Le partenariat LEERG-ACF face aux risques d’Inondation à Nouakchott, Par OUMAR SOKO, chercheur au LEERG

Le partenariat LEERG-ACF face aux risques d’Inondation à Nouakchott,  Par OUMAR SOKO, chercheur au LEERGOUMAR SOKO

Introduction

La ville de Nouakchott fait face à des risques d’inondation qui sont liés aux précipitations exceptionnelles, au changement climatique, à l’érosion due aux activités humaines sur le littoral, et à la remontée de la nappe phréatique.

« Le transit sédimentaire vers le Sud, freiné par le port de l’amitié fait causer une menace directe sur les quartiers proches du littoral, et l’érosion ne fait que s’accentuer d’année en année ».

La dune bordière qui est la seule protection de la ville contre la remontée de la mer, est considérablement fragilisée par le prélèvement du sable. Des incursions marines ont été enregistrées déjà, entre le port de l’amitié et l’hôtel Ahmedi.

La plupart des quartiers environnant le littoral sont situés à une côte équivalente au niveau de la mer (0 m) voire en dessous, et donc la nappe phréatique est sub-affleurante et remonte facilement par endroit, créant ainsi des mares exaspérées parfois, par des pluies exceptionnelles comme celle de 2013. Ces mares sont plus visibles à Elmina et Sebkha, où les populations s’adonnent à exploiter illégalement leur sel, et ce dans des conditions d’insalubrité et de concentrations d’ordures inacceptables.

Les populations s’installent donc dans ces zones à risques par ignorance, ou tout simplement par pauvreté.

Face à cette situation, quelle solution efficace et durable faut- il envisager ? Des partenaires engagés :

En tout état de cause, Sans une approche globale et intégrée de gestion de ces mares, le risque planera toujours sur l’ensemble des habitants de Nouakchott et si rien n’est fait, le risque deviendra un jour une catastrophe.

Les simulations et les réflexions menées par Le LEERG sur les mares et les inondations en partenariat avec ACF, ont permis de proposer des pistes d’orientation pour une approche globale intégrée, impliquant plusieurs acteurs avec chacun un rôle précis, et des prérogatives bien définies.

L’orientation proposée précise que chaque acteur identifié par commune, doit être en mesure de pouvoir prendre des décisions appropriées, pour aider à réduire les risques et les impacts des catastrophes consécutives aux inondations à Nouakchott, tant marines que pluviales.

Les partenaires techniques et financiers (PTF) :

Les PTF à l’instar de l’ONG Action Contre la faim et l’AFD dans le cadre du projet FISONG GIRI , seront sollicités pour la mise à disposition des moyens financiers et une expertise technique pour appuyer l’Etat et les Communes pour la conception et la mise en œuvre des projets et programme de RRC.

Le secteur privé

Le secteur privé quant à lui est appelé à contribution dans le cadre d’un partenariat efficace pour garantir la qualité dans la conception et la réalisation des ouvrages d’atténuation des effets des inondations dans les quartiers. A titre d’exemple, il y a le lancement d’un appel d’offre pour la sélection d’un prestataire pour la confection des gannivelles et la réalisation de bassins de rétention dans le cadre du projet FISONG GIRI(voir détails de cette méthode avec ACF).

La recherche universitaire en application

Les structures de recherche telles que le LEERG (Laboratoire d’Etudes Environnementales et de Recherches Géographiques de L’université de Nouakchott) se sont engagés à développer la recherche-action dans le domaine des risques naturels, liés aux inondations et ce, en partenariat avec ACF. Cette recherche fait engager plusieurs étudiants et professeurs qui ont réalisé déjà des inventaires de mares dans les communes sélectionnées à Nouakchott. Ces équipes de recherche ont développé des méthodes de gestion des mares à Nouakchott qu’il faudrait faire valoir dans le cadre d’une plate forme dédiée au traitement des mares et inondations à Nouakchott.

Les Communes

Les Communes agissent au niveau local et coordonnent les initiatives des populations à travers les structures comme le CCC, OSV, les organisations des femmes telles que les Comités de gestion des Bassins de SEBKHA.

Les Médias

Les médias sont d’autant plus importants dans ce processus d’engagement des acteurs, qu’ils permettent de relayer l’information à tous les niveaux. Les médias ont été par exemple sollicités par ACF afin d’élaborer des messages ciblés sur les inondations ; à diffuser à la Télé, et à la radio dans toutes les langues Nationales.

Solutions préliminaires préconisées

Les solutions envisagées dans la recherche-action devront passer par des interventions visant à éviter d’éventuelles incursions marines à travers la réalisation de travaux de colmatage des brèches, la restauration de la biodiversité sur la dune bordière, l’amélioration du système d’évacuation des eaux de pluie, la gestion des mares consécutives au prélèvement du sable, assortie d’une gestion efficace des ordures ménagères ; et enfin la mise en place d’un système de communication dédié aux populations et basé sur les résiliences face aux inondations.

