Connaissez-vous Ghazouani ? (II) Comment désamorcer une énigme, après l’avoir élucidée

Je le soutenais, dans l’article précédent, la rationalité de la démocratie nous impose de reconnaître, au Président Ghazouani, le droit constitutionnel et légal d’exercer le pouvoir, dans toute la plénitude de ses prérogatives. Il a, en effet, été élu lors d’un vote transparent et au premier tour.
Sa victoire signifie, clairement, notre échec à nous, de l’opposition : n’avons su promettre que l’illusion du changement radical. Nous aurions dû le savoir, le passage vers une nouvelle ère de la politique ne se réaliserait en un jour. Comme le rappelle le penseur Breïdelleil, notre pays est né penché comme la tour de Pise et nous ne redresserions l’œuvre des siècles, en 60 ans – ni, a fortiori, au terme d’une année et demie du quinquennat de Ghazouani….

 

Poussée d’acné médiatique

La flambée de libelles contre la gouvernance du moment, à laquelle nous assistons aujourd’hui, n’est pas malsaine en soi ; le citoyen pratique son droit à la critique, même s’il est tenu d’en jouir sans déroger aux usages de tolérance et de respect de l’autre. La poussée d’acné médiatique fait apparaitre des opinions dont la disparité interdit l’indifférence : les unes se distinguent par leur intensité, d’autres sacrifient davantage à la sévérité, certaines, poignantes, honorent la sincérité. Autour, fourmillent des accès et sautes d’humeur, c’est-à-dire le langage du dépit vis-à-vis d’un gouvernement en apparence inapte à décider selon la vertu, voire qui manquerait de prestige, de résolution et de popularité. Nous commençons, en réalité, à ouïr la parole d’une jeunesse désormais peu encline à voir s’évaporer son rêve de changement, une catégorie de la population, que les années de corruption ont épuisée mais raidie. Il s’agit là, du fruit d’un réveil des espoirs nés de la candidature de Ghazouani ; alors prétendant aux suffrages de ses compatriotes, il déclarait son intention, exclusive, de privilégier les intérêts du pays. De facto, le Président Ghazouni subit les revers d’un passé honni, empreint de népotisme et de désenchantement. Les marques du renouveau, à présent inscrites au fronton de la présidence de la République ont créé un élan d’enthousiasme, sans précèdent et autant d’exigence.
Certes, l’on est en droit de déplorer que certaines nominations ignorassent les jeunes compétences et les trajectoires neuves, au sein du personnel public mais la précipitation et l’autoritarisme n’attestent, non plus, d’une gouvernance d’intérêt général. Quand un homme tient toutes les rênes du pouvoir à l’image de Ould Abdel Aziz – bien entendu aux dépens des institutions et du principe de leur séparation – il se permet bien de dérapages et quelques abus. Ghazouni, lui, a enclenché, en sens inverse, une dynamique de rechange qui soigne les formes et défère au partage des rôles.

Un style consubstantiel à l’éducation

La lutte contre la corruption accusait un déficit sous Ould Abdel Aziz. Même si cinq institutions en suivaient et contrôlaient le déroulement théorique, elle ne relevait d’une priorité nationale mais représentait, plutôt, le moyen de régler des comptes, au sens subjectif de l’expression. Il fallait sanctionner les plus faibles pour brandir, haut, l’étendard de l’intégrité.
Nous vivions, en vérité, sous le règne de l’injustice et de la dilapidation des biens de la collectivité. En revanche, nous le constatons, aujourd’hui, la construction et la consolidation des structures de l’Etat, a débuté, d’abord par les services de la Présidence. Les circonstances de l’alternance ont contraint le Chef de l’Etat à choisir, rapidement, un nouveau directeur de cabinet dès le verdict des urnes ; cependant, il attendra longtemps avant de se libérer des anciens conseillers ; semble-t-il, il ne souhaitait jeter, à la rue, ces cadres de compétence plausible, avant de leur assurer des positions de repli, des points de chute pas trop douloureuse. Ce style, consubstantiel à l’éducation et à un sens élevé – ô exagération, s’insurgent les esprits chagrins – de l’empathie, suscite bien des doutes quant à la sincérité du projet global de réforme. Que l’on entérine ou rejette une telle dépense d’égards aux gens, il convient de verser, à l’actif de Ghazouani la singularité de la méthode et sa relative efficience. Ainsi, les fameux employés du palais, avant d’endurer leur révocation des lieux, furent reçus, d’abord, par le directeur de Cabinet ; ce dernier les rassura.
Nous devrions également constater qu’aucun signe de népotisme, de corruption, d’arbitraire ou de piétinement du droit n’est observé depuis le mandat de Ghazouani.
Nous assistons, alors, à un tournant historique, lequel nous oblige à choisir entre deux options :
- La première consiste à se rapprocher du pouvoir, afin d’unir les efforts autour de son noyau, en vue de combattre la pandémie et d’éliminer la corruption. Cette voie se confond au réalisme, loin des slogans creux et de l’impatience qu’agite une frange de la jeunesse, pas toujours à tort.
- Le second terme de l’alternative dicte, à l’opposition, de resserrer les rangs et de se poser en force de proposition et de recours. Ainsi, elle jouerait sa partition traditionnelle dans une démocratie. Elle réaffirmerait son utilité, face à un gouvernement qui écouterait ses griefs et solutions, lui ouvrirait les portes de la concertation, lui assurerait une présence audibles sur les médias de l’Etat et, aucunement, ne la brimerait. Le vieil adage hassani, «celui qui peut choisir ne court le risque de la duperie », trouverait, ici, son éloquente illustration….

                                                                                                                    Mohamed Mahmoud Ould Bekar

Le calame

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