51 mois au service du Président Moktar Ould Daddah (suite et fin)/Par Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine

Extraits des notes de ‘’mon journal hybride‘’: Novembre 1970 à mars 1975,

Témoin  privilégié de cette action,  au cours de cette période, je n’ai évidemment  pas l’intention d’évaluer l’immense œuvre politique, économique, culturelle et sociale réalisée dans le contexte historique difficile  qui était le leur,  par cet homme et ses compagnons fondateurs que je saisis l’occasion de ce témoignage  pour  saluer très  respectueusement. Je laisse cette tache aux historiens. Mes  propos sur cette époque  seront pour l’essentiel, ceux de l’ancien Aide de Camp  et seront simplement  consacrés  à l’évocation  et au partage  de quelques simples  souvenirs,  impressions, images, scènes,  ou  attitudes qui peuvent renseigner, un tant soit peu, ceux, parmi  les générations plus jeunes qui n’ont pas eu la chance de le connaître, sur certains aspects de la nature de ce grand homme qu’était le Président Moktar  Ould Daddah: sur  sa chaleur  humaine, sa simplicité,   sa sobriété, sur  sa rigueur mais aussi,   entre autres qualités,  sur  sa discrétion et  son esprit de conciliation.

Je dois abord avouer que  tout au long  de mes quatre ans et trois mois dans cette fonction d’Aide de Camp, j’ai davantage  continué à  éprouver  le sentiment de servir  un grand frère, un père aussi modeste que bienveillant, plus  qu’un président de la République. Par exemple, au  cours de nos nombreux  voyages et à chaque fois que  le programme de la visite ne comportait  pas de dîner ou  déjeuner  officiel,  c’est avec le Président Moktar, en compagnie  d’autres membres de la délégation ou tout simplement en tête-à-tête  que je prenais mes repas, comme en famille.

Au-delà des sujets  d’actualité toujours instructifs, qui y étaient généralement abordés, ces   diners ou déjeuners étaient très souvent des moments de détente et de convivialité grâce à la liberté de parole et à la nature des sujets décontractés  que le Président Moktar  ne répugnait pas à introduire lui-même.

Dans cet ordre d’idée, je me souviens d’un dîner que j’ai souvent raconté, un soir de septembre 1971, à New-York, lors de notre présidence de l’OUA (organisation de l’unité africaine). Ce soir-là,  nous prenions notre repas  avec  lui, dans sa suite de l’hôtel  Waldorf Astoria. Le diner m’avait semblé interminable tellement j’avais hâte  de voir les autres  membres de notre délégation rejoindre  leur hôtel, le Summit Hotel, qui était en face du nôtre. J’étais en effet très pressé  de rester seul avec le Président Moktar  pour me justifier du  manque d’exécution d’un ordre qu’il m’avait donné quelques heures auparavant, à Washington,  dans le salon ovale de la Maison Blanche où  se tenait une réunion entre une délégation de l’OUA qu’il conduisait  et une délégation américaine présidée par le président Nixon.

 

Le périple le plus long

Par souci d’extrême discrétion, le Président Moktar avait décidé de  limiter  la présence à cette réunion, qui devait traiter d’une question de décolonisation   extrêmement sensible, concernant  la Rhodésie, aux seuls  cinq ministres des Affaires étrangères africains qui l’accompagnaient dans cette mission, dont  le nôtre, Hamdi Ould Mouknass et celui du Mali, le capitaine Charles Samba Sissoko.     .

Accueilli à la maison blanche  par le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Mr Rodgers, la  délégation de l‘OUA a été installée avec son homologue américaine dans le salon ovale en attendant  l’arrivée du président Nixon. J’étais, quant à moi, assis plus en retrait, en compagnie d’un officier de la sécurité  américaine.

Le président Moktar me fit signe de venir le voir pour me dire que je pouvais me joindre aux  autres membres de la délégation  qui étaient restés dans un salon attenant. Sauf que, juste au   moment où je lui tournais le dos, je me trouvai face à face avec  le Président américain qui venait de pénétrer dans la salle par une porte intérieure et qui  me serra vigoureusement  la main au passage, avant de rejoindre son siège. J’accélérai le pas pour sortir mais je fus fermement invité à m’asseoir par  mon collègue américain  qui ne voulait rien savoir, s’agissant de l’ordre que mon président venait de me donner. Et c’est ainsi que  malgré moi, je devais assister à cette réunion.

