interrompu l’orateur d’un ton ferme, en disant : « Ne vous trompez pas sur Mohamed Abderrahmane Ould Moine, car il a un tel courage et une telle magnanimité qu’il est impossible pour lui de quitter Ahmed Ould Daddah dans une telle situation ! »

Puis, il avait poursuivi son témoignage sur l’homme en évoquant deux faits : l’un d’eux concerne la promotion par le président Moktar Ould Daddah, Qu’Allah le Couvre de Sa Miséricorde, de Mohamed Abderrahmane Ould Moine, alors tout jeune préfet à Fdérik, je pense, en le nommant ambassadeur auprès de l’État du Koweït. A l’époque, certains ministres avaient été surpris par cette décision !

« Ma surprise a été grande cependant », avait dit le président Sidi, « lorsque j’ai découvert, en traitant différents dossiers de coopération en ma qualité de ministre de l’Economie, que tous les dossiers reçus de notre Ambassade au Koweït se distinguaient par la qualité de leur préparation et de leur précision ». « Le second », avait poursuivi le président, «s’est produit durant mon séjour au Koweït, où je travaillais au Fonds koweïtien pour le développement. Lorsque j’ai informé le Dr Abdoullatif Al-Hamad, à l’époque ministre des Finances de l’État frère du Koweït, que Mohamed Abderrahmane Ould Moine voulait lui rendre visite dans son bureau, il a répondu d’une voix qui signifiait l’estime et la considération : « Non ! Non ! L’Ambassadeur Mohamed Abderrahmane ne prend pas de rendez-vous, il vient quand il veut et entre par la porte qui lui plait. » J’ai été très fier, à l’époque de ces égards pour un compatriote, avait dit le président ! »

 

Probité et intégrité

Je me souviens à cet égard d’un autre témoignage, sur l’actuel président, Mohamed Ould Cheikh Al Ghazouani. Le président Sidi avait déclaré que, trois jours après le coup d’État, pendant son séjour forcé dans l’une des villas du Centre national des congrès, il ne pouvait suivre que les émissions de la télévision nationale, les chaines internationales lui ayant été censurées. Bien que les événements et activités couverts par cette chaine le critiquaient lui-même, son système et son entourage familial, il avait tenu, tout au long de ce séjour, à suivre les discours des officiers, lors des meetings populaires organisés pour justifier les motifs du «changement ». Et c’était, m’expliquait le président, pour une raison simple : « Connaissant la nature vertueuse et la bonne éducation de Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, je ne l’imaginais pas agir de la même manière ou tenir les mêmes propos que j’ai pu entendre des autres et je ne fus, comme je m’y attendais, pas déçu ».

En matière d’intégrité et de rapport à l’argent, je peux citer, malgré la courte période au cours de laquelle j’ai connu le président Sidi, quelques exemples révélateurs de sa probité et de son intégrité.

Une fois, le ministre des collectivités locales et de l’aménagement du territoire, Yahya Ould Kebd, revenant d’une mission, lui avait remis un chèque de cinq cent mille dollars (500000) dollars, représentant un don du président gabonais El Hadj Omar Bongo. Le président Sidi avait alors ordonné de remettre le chèque au Trésor public, pour qu’il soit versé au profit de l’Agence Nationale d’Accueil et d’Intégration des Réfugiés (ANAIR).

Le deuxième témoignage se rapporte à un sac qui lui avait été présenté par l’aide de camp du président sénégalais Abdoulaye Wade venu s’installer dans la maison du président Sidi à Nouakchott, pour superviser la cérémonie de signature des Accords de Dakar. Le président Wade s’était adressé à lui, en ces termes : « Ce sac contient une somme d’argent que j’ai apportée avec moi pour vous aider dans les dépenses et les charges auxquelles vous êtes confronté. » Le président Sidi avait décliné l’offre avec délicatesse, en disant : « Monsieur le Président, nous sommes maintenant occupés par une question politique liée au sort du pays, et je pense que nous devrions reporter toutes les autres questions jusqu’à la fin de ce processus. »  Sur ce, le militaire était reparti avec le sac, sur un signe de Wade.

J’en ai été moi-même impliqué dans le troisième témoignage. Lors de mon séjour à Dakar, avant les négociations, j’ai reçu, en ma qualité de directeur de son Cabinet pendant la lutte pour la légitimité, deux sommes importantes en espèces, envoyées par deux chefs d’État africains, amis du président Sidi. Sur ses instructions, ces sommes ont été entièrement réparties entre ses émissaires en Europe, en Amérique et en Afrique.

