Entretien avec Son excellence Zhang Jianguo, ambassadeur de Chine en Mauritanie

Entretien avec Son excellence Zhang Jianguo, ambassadeur de Chine en Mauritanie Le Calame : « Il faut trouver rapidement une solution au problème de Hong Dong pour ne pas porter atteinte à notre coopération avec la Mauritanie »
La Chine aura été un soutien majeur de la Mauritanie dans sa lutte contre la COVID 19 : 15 lots d’assistance matérielle (kits de détection d’acide nucléique, masques, combinaisons et lunettes de protection, équipements médicaux, machines à coudre, nourriture…). Quelle évaluation vous faites de l’impact de cette assistance dans les efforts de la Mauritanie contre la COVID 19 ?

Zhang Jianguo
: Vous avez raison, la Chine est le premier pays à avoir apporté son aideà la Mauritanie pour l’aider à faire face à la pandémie de la COVID 19.

Nous n’oublions jamais que dès le début de la pandémie, le président Ghazwani a été l’un des premiers chefs d’états à adresser un message de soutien et de solidarité à son excellence XI Jinping, président de la République de Chine et à travers lui le peuple Chinois lors de la découverte de la cette pandémie.

Aussi, le président du parti au pouvoir a lui aussi témoigné de sa solidarité à son homologue, le secrétaire général du parti communiste chinois ; les deux partis au pouvoir entretiennent de bonnes relations.

Les hommes d’affaires mauritaniens se sont déplacés, ici à l’ambassade pour nous témoigner leur solidarité ; ils ont même organisé des souscriptions de dons aux régions frappées par l’épidémie. Nous apprécions hautement ces gestes des autorités et citoyens mauritaniens.

Et au fur à mesure que la pandémie se propage dans le monde, en particulier la Chine a fait des efforts en octroyant des dons aux pays touchés dont la Mauritanie. Notre ambassade a remis au moins 20 lots de matériels et de nourritures aux autorités mauritaniennes, à des mairies et à des associations…

Les entreprises chinoises dont le groupe Ali Baba et d’autres installées en Mauritanie se sont mobilisées pour apporter leur aide à la Mauritanie. La société Hong Dong a, elle aussi, contribué au fonds spécial de solidarité constitué par le gouvernement mauritanien.

Non seulement nous avons offert des dons mais également, nous avons remis quelques infrastructures sanitaires d’urgence à la Mauritanie, comme la réfection de l’hôpital de l’amitié, le bâtiment pour le service des maladies infectieuses de l’hôpital national d’une capacité de 50 lits, nous avons fourni également des respirateurs.

Et toujours dans le cadre de la lutte contre cette pandémie, la Chine a permis aux spécialistes chinois et mauritaniens d’échanger leurs expériences par visioconférence. Je pense que les efforts du gouvernement chinois ont permis à la Mauritanie de réaliser des performances dans la lutte contre la pandémie du Coronavirus, que les deux pays ont renforcé leur coopération dans de nombreux domaines, ce dont nous nous félicitons.

-Votre pays vient d’octroyer à la Mauritanie sept millions de destinée à soutenir ses efforts de dans la lutte contre le terrorisme. Que fait la Chine, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU pour rendre opérationnelle la force du G5 Sahel dont les pays membres réclament son placement sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies lui permettant de disposer de ressources pérennes ?

-La Chine soutient toujours les efforts pays en lutte contre le terrorisme, partout dans le monde et en particulier au Sahel et donc les activités des pays du G5 Sahel dont le secrétariat permanent se trouve ici à Nouakchott.

Et je tiens à rappeler que dès le départ, nous avons accordé de l’aide militaire aux pays du G5 Sahel, mais qu’il y avait un obstacle qui nous empêchait de coopérer directement avec le groupe du G5, la Chine n’entretenait pas de relations diplomatiques avec le Burkina Faso, membre du groupe. Cet obstacle est levé, il y a deux ans, les deux pays ont établi des relations diplomatiques.

Donc depuis deux ans, nous coopérons directement avec le G5 Sahel. Ici à Nouakchott, nous avons contribué au renforcement du secrétariat permanant puis avons accordé de l’aide militaire à tous les pays du G5 Sahel pour l’acquisition de matériel au profit des forces alliées.

Non seulement, nous accordons de l’aide militaire aux pays du G5 Sahel pour lutter contre le terrorisme, mais notre coopération dans les autres domaines, la santé, l’agriculture, la pêche contribuent à lutter contre la pauvreté, terreau fertile de la prolifération du terrorisme. Il faut non seulement lutter contre les actes terroristes mais il faut surtout travailler à éradiquer la pauvreté.

