Mauritanie : Le wali de Tiris-Zemmour à Horizons : « La rareté de l’eau constitue un réel problème dans la région »

Mauritanie : Le wali de Tiris-Zemmour à Horizons : « La rareté de l’eau constitue un réel problème dans la région »AMI – Accaparé par les préparatifs de la visite du président de la République,et littéralement débordé, le wali de Tiris-Zemmour,M. Isselmou Ould Sidi, a sacrifié de son temps à la mission de l’Agence mauritanienne d’Information (AMI, pour un entretien express, à sa résidence.

Un entretien constructif et amical, durant lequel tous les problèmes de la wilaya ont été abordés, de manière claire et inclusive, données statistiques et sources à l’appui.

Les thèmes abordés sont nombreux : croissance démographique, sécheresse et déficit en eau ; orpaillage et protection de l’environnement ; sécurité ; covid-19 et conséquences socio économiques du confinement sur les populations.

Enfin, et surtout, visite du président de la République, « que les populations de la wilaya ont hâte de voir le parmi-elles,afin de lui témoigner leur attachement et leur adhésion à sa vision politique clairvoyante et à son approche de gouvernance perspicace ».

Horizons : Parmi les problèmes qui affectent gravement le quotidien des populations du Tiris-Zemmour figurent les pénuries d’eau, qui hypothèquent le quotidien des habitants ainsi que l’activité économique. Quelle est,aujourd’hui,la situation ?

M. Isselmou Ould Sidi : Le problème de la soif se pose dans la wilaya d’une façon qui devient de plus en plus gênante, aussi, bien pour la consommation humaine et le cheptel que pour l’agriculture et les autres besoins, comme la construction, etc.

Nous avons trois sources d’eau, le dessalement et la desserte par les citernes de la SNIM provenant de de Boulanouar, dans la wilaya de Dakhlet-Nouadhibou ainsi une petite quantité provenant de F’Deirick.

Une grande partie de la quantité disponible est destinée à l’exploitation minière, les concasseurs de la société minière consomment énormément d’eau.

Naturellement, cela se répercute sur la desserte de l’élevage et l’agriculture. La situation s’est compliquée avec l’accroissement des orpailleurs, qui sont actuellement plus de vingt mille, venus de différents horizons, animés par un rêve qui, parfois tarde à se concrétiser ou ne le sera pas du tout. Leur alimentation en eau pose parfois un problème, et l’administration se voit dans l’obligation d’envoyer des citernes à sept cent kilomètres pour sauver des vies.

Nous sommes en contact avec la SNIM pour accroitre la production par le renforcement de l’usine de dessalement, dont une partie de la production est affectée à la mairie pour la distribution dans les quartiers populaires.

Le Zemmour est une zone sèche, où l’eau douce est inexistante. L’eau et parfois amenée de F’derick pour servir les habitants de Zouerate.

Nous sommes frappés par la sécheresse depuis deux ans successifs.

La desserte de Bir Moghreïn s’effectue, à partir de Hassi Loughar, qui est située très loin. C’est une zone riche en pâturage, mais sans eau, denrée pour laquelle la demande est forte. Ajoutez à cela les mouvements des orpailleurs et la présence d’une grande prison.

Les solutions en perspective sont, dans l’immédiat, le dessalement à Nouadhibou et la construction d’un grand barrage dans la zone d’Oum Lehbal, pour stocker une importante quantité d’eau pendant les années de bonne pluviométrie.

Notre choix porte également sur la réalisation des puits artésiens, et en ce en coordination avec la SNIM.

Il y’a deux ans que nous n’avons pas eu de précipitations pluviométriques, l’eau manque. Certains éleveurs s’adaptent avec la situation, d’autres sont en transhumance dans les autres wilayas du pays. L’Etat a alloué à la wilaya des quantités d’aliment de bétail, qui ont été revues à la hausse après la bonne pluviométrie dans certaines wilayas du centre et sud-est du pays.

Horizons : En dépit du cachet minier de la wilaya, le Tiris Zemmour demeure pour beaucoup de Mauritaniens un haut-lieu d’élevage, d’immenses pâturages, abondants et riches en produits nutritifs. Comment les populations nomades ont-elles vécu cette grave sécheresse, qui perdure malheureusement encore ?