On peut donc comprendre mon impatience  de me retrouver  seul avec le Président pour m’en expliquer. Fort heureusement,  et à ma plus grande et agréable surprise, rien de cette scène ne semble lui avoir  échappé. En effet, juste au dessert, et pour  égayer  l’atmosphère du diner comme d’habitude, le Président Moktar devait embrayer sur ce sujet pour  dire, s’adressant aux  membres de la délégation  qui  n’avaient pas assisté à cette réunion de Washington, au salon ovale : vous savez, il est décidément  pertinent, note adage populaire  « echbeh elli maghsoumaalou min elli kaahzelheu  » ;  tout à l’heure, j’avais  demandé au   lieutenant de se joindre à vous  mais j’ai vu qu’au moment où il voulait sortir, il a été accroché par un mastodonte qui l’en a  fermement empêché.

Je ne puis m’empêcher de réagir pour dire : merci monsieur le Président de me délivrer  car j’avais hâte de voir le diner se terminer pour  pouvoir me  justifier, mais je suis heureux de constater que vous avez tout vu.

Ce périple, le plus long que j’ai effectué au cours de cette période, au service du Président Moktar et durant  notre présidence de l’OUA, aura duré plus de trente jours pour  se terminer en Iran où nous devions assister  à  la fête la plus grandiose  qu’il m’ait été donné de vivre :la célébration du 2500ème anniversaire de Cyrus le Grand, organisé à Shiraz et  sur les sites archéologiques de  Pasargades et  Persépolis, par le Chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi.

Plus de soixante monarques, chefs d’Etats ou de gouvernements étaient invités à cette fête et hébergés  dans un immense camp de tentes en soie.

Après le banquet  de 600 couverts offert par le Shah  sous une tente monumentale, installée en forme de serpent, suivi d’un fabuleux spectacle de sons et lumières sur les ruines de Persépolis, les invités à cette fête  devaient assister le lendemain 15 octobre  1971,  et pendant plusieurs heures à une parade militaire évoquant l’armée perse, depuis l’époque de Cyrus le Grand jusqu’à celle des Pahlavis.

Les organisateurs de cette parade ont, comme on dit trivialement,  poussé le bouchon, pour être au plus près des réalités, jusqu’à reconstituer  des chars et des navires des époques  considérées et  même faire pousser deux ans durant,  leurs barbes et surtout  leurs  gigantesques  moustaches  d’ anciens soldats perses, aux militaires  qui avaient participé à cette parade mythique.

Sur le plan financier, cette fête aurait  coûté plusieurs milliards de dollars qui ont valu  de vives critiques au Shah. Je me souviens d’un journal français qui rapportait  à l’époque,  que plus de 500. 000. 000 dollars y  ont été dépensés uniquement   pour permettre la diffusion en mondovision de cette cérémonie et pour assurer les liaisons téléphoniques, dans le désert de Chiraz et  Persépolis à tous les invités du Chah d’Iran.

Quel contraste avec le train de vie de mon Président !

En fait, la modestie, parfois excessive, du Président Moktar,  lui a longtemps fait faire des choses auxquelles nul n’accepterait de croire aujourd’hui ; il s’agit notamment de l’absence totale autour de lui,  tant à l’intérieur du pays qu’au cours de ses nombreux voyages à l’extérieur,  d’un quelconque dispositif de sécurité.

En effet et en  guise de toute sécurité rapprochée à Nouakchott, le Président Moktar ne disposait que d’un vieux gendarme en civil et d’un brigadier-chef de police qui étaient en fait, pour lui, deux vieux  compagnons, remarquables de fidélité. D’une part, Ahmedou Ould N’Diak, son promotionnaire à l’école primaire de Boutilimit qu’il taquinait  souvent d’avoir fui  en classe de  CP2, recruté comme gendarme mais toujours en tenue civile, qui   portait les  dossiers du Président  lors de nos déplacements entre la résidence et le bureau et qui  assurait une présence  permanente  dans la salle d’attente des audiences. D’autre part, pour ses  rares sorties privées du soir, le brigadier -chef  de police  Mohamed Abdellahi Ould Breihim que l’Aide de Camp  se chargeait de prévenir,  quelques heures au préalable, le plus  souvent pour un  diner chez  Ahmedou Ould  Mahmoul Brahim, son cousin et  époux de sa sœur maternelle, Oumamettou.