Les pourparlers avec Mouammar Kadhafi donnent un autre éclairage sur la probité du président Sidi. A l’occasion de leur première rencontre, ce dernier avait opposé une fin de non-recevoir à la demande de signer un document préalablement rédigé, actant une renonciation volontaire au pouvoir !

Par la suite, les deux hommes s’étaient rencontrés, seuls, au cours de deux nuits consécutives, pendant des heures, dans l’une des tentes du « Guide », dressées dans la banlieue de Syrte. Les délégations mauritanienne et libyenne conduite par Abdel Salam Triki étaient restées dans une autre tente. Je n’avais été informé, tout comme d’ailleurs les autres membres de la délégation d’accompagnement, du contenu de ces longs entretiens entre les deux hommes, qu’après notre retour à Nouakchott. Le président Sidi m’avait montré le texte de la déclaration pré-rédigée que lui proposait Kadhafi. Il m’avait dit que le «Guide » l’avait mis devant deux choix : le premier était l’acceptation de la signature dudit document en échange des honneurs en Mauritanie et en Jamahiriya, et d’autres offres «affriolantes », dont j’ignore la nature. Le second se rapportait, dans le but de l’effrayer, au traitement que lui réserveraient les officiers, une fois rentré en Mauritanie, s’il n’acceptait pas à cette offre !

 

Attaché aux principes

Pendant deux interminables nuits, épuisantes à plus d’un titre pour lui et pour la délégation qui l’accompagnait, le président Sidi était resté ferme sur sa position, refusant toute démission.

J’ignore pour ma part ce que certains attendaient de cette visite, mais je remercie Dieu de notre retour sains et saufs dans notre pays.

Auparavant, Kadhafi avait eu un entretien téléphonique avec le président Sidi, lors de sa visite controversée à Nouakchott, visite au cours de laquelle il avait scandé le slogan (6-6) en référence à la date fixée par Aziz pour l’élection présidentielle. Dans cet entretien, il avait demandé au président Sidi de démissionner de sa fonction, proposant de lui rendre visite à sa résidence à Lemden, et promettant d’autres choses qui pourraient être tentantes, mais auxquelles Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi restait insensible. Kadhafi avait insisté, demandant au président Sidi : « Pourquoi n’acceptez-vous pas ma demande de renoncer au pouvoir ? Vous valez bien plus que la présidence ». Le président Sidi avait répondu : « Et vous, pourquoi n’acceptez-vous pas d’appuyer le projet démocratique que je porte pour mon pays ? »

À plus d’une occasion, j’ai découvert la capacité du président Sidi à convaincre, la finesse avec laquelle il formulait ses points de vue et la cohérence de ses arguments. Mais ce qui m’a le plus surpris, c’était sa patience dans la résistance aux pressions aussi bien internes qu’externes, qui se sont succédées, venant y compris de certains de ses alliés. Il est toujours resté attaché à ses principes de rejet des compromis et solutions qui ne respectaient pas la légitimité constitutionnelle, affirmant, à chaque fois, qu’il adhérait à «la force de la loi face à la loi de la force ».

J’ai appris, lors des négociations de Dakar, qu’une délégation de dirigeants du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) lui avait rendu visite à Lemden et qu’elle avait eu du mal à le convaincre d’accepter des compromis proposés par les négociateurs. Ce rejet n’était nullement motivé par un attachement au pouvoir, ni par un manque de confiance en ses partenaires du FNDD, ni par la mésestimation des sacrifices que ceux-ci consentaient. Elle émanait d’une conviction forte de la nécessité de s’attacher à l’arme de la légitimité jusqu’à ce que toutes les parties – en particulier les partisans de la légalité – parviennent à un règlement satisfaisant, basé sur la dissolution du Haut Conseil d’Etat (HCE), l’annulation de son agenda électoral et la formation d’un Gouvernement de coalition devant s’employer à l’organisation d’une élection présidentielle organisée selon des mécanismes consensuels. Ce Gouvernement devait comprendre les trois parties : Le FNDD, le RFD et les soutiens du pouvoir militaire en place.