M. Isselmou Ould Sidi : Comme vous l’avez dit, cette situation impacte négativement les nomades dans la wilaya et au-delà d’eux la population dans son ensemble, habituée à la consommation de la viande et du lait. Pour le moment, l’aliment de bétail est disponible, en quantité suffisante pour nourrir le cheptel qui n’a pas transhumé. Ceux-ci s’adaptent mieux à la situation ; ils sont là avec leur bétail et ne se plaignent pas.

Les autres habitants de la wilaya ont été soulagés par deux événements heureux, à savoir l’amélioration des rentrées de la SNIM, du fait de la hausse des cours mondiaux du fer.

Le second est la découverte de l’or, dont l’impact est bénéfique, en cette année de sécheresse et de crise sanitaire.

La Banque centrale de Mauritanie (BCM) a déjà acheté deux tonnes trois cent grammes d’or. C’est une grande fortune pour les bénéficiaires, et permis à la BCM d’accroître ses réserver en or, et de consolider la monnaie nationale.

Horizons : Des organisations de la société civile manifestent et protestent haut et fort contre l’usage de deux produits chimiques qu’ils jugent dangereux et destructeurs pour l’environnement : le cyanure et le mercure. Quelle est la réalité de tout cela ?

M. Isselmou Ould Sidi : L’orpaillage est une activité économique porteuse qui a engendré une renaissance économique dans la wilaya.

Elle a, également, des difficultés certes au plan sécuritaire et sanitaire, et à celui de l’approvisionnement en eau des vagues humaines qui se déplacent en même temps, dans plusieurs véhicules tout-terrain vers des zones sablonneuses et d’accès difficile.

Cela engendre des accidents et des troubles difficilement maîtrisables, ce qui fait que la région militaire rencontre de sérieux problèmes dans la sécurisation de la zone.

S’agissant des machines de traitement du minerai d’or avec le mercure, les autorités les avaient déplacées à sept kilomètres de la ville, bien qu’elles fussent logées entre les maisons et au milieu des ménages.

Pour ce qui est des problèmes des déchets et de l’usage de produits nocifs, l’administration exige une étude sur l’impact environnemental de tel ou tel produit avant toute exploitation.

Tout cela est fait en coordination et concertation avec les organisations de la société civile engagées dans le domaine.

Horizons : comment avez-vous géré la crise sanitaire née de la propagation du virus de la covid-19 ?

Réponse : La pandémie a débuté au mois de juin, et depuis lors, les actions se sont intensifiées pour atténuer ses conséquences socioéconomiques sur les franges vulnérables de la société.

Des montants en espèce et des produits alimentaires ont été généreusement distribués aux personnes touchées par la maladie.

De nombreux cas de la covid-19 avaient été enregistrés dans le Tiris-Zemmour

L’Administration a supervisé tout cela de manière rationnelle et garantissant son usage à bon escient.

Je suis là depuis six ans,et je peux affirmer que les populations s’étaient engagées dans un élan de solidarité hors pair.

Plusieurs organisations de la société civile s’étaient engagées dans la sensibilisation sur les mesures préventives connues, le confinement après la sensation des symptômes identiques à ceux du virus,le lavage des mains après chaque sortie et l’espacement social.

Aujourd’hui,il y’a certes un relâchement dans l’application des mesures préventives, mais nous sommes encore plus respectueux de celles-ci que plusieurs autres wilaya du pays ; c’est mon constat personnel.

Au plan sanitaire,la wilaya jouit d’une couverture sanitaire globalement acceptable et nous souhaitons un autre hôpital plus grand que l’actuel et suffisamment doté en spécialistes et en matériel de diagnostic de pointe. Nous poursuivons également la recherche d’une ambulance qui sera exclusivement réservée aux orpailleurs.

Horizons : Que pouvez-vous nous dire à propos de la visite du président au Tiris Zemmour ?

Réponse : Nous sommes très honorés par la visite du président de la République. Elle sera l’occasion pour désamorcer certains problèmes.

Les populations fondent de l’espoir sur cette visite, et y voient un geste révélateur de la solidarité et de l’attachement du chef de l’État à des compatriotes qui vivent des moments difficiles.

Horizons : Merci M. le wali pour la clarté de vos réponses, et pour le temps que vous nous avez consacré.

Propos recueillis par M. Mohamed Abderrahmane Ould Mohamed Yehdhih.

AMI

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