 

Sécurité minimum

On pourrait me dire, à propos de cette situation  qui frisait la  négligence,  qu’il incombait  à d’autres hauts responsables de lui imposer les mesures de sécurité  appropriées. Mais  justement, le Président MOD n’est  pas  facile à faire changer d’avis sur certains sujets.

Sur le registre de la rigueur morale et  matérielle, le Président Moktar était d’une austérité aussi  excessive et d’une sobriété  qui frisait le mépris  de l’argent.

A cet égard je  me souviens  qu’en 1972 et  dans le cadre de notre présidence de l’OUA, il a utilisé l’Iliouchine 18  de la compagnie Air Mauritanie pour assurer le transport de notre délégation  qu’il présidait et qui se rendait à Nairobi pour l’inauguration solennelle  de la première  Foire Panafricaine organisée dans la capitale kenyane du 23 février au 3 mars 1972. Comme le séjour  devait durer plusieurs  jours, il avait  décidé de renvoyer l’avion pour ne pas occasionner un trop grand manque à gagner pour la société  dont l’appareil en question  desservait quelques lignes extérieures. Mal nous en prit cependant  car, au retour, notre délégation et le Président lui-même ont eu maille à partir pour trouver un avion au départ  de la petite ville tanzanienne de Mbala où nous avions dû passer une ou deux journées,  sur invitation et en compagnie du président tanzanien. Aussi, notre retour à Nouakchott  s’est  effectué dans des conditions on ne peut plus  rocambolesques.

En  effet, après d’intenses investigations, nous n’avons pu obtenir, à louer, qu’un  petit avion turboréacteur qui ne  pouvait prendre que  7 passagers et  que le Président et madame Moktar  dont le calendrier ne permettait plus d’attendre,  devaient   emprunter  avec  le ministre des Affaires étrangères, le SG de la Présidence,  deux artistes parmi ceux qui nous accompagnaient pour la foire et moi-même.

Notre plan de vol prévoyait une première  escale à Brazzaville (Congo), une deuxième  à Lagos (Nigeria), et une troisième et dernière à  Freetown (Sierra Leone).

Arrivés aux environs de 12 heures à la verticale  de   la capitale congolaise, nous trouvions le pays, son  président Marien  Ngouabi et son armée aux prises avec la fameuse  tentative de coup d’état fomentée par le lieutenant Diawara. Ayant reçu le message transmis  par  notre pilote à la tour de contrôle, pour  l’informer  de la présence à bord de son avion, du Président Moktar Ould Daddah et  qui demandait l’autorisation d’atterrir, le chef de l’Etat  congolais qui nous le dira  plus tard, a d’abord cru à un guet- apens destiné à l’attirer  à l’aéroport, pour en faciliter la neutralisation. Mais à toutes fins utiles, au cas où il s’agirait d’une information sérieuse et en dépit de l’état d’alerte  maximum instauré, il décida en même temps que d’autoriser l’avion à atterrir, d’envoyer une petite unité de l’armée aux ordres d’un officier supérieur  pour assurer notre accueil et notre sécurité, le cas échéant.

Et ce n’est donc qu’après avoir été édifié qu’il ne s’agissait pas d’un canular que  le Président Marien NGouabi nous a rejoints,  en petite  foulée, sur le tarmac.

Nous restâmes pour le  déjeuner, dans cette ambiance d’état de siège où notre  présence m’a donné l’impression d’avoir quelque peu réconforté   notre hôte, passablement troublé à notre arrivée mais dont l’armée a fini par faire avorter  la tentative de putsch.

Vers  15 heures 30, nous quittions Brazzaville pour Lagos que nous atteignîmes aux environs de 18 heures.

En pleins travaux de rénovation, l’aéroport de la capitale nigériane était fermé pour le trafic aérien international  et ce n’est qu’après moult négociations que notre pilote qui a fait valoir la présence à bord du Président MOD   et le type de son aéronef, a pu obtenir l’autorisation de se poser.

