Lettre à monsieur Amar Lasfar, président de Musulmans de France. (MF).

Eloges du jihad pacifique / Par Moussa Ould EbnouLors de l’élection présidentielle de 2017, Musulmans de France a appelé, par votre voix, à voter pour peser sur le débat politique et à lutter contre le « danger de l’extrême droite et de ses idées ». En vue du second tour, vous aviez publié un communiqué appelant « tous les musulmans de France » à voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Aujourd’hui Macron fait siennes les idées de l’extrême droite et prépare une loi qui instrumentalise la laïcité pour en faire une « religion d’État » en France, afin de discriminer les musulmans de France.

Dans son discours prononcé le 2 octobre 2020 pour présenter son plan de défense des valeurs laïques de la France contre ce qu’il a qualifié de « radicalisme islamiste », Macron a attaqué l’Islam en le qualifiant de « religion en crise dans le monde entier aujourd’hui » ; il a aussi défendu le droit au blasphème et insisté sur le fait qu’ »aucune concession » ne serait faite dans une nouvelle campagne visant à pousser la religion hors de l’éducation et du secteur public en France. Il a annoncé que le gouvernement présenterait un projet de loi en décembre pour renforcer une loi de 1905 qui séparait officiellement l’Église et l’État en France. La loi permet aux gens d’appartenir à n’importe quelle religion de leur choix, a déclaré Macron, mais les manifestations extérieures d’appartenance religieuse seraient interdites dans les écoles et la fonction publique. Le port du hijab est déjà interdit dans les écoles françaises et pour les fonctionnaires sur leur lieu de travail.

La France criminalise à nouveau sa minorité musulmane, la plus importante d’Europe, héritée en grande partie du passé colonial français en Algérie. En s’attaquant à l’Islam, Emmanuel Macron sape le processus de « réconciliation » avec « l’héritage colonial » qu’il a lui-même lancé. En effet, pour la première fois dans l’histoire de l’après-guerre, l’État français a reconnu en 2018 le recours à la torture militaire pendant la guerre d’indépendance algérienne. Dans un communiqué, l’Élysée reconnaissait qu’il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité. Le « syndrome de Vichy » (expression utilisée par l’historien français Henry Rousso pour décrire le processus par lequel l’État français et la société française ont tenté de « se réconcilier » avec le passé traumatisant de la

période de Vichy) a cédé la place au « syndrome algérien » devenu aujourd’hui « syndrome de l’Islam » La France a commencé timidement à revisiter son histoire mixte de domination et de guerre en Algérie. Mais il subsiste une réticence générale « républicaine » à relever les défis spécifiques de l’intégration des héritiers de cette expérience, intégration qui suppose une réconciliation des valeurs de l’Islam avec celles de la République.

Monsieur le Président,

Votre association, Musulmans de France, a aujourd’hui un rôle crucial à jouer en s’exprimant fermement et rapidement contre l’intolérance, les stéréotypes discriminatoires et les discours de haine, en dénonçant toutes les formes de pratiques discriminatoires à l’égard de l’Islam et en revendiquant l’égalité de traitement des musulmans dans tous les domaines et manifestations de religion ou de conviction ; en revendiquant le plein respect de le liberté religieuse des musulmans et leur droit de la manifester par l’enseignement, la pratique, le culte et l’observance, individuellement ou en communauté avec d’autres et en public ou en privé.

Monsieur le Président,

Je vous exhorte à saisir La Cour européenne des droits de l’homme, dont la mission est d’assurer le respect des engagements souscrits par les États signataires de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), en lui adressant une requête concernant la violation de l’article 9 de la (CEDH), en raison du refus de laisser les musulmans manifester leur religion. Cet article stipule que le droit à la conscience religieuse comprend la liberté « de manifester sa religion ou ses convictions individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. » Ces mêmes droits sont stipulés par l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) des Nations unies : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit comprend la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix et la liberté, soit individuellement, soit en communauté avec d’autres et en public ou en privé, de manifester sa religion ou sa croyance dans le culte, l’observance, la pratique et l’enseignement. »

 

Moussa Ould Ebnou

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