Tous nos projets de coopération sont fondés sur cette conviction. Je signale que je viens de signer un protocole d’accord avec le ministère de la santé dont l’objectif est d’établir un jumelage-coopération entre le centre hospitalier national (CHN) et l’hôpital d’une grande province de la Chine d’où sont venues les équipes médicales chinoises pour travailler aux côtés de leurs collègues mauritaniens.

Cette coopération permettra de renforcer les capacités des équipes mauritaniennes et partant améliorer leurs prestations. Je pense que l’ensemble de ces actions vont permettre à votre pays de lutter contre la pauvreté et donc contre le terrorisme.

-Quelle est votre réaction aux supputations et révélations dans la presse sur le contrat signé, en 2011, entre la société chinoise de pêche Hong Dong Pelagic Fishery et le gouvernement mauritanien ?

-La Mauritanie a l’avantage de disposer d’une côte très riche en produits de pêches, lesquelles intéressent les entreprises chinoises et autres. C’est donc un secteur qui attire beaucoup de monde et dans ce cadre, les entreprises, d’abord publiques chinoises, se sont installées en Mauritanie au début des années 80, mais depuis plusieurs années, de plus en plus d’entreprises privées les ont rejointes sur place, elles travaillent avec des partenaires mauritaniens.

Et parmi ces entreprises, il y a Hong Dong et autres. Dans l’ensemble, tout se passe bien, mais le contrat entre la Mauritanie et Hong Dong a suscité quelques controverses. Pour moi, il faut trouver une solution rapidement dans la transparence entre les autorités mauritaniennes et Hong Dong.

Il faut voir si l’entreprise, une fois la convention signée, a respecté ou non les termes de l’accord, si elle respecté les lois et règlements mauritaniens. Il faut voir combien d’impôts elle a payé, combien d’emplois elle va créer en faveur des mauritaniens.

En somme, combien la Mauritanie peut tirer de ce contrat. Il faut savoir que cette entreprise est le plus gros investisseur dans le secteur de la pêche en Mauritanie. Je précise qu’elle a déjà investi plus de 200 millions de Dollars Us, que ce montant sera doublé d’ici quelques années et qu’elle offre une opportunité d’emplois pour 1700 de personnes.

C’est pour moi donc très important de trouver rapidement une solution à cette question, sinon, elle risque de porter atteinte à la coopération avec la Mauritanie, ça peut faire fuir d’autres investisseurs étrangers, chinois ou autres et donc porter un sérieux coup aux projets remportés par les entreprises chinoises pour la construction du port de PK28 et ….

Si les investisseurs constatent qu’on peut remettre facilement en cause un contrat signé avec les autorités mauritaniennes, cela va leur poser des problèmes. Je suis convaincu que les autorités mauritaniennes et l’entreprise Hong Dong trouveront une solution appropriée à cette question parce qu’il existe de belles perspectives de coopération dans le secteur de la pêche entre la Chine et la Mauritanie.

-Votre mission se termine dans quelques jours, que retiendrez-vous de ce séjour de 3 ans en Mauritanie ?

-De très bons souvenirs ! La Mauritanie ouverte, des gens chaleureux et hospitaliers. Je note une similitude entre l’hospitalité dans ces deux pays. En arrivant il y a trois ans – c’était mon premier séjour dans le pays, j’ai été très bien accueilli. J’ai trouvé que le niveau des relations bilatérales était de haut niveau et je me suis évertué, tout au long des trois ans à les renforcer davantage. Je garderai de la Mauritanie de très bons souvenirs.

-Vous avez donc passé 3 ans en Mauritanie, quelle évaluation vous faites de la coopération entre notre pays et la Chine ?

- J’ai passé trois bonnes années en Mauritanie, ce fut une expérience très édifiante. Au niveau de la coopération, je dirais qu’elle reste exemplaire, solide et diversifiée.

Au plan politique et diplomatique, je dirais que la Mauritanie a toujours appuyé les positions de la Chine, elle a plaidé en faveur d’une seule Chine (Hong Kong), elle a toujours soutenu les candidats de la Chine lors des élections aux Nations Unies. Si nous avons beaucoup aidé la Mauritanie, au retour, elle a beaucoup appuyé la Chine. La Mauritanie est un pays ami, partenaire et frère de la Chine.

Au plan économique, la coopération entre les deux pays est également très approfondie et très diversifiée. La Chine est devenue, depuis quelques années, le premier partenaire commercial de la Chine pour un volume des échanges de 2 Milliards de Dollars US par an.

Au niveau de la réalisation des infrastructures, la Chine a, à son actif plusieurs investissements au plan bilatéral. Je peux citer le musée national, l’ancienne maison des jeunes, le Stade Olympique, la nouvelle primature, le palais présidentiel, les sièges des ministères des affaires étrangères et de la coopération et des affaires économiques et du développement, l’hôpital de l’amitié et j’en oublie. La Chine appuie tous programmes et mesures pris par le gouvernement mauritanien dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Coronavirus.