Mais comme c’était un dimanche et que nul n’avait été prévenu à temps  de notre passage, pas même  notre ambassadeur  à Lagos, Ahmed Ould Dié, nous avions dû attendre plus de deux heures et demie à l’aéroport avant de voir venir le Président Gowon, entouré de tous les membres de son gouvernement et  d’une  lourde escorte de véhicules  blindés   en plus des motards. Nous rejoignîmes la ville de  Lagos assez tardivement pour dîner et passer  la nuit  dans une sorte de  palais dont le degré hygrométrique élevé se conjuguait avec  celui de la chaleur ambiante.

A dix heures le lendemain, nous étions à l’aéroport  en compagnie du Président nigérian et de sa suite venus faire leurs adieux au Président Moktar.

Nous décollâmes une demie heure plus tard mais après  trente minutes de vol, le copilote vint m’informer, discrètement,  que la  pompe de l’un  de nos réacteurs était défectueuse et que nous allions devoir faire demi-tour  à Lagos, à plus  basse altitude, pour régler cette panne. Je répercutais l’information au Président, au ministre et au secrétaire général tout en m’abstenant d’en parler à nos deux artistes : Sedoum Ould Abba et Touhana mint Elya, nièce de la très célèbre chanteuse  Mounina mint Eleya.

Dieu merci, nous retournâmes sans encombre à l’aéroport de Lagos où le Président Gowon et sa suite nous rejoignirent à nouveau  très rapidement et où nous devions passer  deux heures de temps pour déjeuner avant l’arrivée d’un  avion de ligne  de Nigeria Airways dépêché de Kano, au centre du pays, pour nous amener à Nouakchott.

Au moment où nous débarquions de notre petit biréacteur, suite à ce contretemps, Seddoum Ould Abba me posa cette  question :est-ce que ce n’est pas l’aéroport que nous avons quitté tout à l’heure ?Je lui répondis : oui c’est bien cet aéroport où nous sommes revenus parce que nous avions un petit problème sur l’un des réacteurs. Et notre artiste d’enchainer :Ah oui, c’est donc pour cela que j’ai constaté qu’il y avait de la fumée qui se dégageait du hublot à côté de moi. En fait, il s’agissait de l’évaporation consécutive  à la soudaine  perte d’altitude  et à la  différence  de température  qui en résulte  que Seddoum prenait pour la fumée d’un petit incendie.

 

 

Président sobre

Pour revenir à la sobriété du Président Moktar et ce,  jusqu’au milieu des années 70, il  ne se faisait même pas accompagner, lors de ses voyages à l’étranger d’un maître d’hôtel. Ce qui lui faisait faire sa valise lui-même, le plus souvent.

Comme je l’ai dit plus haut, ce refus  d’un service minimum dans ces domaines de la sécurité et du confort d’un chef  d’Etat, sans doute dicté par sa modestie  et par son souci  d’économie,  était d’autant plus mal vécu par les Aides de camp de Moktar Ould Daddah  qu’ils  voyaient par ailleurs, comment tous les pairs de leur Président étaient  choyés  en la  matière.

S’agissant de son rapport à  l’argent, non seulement le Président Moktar  ne faisait rien pour en posséder, à l’opposé de certains de  ses pairs de  l’époque (le parallèle avec ceux d’aujourd’hui serait une insulte ) mais il refusait systématiquement de profiter des généreuses largesses  de certains de ses  homologues  dont de substantiels chèques et mallettes  d’argent à lui envoyés en numéraire,  étaient invariablement versés au trésor public. A titre d’exemple, un chèque libellé à son nom envoyé par le Président Bongo du Gabon a servi à l’acquisition d’une caravelle pour les déplacements à l’extérieur des délégations officielles.

Parallèlement à cette rigueur vis-à-vis de lui-même, le Président Moktar était très exigeant de ses ministres et autres collaborateurs dont il réprimait systématiquement les manquements dans ce domaine. Combien de fois l’avons-nous vu adresser des lettres de mise en demeure de justifier des  sommes d’argent  dont les  montants dérisoires feraient mourir de  rire nos budgétivores d’aujourd’hui.

