Budget de la Présidence de la République : L’enfer est dans les détails. ‎ Par Pr ELY Mustapha

Budget de la Présidence de la République : L’enfer est dans les détails. ‎ Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Suite aux allégations de l’ex-président Aziz à propos de l’augmentation de 88 % du budget 2020 de la Présidence de la République, par rapport à celui de 2019 on a procédé à une simple vérification.

Lorsque l’on procède à une simple comparaison du montant du budget 2020 de la Présidence de la République (‎237 474 134 UM‎) par rapport à ce même budget en 2019 (‎124 462 851 UM‎), l’on pourrait conclure que vue la différence (‏113‏‎ ‎‏011‏‎ ‎‏283‏ UM) le budget 2020 de la Présidence de la République‎ aurait même augmenté de ‏90 ‏‎% ‎par rapport à celui qui l‎’‎a précédé‎. ‎‏

Mais c’est là une appréciation dans l’absolu.

Il faut apprécier cette augmentation de façon relative. Et cela non pas par rapport au montant global du budget, mais relativement aux montants figurant dans sa structure interne.

Le Ministère des finances a, dans un communiqué (le lien ‏‎: https://alakhbar.info/?q=node/27669), ‏ affirmé qu’il ne s’agit pas d’une augmentation réelle du budget de la Présidence pour 2020 mais d’une ‎intégration de « charges communes» dans le budget de la Présidence qui n‎’ ‎y apparaissaient ‏pas auparavant, notamment dans le budget 2019.

En effet, le budget des « charges communes » regroupe les crédits qui, destinés à l’ensemble des services de l’État ou à plusieurs d’entre eux, ne peuvent être inscrits dans le budget d’un ministère particulier et servent à payer les dépenses souvent domestiques (Eau, électricité, ‎téléphone etc.), sans que ces dépenses ne figurent au budget de ces ministères. ‎

Donc les ministères disposent de crédits pour leurs charges domestiques, qui sont inscrits dans un chapitre dit « Charges communes » pour tous les ministères.

Le fait d’avoir regroupé des charges communes vient de la nature des crédits qui leurs sont affectés car ‎elles correspondent le plus souvent à des dépenses de constatation, ce qui leur donne un caractère ‎extrêmement contraignant quant à leur ventilation, celle-ci se faisant tout au long de la période ‎gestion. ‎

Si comme cela été fait pour le budget 2020, l’on a inscrit dans le budget de la Présidence de la République les crédits qui auparavant figuraient aux « charges communes », alors forcément le budget augmente. D’ailleurs, cela été fait, dans le budget 2020, pour tous les chapitres (ministères).

C’est l’exemple, à un niveau micro-économique, d’une ménagère qui irait au marché avec 1000 UM, en poche le lundi, et qui, le mardi, irait au marché ‎avec 2000 UM, cela ne signifie pas que la différence de montant figurant dans son portefeuille, soit 1000 UM, est ‎une augmentation de son budget et qu’elle achèterait plus de biens.

La différence peut être due à un montant qui était pris en charge par son ‎mari qui assurait son transport jusqu’au marché, mais qui a décidé au lieu de la transporter de lui ‎donner les 1000 UM équivalent à son transport. ‎Le budget de la ménagère n’a pas augmenté, et pourtant elle plus d’argent dans son portefeuille.

C’est l’appréciation relative des choses qui donne leur réalité et que l’observation absolue fausse.

Si donc l’on soustrait les montants qui, maintenant, figurent au budget 2020 de la Présidence de la ‎République et qui auparavant figuraient au chapitre « Charges communes » soit ‎‏69‏‎ ‎‏416‏‎ ‎‏294‏‎ UM (et ‎qui n’y figuraient pas en 2019) ce budget se réduit à 168 057 840 UM. ‎

Ce qui ne constitue plus qu’une augmentation de 43 594 989 UM. Soit 35 % d’augmentation par référence au budget ‎‎2019. ‎

Mais qu’est-ce qui explique encore cette augmentation de 35 % ?

D’où vient cette augmentation ?

Tout budget augmente d’une année sur l’autre, on dit qu’aux « services votés » (montants figurant au budget précédent) s’ajoutent des « mesures nouvelles » (augmentation de ces montants dans le nouveau budget). Il faut donc aller plus loin dans l’évaluation de l’augmentation en soustrayant les augmentations autorisées au titre des mesures nouvelles (par sous chapitre du Chapitre Présidence de la République). Le calcul de ces augmentations pour chaque sous/chapitre de la Présidence donne un montant de ‎43 594 989‎. Comme suit

Cabinet 15 689 370

Protocole d’Etat 2 600 000

Etat major particulier 59 919

Bureau de sécurité 0

Direction générale de la Sécurité extérieure et de la Documentation (DGSED) 18 500 000

Inspection générale de l’Armée nationale 6 745 700

Total 43 594 989

Si l’on soustrait ‎43 594 989‎ UM du budget 2020 restant (après en avoir soustrait les charges communes, soit ‎168 057 840) ‎ on a exactement 124 462 851. Soit le même montant que le budget 2019 !

Conclusion si l’on soustrait du budget 2020, les charges communes (‏69‏‎ ‎‏416‏‎ ‎‏294‏‎ UM) et les mesures nouvelles ‎(43 594 989‎‏ ‏UM ‎), le budget 2020 est identique au budget 2019. Soit 124 462 851 UM

Alors, les allégations d’augmentation illégale du budget, appréciées dans l’absolu, sont infondées. Le budget a bien augmenté mais uniquement à cause des « mesures nouvelles » qui sont tout-à-fait légales, puisque ces montants sont votés et autorisés au titre de chaque budget.

Maintenant est-ce que tout est pour « le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? »

Bien que rien ne soit absolu, tout n’est pas parfait.

Ainsi si des critiques se devaient d’être portées au budget de la Présidence de la République pour 2020, ce serait sur :

- La justification de l’augmentation due au montant des « mesures nouvelles », dans le budget 2020, par rapport aux budgets précédents (notamment 2018 et 2019) ?

- Sur le mode de ventilation dans le budget de 2020 du très grand montant des « Charges non ventilées » qui se montait à 33 501 000 UM pour le budget 2019. Soit 27 % de ce budget.

- Sur l’accroissement considérable de la partie 2 « Biens et Services » qui est passée de 24 651 500 UM, en 2019 à ‎66 632 536 UM. Soit une ‎augmentation de 37 % ! ‎

Enfin, comme pour les budgets de pays en développement, le budget mauritanien est Nietzschéen, pour lequel « l’enfer est dans les détails », et pour l’État panglossien, ‎ qui le prépare, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. ». Le malheur des uns faisant le bonheur des autres…jusque dans les détails.

Pr ELY Mustapha

via cridem

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