Afin de donner à ces mesures un caractère légal, il fallait qu’elles soient annoncées à l’occasion d’une cérémonie solennelle, au cours de laquelle le président légitime, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, signe le décret formant le nouveau Gouvernement et prononce un discours adressé à la Nation, diffusé en direct à la radio et à la télévision nationales et conclut par l’annonce de sa démission de la Présidence. Je pense que tout le monde se souvient encore qu’il avait publiquement interrompu son discours, lorsqu’il avait appris l’arrêt de la transmission directe, délibérée ou accidentelle, de la cérémonie télévisée. Il avait ensuite repris son discours, après s’être assuré que cette transmission ait été rétablie.

 

Amère expérience

La vérité est que la plupart des Mauritaniens, moi compris, n’ont véritablement connu le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qu’à travers cette amère expérience !

En ce qui me concerne, sans préjudice du devoir de réserve et loin de faire, comme certains pourraient le penser, la promotion déplacée d’un projet, je vais citer ici des exemples qui illustrent la philosophie de l’homme dans l’exercice du pouvoir, les approches qu’il a suivies pour traiter certaines situations et certains dossiers.

Je tiens de lui, qu’après avoir remporté l’élection présidentielle, il avait pensé à former un Gouvernement élargi, ce qu’il n’avait pas pu concrétiser à cause, d’une part du refus d’une large frange du courant des Indépendants, et d’autre part de la difficulté de choisir une équipe à la fois de qualité et représentative au sein d’une majorité où chacun ne proposait que sa propre personne.

A l’époque, le président Sidi avait déclaré que les gens voyaient la responsabilité sous deux angles différents : les uns y voyaient une lourde charge, pour laquelle on avait besoin d’aide et d’assistance, tandis que les autres y voyaient un gâteau à partager, de sorte que plus il y avait de prétendants, plus la part qui pouvait revenir à chacun se rétrécissait !

A la formation du premier Gouvernement de Yahya Ould Ahmed ElWaghf, le président Sidi avait recommandé d’inviter les principales forces de l’opposition à participer à un Gouvernement élargi, mais la réponse avait été partielle.

Les deux exemples suivants montrent le penchant naturel du président en faveur de la justice et de l’équité.

Dès les premiers mois de son mandat, il avait dû arbitrer la sélection du président de l’Université de Nouakchott. Trois candidats étaient en lice : Le premier était un dirigeant actif du RFD, opposé à son régime ; le deuxième un indépendant qui avait voté pour lui à l’élection présidentielle ; et le troisième un responsable de sa campagne électorale. Ce fut le premier qui répondait le mieux aux critères objectifs de sélection qui fut retenu.

Le deuxième exemple concerne la nomination d’un dirigeant du parti d’opposition RFD en tant qu’ambassadeur, ce qui a suscité le mécontentement de certains partenaires politiques. Le président Sidi avait répondu qu’il s’agissait d’un diplomate professionnel, issu d’un groupe social marginalisé. Deux critères suffisants pour justifier cette promotion et éliminer les autres considérations.

Je me rappelle aussi le sens élevé qu’avait le président Sidi de l’État. Répondant aux demandes de tenir d’urgence un sommet d’une organisation régionale dont la Mauritanie est membre, dans le but de démettre, sous prétexte qu’il ne jouait pas son rôle de défense des intérêts du pays, un cadre mauritanien qui dirigeait alors cette organisation, il avait évoqué deux éléments :

Le premier, c’était son étonnement qu’un État qui se respecte renonce au poste de premier responsable dans la hiérarchie d’une organisation internationale ou régionale au profit d’un poste d’adjoint !

Le second élément était qu’au niveau de l’organisation en question, la mission de défense des intérêts du pays incombait aux responsables mauritaniens représentant l’État. Le président de l’organisation, quant à lui, avait pour devoir de protéger l’organisation et de défendre, sans parti pris, les intérêts communs de tous ses membres.

Dans le domaine de la gouvernance, le Gouvernement du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi avait adopté comme règle la professionnalisation des fonctions. Suivant cette règle, les responsabilités politiques et les fonctions techniques étaient séparées. Les pouvoirs de nomination à plusieurs fonctions administratives (directeurs adjoints centraux, chefs de services administratifs et de divisions administratives) étaient délégués aux ministres. Pour assumer les responsabilités techniques, il fallait répondre à des critères purement professionnels et l’avancement automatique aux divers postes de responsabilité devait se faire sur la base de conditions bien définies. Il est vraiment regrettable que ces réformes aient été abandonnées sans justification valable.