Avant mon arrivée, la coopération entre les deux pays consistait en une aide publique du gouvernement chinois à la Mauritanie. Depuis mon arrivée, la donne a quelque peu changé, désormais, les opérateurs privés chinois sont venus investir en Mauritanie.

Ils viennent, soit pour exécuter des projets d’institutions internationales comme la banque mondiale, des institutions spécialisées des Nations Unies, soit pour conquérir des parts de marchés. La Mauritanie regorge d’immenses ressources, non seulement dans le domaine de la pêche, mais aussi dans les secteurs des mines, des hydrocarbures, de l’agriculture, des terres rares etc.

C’est pour saisir cette opportunité que nous avons invité les investisseurs privés à venir investir en Mauritanie ; ils sont aujourd’hui dans plusieurs secteurs et travaillent avec des partenaires mauritaniens.

C’est le cas au niveau de la pêche de l’entreprise Hong Dong qui a investi, à elle seule des milliards et s’est engagée à investir davantage. Beaucoup de PME chinoises sont venues ces dernières années investir en Mauritanie dans ce secteur, mais il y en d’autres qui ont choisi les secteurs des mines, de l’agriculture….

Donc comme vous le voyez, non seulement nous avons renforcé notre aide au gouvernement mauritanien, mais aussi nous avons accru nos capacités au plan commercial bilatéral et encouragé les privés chinois à venir s’installer en Mauritanie.

En plus de ces entreprises chinoises, d’autres sont venues exécuter des travaux sous contrats avec les crédits de la BM ou d’autres institutions financières internationales, notamment dans le domaine des télécommunications de haut débit.

Ce sont là des efforts de 3 ans et demi de travail. Il faut ajouter à cela que nous avons beaucoup œuvré à élever les échanges culturels entre les deux pays. Un partenariat a été signé entre l’université de Nouakchott et l’université de Kopé, il va consacrer le renforcement de l’enseignement du Chinois en Mauritanie.

Toujours dans ce domaine, nous faisons venir des troupes culturelles chinoises se produire à Nouakchott, chaque printemps. Je dois ajouter aussi la création, depuis mon arrivée d’associations culturelles et politiques entre les deux pays. Depuis l’année dernière, l’assemblée nationale mauritanienne a créé un groupe parlementaire d’amitié Chino-mauritanien et en réponse, l’Assemblée populaire chinoise a mis en place un groupe similaire.

Pourtant, par le passé, il y avait un groupe d’amitié mauritano-chinois présidé par un ancien ambassadeur de Mauritanie en Chine, mais qui a fini par disparaître, il existe depuis peu également l’association des diplômés de Chine. Et en face de l’ambassade de la Chine, vous aurez remarqué l’existence d’un centre d’échanges culturels de la route de la soie créée par un mauritanien ayant séjourné en Chine.

Ce sont là des efforts que nous avons encouragés et accompagnés pour renforcer et dynamiser davantage les échanges culturels entre les deux peuples ; ils servent de supports aux rapports politiques.

-La Mauritanie est dirigée par un nouveau président de la République depuis aout 2019. Comment avez trouvé ce nouveau dirigeant que vous avez eu certainement à rencontrer en tant qu’ambassadeur ?

-J’ai eu à être témoin de la passation de pouvoir pacifique entre un ancien président et un nouveau président, une première dans la vie de votre pays que nous saluons. Nous avons confiance en la personne de son excellence le président Ghazwani, j’ai étudié avec intérêt son programme électoral puis le plan de relance économique post-COVID qu’il a mis en place et j’en suis sorti convaincu de la pertinence et de la profondeur.

D’ailleurs, je viens d’assister, il y a quelques jours au séminaire du gouvernement organisé par le ministère de l’économie et du secteur productif sur justement ce plan de relance à l’intention des partenaires au développement. A cette occasion, j’ai prononcé un discours dans lequel j’ai réaffirmé l’engagement du gouvernement chinois à toutes les mesures sociales et économiques de la Mauritanie aussi bien dans son programme qu’en dehors.

J’ai confiance en l’avenir de la Mauritanie parce que c’est un pays à faible population mais avec d’immenses potentialités économiques telles les mines, le gaz, la pêche, l’agriculture, l’élevage. Il s’y ajoute que cette année, l’hivernage a été très pluvieux, donc les agriculteurs et les éleveurs sont rassurés.

Propos recueillis par

Dalay Lam, Le Calame

El Hussein Mahand, El Emel El Jedid

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