Le passage d’EL Guergarate : une page se tourne / Par Lehbib Berdid

Le passage d’EL Guergarate : une page se tourne / Par Lehbib BerdidLehbib Berdid – Après une infinie patience, le Maroc s’est enfin décidé à faire sauter les nombreux carcans qui le contraignaient à l’inertie dans la zone tampon d’El Guergarate.

Les forces armées marocaines sont intervenues le vendredi 13 novembre 2020 pour assurer la libre circulation des personnes et des biens via le passage d’El Guergarate entre le Maroc et la Mauritanie. Cette opération militaire s’est déroulée sans problème. Les séparatistes du Polisario ont détalé sans la moindre résistance. Ainsi un terme est mis à la situation de blocage qui n’a que trop duré dans cette zone. La libre circulation a repris de plus belle.

Quant aux voisins, les mauritaniens d’une manière générale se réjouissent du déblocage de la route, du rétablissement de la liberté de passage et de la sécurisation de cette zone vitale pour nous.

Ils savent que la région a besoin de stabilité indispensable à la poursuite du développement des pays de la région.

La levée progressive des restrictions par le royaume chérifien sur les mouvements transfrontaliers des personnes, des biens et des services, à notre frontière nord, n’a cessé de soulever l’enthousiasme de nos compatriotes qui voient s’accroitre nos échanges jusqu’aux confins du vieux continent.

Mais comme je ne me reconnais ni le droit de parler des problèmes politiques, ni la compétence d’aborder le domaine stratégique je me contenterai de ce qui nous touche directement : l’économie et l’histoire.

I. L’économie : La coopération économique pour notre bien commun

La coopération économique entre nos deux pays : le Maroc et la Mauritanie, doit être renforcée pour notre bien commun dans le cadre d’un marché ouvert que nous offre cette forte ouverture par voie terrestre sur le monde via le Maroc, notre grand partenaire et voisin du nord.

Cette porte ouverte sur notre frontière nord, nous ferra davantage profiter de l’accroissement du commerce international en nous offrant des possibilités nouvelles et les bienfaits d’une plus grande libéralisation des échanges dont l’impact sur le bien être des populations sera considérable et positif. Une coopération régionale dynamique qui viendra favoriser l’expansion des marchés ouverts et concurrentiels. Dopées par l’ardeur des échanges nos économies connaitront une croissance rapide qui ne devrait pas ralentir.

Une politique commerciale commune sera stimulée par les importants investissements engagés par le royaume du Maroc dans ses provinces du sud, comme le port de Dakhla ou les infrastructures routières, portières et ferroviaires, censées ouvrir la voie du libre échange au niveau mondial.

Cette politique commerciale commune sera pour notre capitale économique Nouadhibou et sa zone franche, sans nul doute un véritable moteur de développement, catalyseur et promoteur de la croissance.

La coopération économique permet à un pays de profiter de l’expérience et des compétences déjà acquise par le partenaire émergent.

Cela passe par un véritable partenariat et une politique de bon voisinage (gagnant, gagnant) qui peut nous ouvrir de nombreuses opportunités de cercles particulièrement vertueux en matière d’emploi.

Sur le plan du co-développement notre grand partenaire et voisin du nord présente des avantages indéniables pour ce qui est de l’offre du travail. Il est déjà présent dans beaucoup de secteurs : Banques, BTP, Télécommunications, Transports, Agro-alimentaires, énergies renouvelables, cimenteries et bien d’autres encore.

Quelles que soient les entraves locales ou autres, il faut impérativement que la coopération entre nos deux pays se renforce, si nous ne voulons pas rester des laissés pour compte, sur les bords ingrats de la route du développement. Il serait vraiment dommage de rester à l’écart du processus d’intégration qui permettra à nos états de multiplier les avantages d’un riche capital humain et d’une ouverture, sans précédent, sur le monde extérieur de Tanger à Dakar et Bamako.

II. L’histoire

Boumediene avait menacé le Président Mokhtar Ould Daddah au cours d’une rencontre devenue célèbre à Bechar en 1975. Il avait dit que la Mauritanie était le maillon le plus faible de la chaine, qu’il fera sauter son verrou et toute la chaine va s’écrouler. Le Président Mokhtar lui avait répliqué qu’au maximum ils seraient l’Amérique et nous le Vietnam. Seulement Mokhtar était en avance et le peuple ne suivait pas, surtout les militaires. Comme les grands hommes : Abdel Nacer, N’Kruma, Gandhi, Mao Tsé Toung, Mokhtar était une unioniste.

Joignant le geste à la parole les attaques ennemies des milices Polisario-algériens se sont multipliées sur l’ensemble du territoire. Il ne sait guère passer de mois voir de semaines, sans que la Mauritanie ne subisse les assauts implacables de cet ennemi irréductible.

Les marocains sont tombés sur le champ d’honneur à côté de leurs frères mauritaniens en défendant la Mauritanie.

Un exemple parmi tant d’autres :

Après la première attaque de Nouakchott où El Wally, fondateur du front Polisario avait malheureusement trouvé la mort en 1976, une deuxième attaque de la capitale par une katiba entière avait eu lieu en juillet 1977.

Le chef d’état major à l’époque était le colonel Ahmed Ould Bousseif, son adjoint opérationnel le commandant Soumaré Silmane et comme chef du 3 bureau le capitaine Diop Abdoulaye.

Les unités de l’armée mauritanienne dotées d’une nouvelle artillerie réussirent à bloquer l’avance de l’ennemi vers la ville.

L’ennemi tenta des actions d’enveloppement sans succès. C’est à ce moment que les forces amies marocaines engagèrent le combat et ont désorganisé l’action de l’ennemi avec les unités des forces armées mauritaniennes qui l’ont mis en déroute. A la lueur du jour les avions mauritaniens et marocains sont entrés en action pour rechercher et détruire les rescapés des unités ennemies qui se sont esquivés vers le nord, mais déjà considérablement affaiblies par les accrochages précédents.

D’autre part, il y a eu 3 attaques successives du train. La deuxième a eu lieu le 17 décembre 1976. Le train était devenu la cible privilégiée des tirs nourris des attaquants. Une pluie diluvienne de projectiles s’était abattue sur les vaguons.

Les soldats planqués derrières les paravents d’acier conçus pour cela ont pu contenir le feu nourri et intensif de l’ennemi. Mais après des heures de combat les munitions commençaient à s’épuiser. Heureusement que les bruits des avions mauritaniens et marocains se sont fait entendre. Les véhicules ennemis se sont dispersés à toute allure vers le nord, craignant la moindre bombe larguée qui projetterait en l’air 5 à 6 véhicules en même temps. Si les avions n’étaient pas venus survoler le lieu de l’attaque, nos éléments d’escortes allaient rester sans munitions.

Quelques minutes plus tard, les attaquants auraient vu que les soldats ne ripostaient plus, auraient investi complètement le train immobilisé. Ce sont enfin de compte, ces avions qui les ont sauvés sans avoir engagé de combat. Voilà pour l’histoire un bel exemple de solidarité dans l’épreuve et les moments les plus difficiles.

Lehbib Berdid

Chercheur et analyste

Le calame

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