La crise au Sahara divise la Mauritanie entre liens ethniques et commerciaux

La crise au Sahara divise la Mauritanie entre liens ethniques et commerciauxHola News – La crise actuelle au Sahara Occidental, qui a éclaté après la fermeture par des éléments du Front Polisario du seul point de passage terrestre entre la Mauritanie et le Maroc, a mis en évidence la situation délicate de Nouakchott dans le conflit du Sahara, dans lequel il maintient officiellement une position de neutralité.

L’histoire contemporaine de la Mauritanie est liée à celle du Sahara, car en 1975, quinze ans seulement après son indépendance, le pays a commencé à administrer le tiers sud du Sahara espagnol (Río de Oro) après les accords tripartites de Madrid, mais en 1978 incapable de résister à l’assaut du Polisario, il l’a remis au Maroc.

Depuis 1978, la Mauritanie a maintenu l’équilibre compliqué de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) tout en maintenant des relations cordiales avec son puissant voisin le Maroc; alors que les populations mauritanienne et sahraouie sont ethniquement similaires, le poids du Maroc augmente dans la sphère commerciale.

Pour cette raison, la fermeture du col de Guerguerat, situé à la frontière nord de la Mauritanie, par un groupe d’indépendantistes sahraouis le 21 octobre a étouffé le marché mauritanien des fruits et légumes, qui importe la quasi-totalité du Maroc par voie terrestre.

La pénurie de ces produits de base et la hausse des prix ont agacé les consommateurs et ont mis le gouvernement dans une situation difficile pendant les trois semaines qu’a duré le blocus (qui a été contrecarré par une intervention de l’armée marocaine).

Selon les derniers chiffres officiels publiés par l’Office national mauritanien des statistiques, les importations en provenance du Maroc ont atteint une valeur de 20 millions d’euros au cours du deuxième trimestre 2020, juste avant la fermeture du passage.

Et malgré la stagnation généralisée due à l’action du Polisario, la Mauritanie a officiellement fait profil bas pour ne pas rompre sa neutralité traditionnelle.

Plusieurs médias ont révélé que Nouakchott avait alors pris des mesures non officielles pour faire rouvrir le poste frontière, à travers lequel des produits frais du Maroc transitaient également vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.

C’est ainsi qu’il faut lire la visite du chef d’état-major des armées mauritaniennes, le général de division Mohamed Uld Meguet, dans les camps du Polisario à Tindouf (sud de l’Algérie), où il a demandé la levée du blocus de Guerguerat, rappelant à ses interlocuteurs la facilités que votre pays offre aux sahraouis de Tindouf.

Mais, apparemment, la visite n’a donné aucun résultat, ce qui a amené une partie de l’opinion publique mauritanienne à s’interroger sur le bénéfice que Nouakchott tire de ses équilibres sur la question du Sahara.

« Nous partageons des liens de sang avec les Sahraouis, nos tribus sont des deux côtés de la frontière, nous leur réservons toutes les faveurs, pourquoi agissent-elles de telle manière qu’elles étouffent notre marché? », a déclaré indigné le blogueur mauritanien Ahmed Uld Souvi à Efe.

« Il peut (le Polisario) nuire aux Marocains sans nuire à nos intérêts », a-t-il ajouté.

Mais le président du groupe d’amitié mauritanien-sahraoui au parlement mauritanien, Khalihene Uld Dede, estime que pour prévenir une crise comme celle de Guerguerat, il faut s’attaquer aux causes profondes du problème.

Sans critiquer l’attitude du Maroc, Dédé a recommandé, dans des déclarations à l’Efe, des négociations entre le gouvernement marocain et le Polisario pour accorder au peuple sahraoui son « droit à l’autodétermination conformément au droit international ».

Après la crise spécifique de Guerguerat, qui a été résolue après une intervention militaire marocaine le 13 de ce mois, la Mauritanie s’est vue comme jamais auparavant au centre d’un bouleversement diplomatique provoqué par les deux parties au conflit.

Le président Mohamed Ould Ghazouani a reçu il y a une semaine un appel téléphonique du roi Mohamed VI du Maroc, au cours duquel les deux dirigeants ont convenu d’échanger de futures visites. Certains ont déjà vu un changement de position du président mauritanien par rapport à son prédécesseur, soi-disant plus enclin au Polisario.

Mais à peine trois jours plus tard, Ghazouani a reçu à Nouakchott un message écrit du président sahraoui, Ibrahim Gali, délivré par un émissaire qui a fait une déclaration prônant la paix et la stabilité.

Contrairement à d’autres époques, la déclaration du responsable sahraoui « ne contenait pas la référence à l’unicité et à la fraternité du peuple mauritanien-sahraoui », a déclaré le directeur de la publication du site Tawary, Mohamed Chenouv Maloukiv.

« Cette déclaration porte-t-elle une accusation de menace diplomatique? », A demandé Maloukiv dans un commentaire publié sur son site Internet.

Maaruf uld Daa depuis Nouakchott, pour EFE (Espagne)

L’Article Original en Espagnol

via cridem

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