Maurice Freund :LA MAURITANIE – UN CAS D’EXCEPTION

S’il y a une dizaine d’année, la Mauritanie agissait à l’identique de ses voisins, ces dernières années, ce pays a choisi de mener une politique différente qui porte ses fruits. Celle-ci s’appuie sur ses propres dynamiques et se veut cohérente par rapport aux attentes des populations.
Le général Aziz prend le pouvoir par un coup d’état et sa stratégie repose sur deux axes sans l’aide de concours extérieur.

  • Il s’entoure du concours des imams pour débattre dans les mosquées d’un islam dé-radicalisé. Il libère des djihadistes repentis en leur permettant un retour à la vie civile.
  • Parallèlement, il redonne à son armée et aux corps habillés de son pays de la dignité, en les dotant des moyens nécessaires pour qu’ils se restructurent, s’équipent et se forment, tout en leur donnant des soldes convenables. Certes, ce chef d’État n’est pas un tendre et son autorité ne prête pas à discussion. Cependant, force est de constater que les choses ont bougé. L’efficacité des services de renseignements permet de développer des stratégies nouvelles en un temps relativement court. La Mauritanie a retrouvé une sérénité et un climat de confiance. Cependant, le Président Aziz n’est pas toujours bien vu par les instances parisiennes. Il n’enverra pas de troupes au Mali quant en janvier 2013 la France lance l’opération Serval. Il veut en premier lieu se donner tous les moyens pour faire de la Mauritanie une zone sécurisée. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises à Nouakchott. Cartes à l’appui, il m’a expliqué les positions de l’armée tout le long de ses frontières avec l’Algérie et le Mali.
Dès 2014, j’ai la conviction que relancer des vols sur Atar est possible. Ma connaissance du terrain et l’avis de plusieurs personnes fiables sur place, m’encourage à poursuivre cet objectif. De plus, le Président Aziz a donné son accord pour que l’État participe à hauteur de 50 % au financement de la liaison aérienne.
Hélas en octobre 2014, l’assassinat du guide français au nord de l’Algérie stoppe la reprise d’une activité sur Atar. Suite à cet évènement, la Cellule de Crise du MAE (Ministère des Affaires Etrangères) passe toute la zone de l’Adrar mauritanien en rouge !
Je décide de quitter le tourisme. Ma position est de laisser la possibilité, à la petite équipe de salariés qui reste, de poursuivre l’activité dans le cadre d’une création d’entreprise privée : Point-Voyages.
Le Point-Afrique prendra une petite participation de 20% sans s’immiscer dans ses activités et ses choix.
Pendant cette période, je continue à m’intéresser à tout ce qui se passe dans cette région.
• C’est ainsi que je m’implique dans l’affaire du dernier otage français, Sophie Pétronin enlevée à Gao en décembre 2017. C’est par le Point-Afrique qu’elle est venue en 1995 découvrir Gao. On lui a par la suite apporté notre concours pour la création de son hôpital. Je connais Sophie personnellement et j’ai donc ouvert à son fils Sébastien une partie de mon réseau sahélien.
• L’été 2016, une amie (Sylvie Brunel) me met en relation avec le général Marc Foucaud. C’est l’ex-patron de l’opération Serval, qui a également œuvré à la création de Barkhane et du G5 Sahel dont le siège est à Nouakchott en Mauritanie.
Un long déjeuner à Annecy nous permettra d’échanger notre lecture sur la situation. Marc Foucaud est surpris de la position française à l’égard de la Mauritanie. Son concours et son engagement à mes côtés va nous permettre avec le concours d’hommes politiques français de faire évoluer la position du MAE. Début mars 2017, l’Adrar mauritanien passe en orange… un feu vert pour le Point-Afrique en quelque sorte.
Je relance le Point-Afrique qui était resté en sommeil. Je mets en vente tout le patrimoine de la coopérative (un peu plus de 750 000 Euros) et je me lance dans l’affrètement d’un avion pour opérer 14 vols entre Paris et Atar sur la saison 2017/2018.
Je contacte tous mes anciens partenaires et finis par obtenir le concours du groupe Voyageurs du Monde (propriétaire de Terre d’Aventure, d’Allibert et de Nomades) La Balaguère et surtout de l’État mauritanien qui accepte de partager le risque à hauteur de 50% (respectant ainsi la décision du Président Aziz de 2014).
Le pari était osé, mais je ne pouvais pas me « dérober » après tant d’années et d’efforts du gouvernement mauritanien. Ne pas y aller c’était pour moi de la lâcheté !
Voilà mes amis, les sources de mon engagement et ma détermination à soutenir ce peuple est plus forte que jamais.
2019/2020
Ce printemps, le ministère des Affaires Etrangères a une fois de plus modifié la couleur de la Mauritanie qui est passée de l’Orange au Jaune et qui a élargi la zone au nord et à l’est du pays.
Le plus dur reste à convaincre le public français qui amalgame par ignorance la Mauritanie à ses voisins.
En choisissant de visiter l’Adrar, le Diawling, le Train du désert, le Tagant, etc. vous n’êtes pas un touriste lambda, mais un voyageur militant.
Ce 18 septembre, la peur et le stress m’habitent. Pourrais-je remplir les vols ?
Ces deux dernières saisons – tests ont pu être menées à terme en grignotant sur le gain des ventes de notre patrimoine. Cette nouvelle saison, nous devons atteindre le point d’équilibre… pour assurer de nouvelles saisons…
Alors, plus que jamais je compte sur vous. Je sais que je dispose de votre confiance.
Aidez-moi !
C’est la conclusion et la dernière raison de cette lettre. Merci à vous d’avance !
Maurice Freund
Source :
 
point-afrique.com
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