Aichetou Mint Ahmedou : «La littérature mauritanienne est stagnante, par manque … »

Aichetou Mint Ahmedou : «La littérature mauritanienne est stagnante, par manque … »Farafinainfo - Semaine Mauritanienne de l’Indépendance – Toute petite, Mint Ahmedou rêvait de devenir mécanicienne.

Elle est finalement devenue professeure de sciences naturelles, présentement directrice des Etudes dans un lycée de Nouakchott. Aichetou Mint Ahmedou est l’auteure de «Couleur du Vent». Rencontre avec une écrivain et poétesse mauritanienne «très fière d’avoir réussi à écrire quelque chose que les autres aiment».

Joyeux et bel anniversaire à la République Islamique de Mauritanie, qui fête ses 60 ans d’indépendance ! Merci beaucoup, que Dieu apaise l’Afrique entière et la couvre de fleurs et de bonheur.

Qu’est-ce que l’on peut lui souhaiter de mieux pour les prochaines années ?

Le meilleur qui pourrait lui arriver, c’est un véritable essor économique, l’égalité des chances pour tout le monde, une société rassérénée et satisfaite et moins de chômage chez les jeunes diplômés.

La Mauritanie de demain, vous la voyez comment ?

Je la vois ou en tout cas j’espère la voir réconciliée, apaisée, profitant de ses ressources et richesses naturelles bien gérées et bien distribuées, l’éducation, la justice et la santé réformées et assainies.

Quel regard portez-vous sur la littérature mauritanienne ?

La littérature mauritanienne est stagnante, par manque d’intérêt général. Les gens lisent peu, les éditeurs sont frileux et fauchés et les auteurs découragés. C’est en tout cas, ce qui ressort pour moi de l’ambiance générale, bien que je ne sois pas très informée sur le milieu, les auteurs n’ayant pratiquement pas de contact entre eux, ne profitant presque pas de promotion et ignorant souvent s’il y a de nouvelles publications ou pas. Je dois avouer pour être honnête que je vis un peu en marge de tout ça, étant peut-être la plus découragée.

Avez-vous écrit un autre livre après «La Couleur du Vent» ? Si oui parlez-nous de ce livre ?

J’ai songé pendant quelque temps à en écrire un autre, ou au moins une suite au premier, mais la peine que j’ai eue à le publier et l’ambiance à l’africaine dans laquelle j’évolue et qui tue l’inspiration m’ont fait abandonner jusqu’à l’idée de réécrire. Pour écrire, il faut du calme, de la sérénité et être libre de son temps, sans l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des gens qui sont à la recherche du gîte et du couvert.

Comment vous êtes venue l’inspiration pour écrire «La Couleur du Vent» ?

J’ai toujours adoré écrire, même si je ne gardais pas tout. J’ai écrit très tôt. Dès le collège. C’était pour moi une source de bonheur et de quiétude. Les circonstances de l’époque aussi s’y prêtaient. Puis, j’ai eu envie d’écrire quelque chose de long, quelque chose dans lequel je serais souvent plongée, dans lequel je me reconnaîtrais et dans lequel mes lecteurs se reconnaîtraient. Et quelque chose qui ferait connaître aux lecteurs francophones intéressés par la lecture au sujet des sociétés la communauté à laquelle j’appartiens et qui est un peu méconnue, surtout son visage contemporain.

Peut-on réellement vivre de sa plume en Mauritanie en tant qu’écrivain ?

Jamais, c’est inconcevable. Si les livres ne sont pas achetés par des milliers ou des millions de personnes, commercialisés à l’étranger et traduits dans plusieurs langues, l’auteur ne peut absolument pas vivre de ses publications. Cela m’étonnerait que quelqu’un écrive pour gagner de l’argent, mais je sais que les gens qui le font ou essayent de le faire existent évidemment. Personnellement, pour moi, ça procède plus de la fiction.

Pourquoi les femmes mauritaniennes écrivaines se comptent sur les doigts d’une main ?

Je crois qu’elles ne sont pas les seules, les hommes se comptent sur les doigts de la main aussi. Parce qu’on est une population très peu nombreuse, très jeune et pas encore totalement instruite.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes filles et garçons qui aimeraient vous emboîter le pas ?

Comme je l’ai déjà écrit quelque part, pour écrire il faut d’abord avoir la vocation, et surtout lire énormément. Le style s’acquiert au fil des lectures et des différents apprentissages de la langue. Un auteur peut être la somme de plusieurs autres auteurs sans pour autant être accusé de plagiat et un auteur peut en rappeler un autre mais chacun aura son style propre et sa propre histoire.

Entretien réalisé par Camara Mamady

via cridem

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