D’emblée ces solutions peuvent être subdivisées en deux catégories :

- Celles qui consistent à réaliser des ouvrages (solution Hard) ;

- Celles qui sont axées sur la mobilisation et l’orientation des populations (solution Soft)

Ultime contribution du LEERG

Etant une entité de recherche, le LEERG intervient dans la mise en place d’activités soft c’est-à-dire généralement celles qui sont axées sur les populations.

Il propose dans le cadre du même projet, un système de participation motivante des Populations avec la réalisation d’une enquête dite CAP et situation de référence afin de comparer les données.

Sur la base des indicateurs issus de l’enquête de base, un suivi régulier peut être fait au travers du SAP et la diffusion des informations peut être faite via les médias et ou une plateforme dédiée.

Système d’Alerte Axé sur les populations

Le système d’alerte axé sur les populations que le LEERG propose repose sur 4 piliers essentiels : la Connaissance du risque, la surveillance et le service d’alerte, la diffusion et la Communication, la Capacité de réponse.

- La Connaissance du risque

L’on doit à ce niveau s’assurer que les risques sont bien connus ainsi que les modèles et les tendances. En suite les cartes d’inventaires et les données doivent être disponibles dans la mesure du possible.

- La surveillance

Le deuxième pilier est la surveillance. Il est nécessaire de développer une surveillance des risques et les services d’alerte précoce avec des paramètres environnementaux bien définis. Les questions auxquelles il est impératif de répondre seront donc orientées vers la base scientifique et la précision des alertes.

- Diffusion et Communication

A ce niveau, on s’assurera que les alertes touchent toutes les personnes exposées et que les informations relatives aux alertes sont claires et utilisables

- La Capacité de réponse :

A ce niveau, on se posera la question de savoir si les plans de réponse sont à jour testés et si les gens sont préparés et prêts à réagir.

Connaissances, Attitudes et Pratiques en matière de Gestion des risques d’inondation

Dans le cadre de la gestion de tout projet RRC, il est impératif de faire une évaluation initiale pour établir une situation de référence afin de connaitre les attitudes les connaissances et les pratiques des populations-cibles en matière GRI :

- Connaissance du Risque

- Connaissance de l’origine du risque

- Connaissance de l’impact des catastrophes liées à ces risques

(perturbations des activités économiques, décès, blessés, déplacés, épidémies, etc.)

- Connaissance des décisions à prendre (mitigation, atténuation, prévention, préparation, intervention…)

- Les pratiques des populations

- Attitudes en cas d’occurrence

Une première évaluation initiale des Connaissances, Attitude et pratique des populations et des autorités locales en matière de risques de catastrophes a été réalisée déjà par le LEERG. La méthodologie proposée consistait à réaliser une enquête d’opinions auprès des populations des zones cibles au niveau des trois communes de Sebkha, El Mina et de Dar Naim. Il s’agit de façon spécifique dans chaque commune, d’interroger un échantillon varié d’unités d’observation (ménages, communes et autres intervenants). Deux modes d’observations ont été utilisés : la méthode qualitative et la méthode quantitative.

L’enquête a cherché d’abord, à caractériser l’habitat des zones-cibles, avant d’aborder les aspects liés à la connaissance aux attitudes et pratiques face aux risques de catastrophes.

L’enquête a été administrée aux ménages résidents dans des zones à risques, les responsables des communes, des vendeurs du sable et coquillages afin d’évaluer leur degré de connaissance et de sensibilisation des dispositions pour faire face à ces évènements. En effet, l’enquête a touché 365 ménages dans trois communes de Nouakchott. Le questionnaire a été administré aux chefs de ménages, plus aptes à répondre au questionnaire administré. Les chefs de ménages enquêtés étaient composés de 56,5% d’hommes et 43,5% de femmes. Selon l’état matrimonial, les chefs de ménages enquêtés sont principalement mariés (77,4%) et rarement célibataires (10,3%).

Résultats simplifiés de l’enquête

Les résultats de l’enquête ont révélé que 66,5% des personnes interviewées ont déclaré que leur ménage a déjà subi une inondation. Les inondations à Nouakchott, sont principalement liées aux fortes précipitations dans un sol déjà très saturé et gorgé d’eaux saumâtres.

Il n’empêche que les risques liés aux inondations d’origines marines sont potentiels mais non étudiés encore.

Conclusion-Recommandations :

- Les acteurs et plus particulièrement l’Etat, doivent s’engager pour une meilleure Prévention, prévision et gestion des risques d’inondation

- Le système éducatif devra intégrer le système de Communication- information- éducation, sur les risques et les impacts des catastrophes.

- Les partenaires techniques et financiers devront soutenir et encourager des projets de plus grande envergure sur la gestion des mares et les inondations.

Via cridem

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