Dossier de la corruption: Incertitude et interrogations

La corruption généralisée où la culture de  l’impunité  fixe  les règles, cette triste réalité plombe le développement en Afrique et prive de nombreuses populations des infrastructures de base (santé, éducation, accès à l’eau…). Le contexte actuel  de la gouvernance en Mauritanie illustre parfaitement cette tendance générale au niveau continental.

Embourbé, depuis plusieurs mois, dans une interminable enquête préliminaire menée par les limiers de la  police chargée de la répression des infractions à caractère économique et financier, un dossier de corruption présumée pendant la décennie de gouvernance de l’ex-président Mohamed ould Abdel Aziz (2008/2019) suscite inquiétude et interrogations au sein de l’opinion. L’enthousiasme initial des analystes politiques et des citoyens ordinaires a cédé la place  au scepticisme.

Un sentiment fondé au constat de la lenteur d’une totalement inédite procédure à rallonges sur laquelle travaille des Officiers de police judiciaire (OPJ) tentant de démêler une histoire de gros sous avec de nombreuses ramifications, des auditions parfois à reprendre et de multiples confrontations.

Première dans l’histoire de Mauritanie très pauvre en  enquêtes pour présomption de corruption, une telle procédure préliminaire nécessitant près de six mois d’investigations est, ailleurs dans le monde, aussi exceptionnelle, par sa durée.

Le dossier est le prolongement des conclusions d’un rapport établi par une Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) qui bénéficia de l’assistance de cabinets spécialisés en audit. Ledit rapport fut transmis à la justice le 5 Août 2020. Le Parquet anti-corruption a aussitôt ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire. Plusieurs proches de Mohamed ould Abdel Aziz, des anciens Premiers ministres et autres membres du gouvernement sous son magistère furent alors « cuisinés » par les policiers. Certains de ceux-là repassés deux fois et même plus à la moulinette de ceux-ci. Un épisode préliminaire dont le véritable temps fort aura été le placement en garde à vue de l’ex-président de la République, du 17 au 24 Août 2020.

Le général à la retraite refusait alors de parler aux policiers, en se réfugiant derrière la Constitution et son statut d’ex-président de la République « qui lui garantit », arguait-il, « une immunité totale pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions ». Une audition au final bancale, en mode motus et bouche cousue, au terme de laquelle il retrouvait la liberté sur la base des délais prévus par la loi anticorruption de 2016. La suite fut nettement moins agitée.

Depuis plusieurs mois, la presse  évoque épisodiquement de nouvelles auditions ciblant des personnalités déjà entendues dans le passé mais aucune avancée significative n’est perçue par l’opinion. La crainte de voir cette affaire classée en rubrique « pertes et profits », à la faveur d’un deal politique entre frères d’armes et « amis de quarante ans », se précise. On se souvient que c’est quasiment main dans la main que les deux hommes  furent propulsés au devant de la scène politique par la révolution de palais du 3 Août 2005 qui renversa le régime de Maaouya ould Sid’Ahmed Taya et récidivèrent  avec le putsch du 6 Août 2008, en mettant un terme au pouvoir démocratiquement élu du président Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi.

Pourquoi ce dossier n’a pas été déféré devant la justice et transmis à l’instruction ? Un cas de figure classique où le(s)juge(s) chargé(s) de mener l’information pourrai(en)t faire appel, si nécessaire, à  des OPJ, via commissions rogatoires. Seule une réponse claire à cette lancinante interrogation pourrait dissiper les nuages et le doute. Pour mémoire, la CEP a mené des investigations sur l’attribution de gré à gré de cent neuf marchés publics dans les domaines de l’énergie et des infrastructures ; la gestion du Fonds National de Revenus des Hydrocarbures (FNRH) ; celle de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) ; la liquidation de certaines entreprises publiques (SONIMEX et ENER) ; le contrat de cession à la société «ARISE-Mauritanie SA» du terminal à conteneurs du port de Nouakchott ; le contrat de pêche avec la société chinoise « Poly Hondong» ; le foncier à Nouakchott…. La valeur cumulée des marchés dont la procédure d’attribution fait l’objet de cette enquête est estimée à 1,15 milliards de dollars, soit un pactole de 44 milliards MRU.

Nouveau cafard sorti des placards ?

Parallèlement à l’enquête déclenchée au mois d’Août 2020, un nouveau dossier est au centre des conversations depuis quelques jours. L’affaire fait l’objet d’une nouvelle procédure préliminaire. Il s’agit d’une enveloppe de cinq millions d’euros versés par l’Union Européenne (UE) au gouvernement mauritanien, dans le cadre de l’Accord de Partenariat de Pêche (APP). Elle aurait servi à bâtir une grande usine pour le traitement et la conservation du poisson, au nom d’Asmaa Abdel Aziz. Ce montant venait en complément de la redevance payée annuellement par le partenaire européen et visait à donner plus de valeur ajoutée au secteur  de la pêche.

                             AS  

Le Calame

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