 

Processus d’auto-évaluation continu

L’exemple suivant met en évidence le souci qu’avait le président de trouver des mécanismes de lutte contre l’exclusion. Ainsi, il m’a fait part un jour, au cours d’un moment d’échanges, qu’une idée lui traversait l’esprit, mais qu’il n’avait pas eu le temps de l’approfondir. Cette idée était la suivante : les causes des conflits sont principalement dues à la compétition pour l’accès aux ressources provenant, directement ou indirectement, de l’État. Ces ressources étant limitées, il existe une réelle tendance à leur accaparement par la majorité dans les conditions de la pratique démocratique en vigueur. Quelles solutions imaginer pour bannir les formes d’exclusion qui en résultent ?  Partant de ce constat, le président se demandait s’il était possible de remédier à ce déséquilibre en séparant la première fonction au niveau des structures de l’État, qui reviendrait à celui qui détient la majorité absolue des voix, du reste des autres fonctions, surtout politiques, qui seraient alors réparties selon la méthode de la proportionnelle.

S’agissant du domaine professionnel, ceux qui ont approché le président ont pu facilement découvrir sa clairvoyance, la profondeur de ses réflexions et l’étendue de sa culture, à travers l’examen des projets qui lui étaient proposés, aussi bien en termes de contenu que de formulation.

Il avait l’habitude de consulter les assistants et partenaires. Il choisissait toujours les mots les plus expressifs et ses formules étaient d’une finesse remarquable. Dans la plupart des cas, il ne prenait sa décision qu’après avoir consulté, interrogé et discuté. Il souhaitait recevoir des notes et des réactions à ses décisions, dans le cadre d’un processus d’auto-évaluation continu.

On peut déduire de ces faits et exemples, souvent inconnus du grand public, que le président Sidi était un homme de justice et d’équité. Ce sont sans doute ces qualités qui l’ont amené à s’attaquer aux grands problèmes nationaux, tels que la criminalisation de l’esclavage, l’organisation du retour des réfugiés et l’initiation de résolution du passif humanitaire, décisions connues et appréciées de tous.

Au domicile familial du président Sidi, régnaient l’amour et le respect. Sa famille est composée de son honorable épouse, de ses fils et de sa fille, qui sont tous aussi sagaces qu’aimables. Tous évoluent dans une harmonie affective qui s’étend aux employés de maison, du chauffeur au jardinier. Ici, les ordres s’expriment par des demandes, les instructions par des recommandations et les interdictions, sauf cas exceptionnels dictés par les circonstances, par des remarques ou commentaires attirant l’attention de la personne concernée.

Avant de conclure ce bref témoignage, dans l’espoir d’y revenir plus tard, je voudrais dévoiler un secret, que je me crois autorisé à divulguer aujourd’hui. Le Président Sidi m’avait avoué qu’une personnalité nationale lui avait demandé, sous forme de suggestion : « Pourquoi n’écrivez-vous pas vos mémoires personnelles pour consigner certains événements et éclairer les jeunes générations sur des périodes importantes de l’histoire du pays ? »

Sur ce sujet, le président Sidi m’a avoué qu’un tel projet le placerait face à un dilemme : soit faire le choix de tout raconter y compris dans les détails et cela blesserait sûrement plusieurs de ses compagnons ; soit  éluder les détails et les contextes et verser dans des récits fragmentaires dépourvus de toute valeur historique ou culturelle.

Qu’Allah Couvre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de Sa Miséricorde et Sa Bénédiction, Qu’il l’Accueille au paradis, dans la compagnie des Prophètes, des Justes, des Martyrs et des Saints, et Qu’il bénisse sa descendance.

Mes condoléances vont aussi aux braves habitants de Lemden, qui héritent de l’illustre défunt un surcroit de notoriété et qui s’ajoute à l’immense héritage de sagesse et de générosité, qu’ils tiennent de père en fils, depuis des générations.

Mes remerciements vont également au président de la République, Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazouani, pour les honneurs et l’adieu solennel, auxquels il a tenu à assister personnellement, qui ont été réservés au président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Merci au peuple mauritanien, en particulier aux habitants de Nouakchott, qui ont afflué de toute part, dans leurs différentes composantes, pour faire leurs adieux à cet homme, lui rendant ainsi tout l’honneur et toute la reconnaissance dus à sa grandeur. Une nation qui n’honore pas ses grands hommes ne mérite pas d’exister.

Qu’Allah bénisse le Président modèle, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et lui Accorde le repos de l’âme

 

 

           Mohamed Kaber Ould Hamoudi

Source: Le calame

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