Le Président Moktar  n’acceptait jamais de cadeaux  d’hommes d’affaires étrangers. Sur ce registre, je me souviens de  deux  cas de taille bien différente, il est vrai, dont  j’ai été  témoin lors de deux voyages  effectués respectivement au  Japon et en Grèce.

A Tokyo, en marge d’une mission  où il était venu à la tête d’une délégation de l’OUA pour  plaider la cause de la décolonisation des territoires africains encore en lutte pour leur indépendance, il avait, sans enthousiasme,  accepté de recevoir  le patron d’une association de coopératives de pêcheurs japonais, souvent  accusés   de pêcher sans autorisation  dans nos eaux territoriales. Le Président avait   non seulement   refusé  un présent  que ce dernier  lui avait apporté mais il avait  fait ramasser, pour les lui  faire restituer,  tous  les petits cadeaux, en fait de simples petits gadgets dont la valeur se situait entre cinq et dix dollars en moyenne,  que cet homme d’affaires avait fait distribuer aux autres membres de notre  délégation.

Dans la même période, en  Grèce cette fois, où il était  en visite de travail, avec une délégation réduite, le Président Moktar  devait  impérativement rentrer à une date précise à Nouakchott, sur  une ligne régulière d’Air Afrique en partance  de Paris. Nos  démarches pour trouver  un avion à louer pour la capitale française nous avaient conduits à  la compagnie Olympic Airways appartenant au richissime armateur grec Aristote Socrate  Onassis.

Informé à ce sujet, l’homme d’affaires avait  demandé  une audience que notre protocole lui a arrangée avec le  Président qu’il avait  souhaité pouvoir  saluer.

A la fin de  leur entretien,  le richissime mari de Jacqueline Kennedy  offrit au Président Moktar  de garder,  s’il lui plaisait, le petit  jet (genre Mystère 20) que sa société avait décidé de mettre  à notre disposition pour ce voyage. Cette offre a été poliment déclinée mais le Président a quand même  accepté que cet avion nous   dépose gracieusement à Paris  pour attraper  notre  vol régulier d’Air Afrique.

D’un autre côté et en dépit de  toute la   bienveillance qui le caractérise à leur égard, le Président MOD n’était pas connu, à l’opposé de certains de ses pairs africains et arabes, pour ses largesses financières à l’égard de ses collaborateurs ; ni à partir de son propre argent,  parce qu’il n’en avait pas en dehors de ses modestes  salaires  de 80 000 ouguiyas (400 000francs CFA),  ni encore moins  sur le compte des fonds publics sur la saine   gestion desquels il était particulièrement intransigeant. Le président Moktar  n’avait  jamais  d’argent sur lui ni même dans sa sacoche. A ce propos, il  m’arrivait assez souvent,  de lui prêter, soit à Nouakchott pour donner l’aumône à un pauvre rencontré lors de ses réunions à la permanence du parti, soit à l’extérieur,  pour payer un coiffeur ou une autre menue dépense, des petites sommes de 500 ou 1000 f CFA , 100 ou 200 ouguiyas, 20 ou 30 dollars  qu’il me rendait toujours une ou deux semaines plus tard,  sans un centime de plus ou de moins,  en me disant invariablement  : mon Lieutenant, les bons comptes font les bons amis.

Sa grande  sagesse et son esprit de conciliation  valaient au Président Moktar  le respect et l’ estime des plus  grands dirigeants du monde et, a fortiori, de tous ses pairs en Afrique et dans le monde arabe où ses discrètes interventions ont souvent permis de rapprocher  des positions très  éloignées ou de  décrisper voire de rétablir   les relations d’homologues  en froid. J’ en citerai à titre d’exemples, que j’ai vécus, le  cas des  rapports tendus pour ne pas dire  exécrables  des deux Présidents Sékou Touré de Guinée  et LS Senghor du Sénégal  dont le rétablissement et  la normalisation  ont demandé aux bons offices du  Président Moktar, dont ils étaient tous les deux de grands amis,  de nombreux déplacements à Dakar et à Conakry.

Que Dieu accueille ce grand homme dans les plus beaux jardins de son vaste paradis.

Le calame

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