Entretien avec Monsieur Sidi Mohamed Taleb Amar, président de l’Union Pour la République (UPR), principal parti de la majorité présidentielle

Entretien avec Monsieur Sidi Mohamed Taleb Amar, président de l’Union Pour la République (UPR), principal parti de la majorité présidentielleLe Calame« Le développement d’activités de nature politique par certains des prévenus relève de la diversion et de manœuvres dilatoires qui ne sauraient tromper ou surprendre la vigilance des autorités en charge du dossier »

Le Calame : Que vous inspire ce qui vient de se produire au Mali pays voisin, frère et ami ?

-Sidi Mohamed Taleb Amar : La situation au Mali était préoccupante depuis quelques temps. Les contentieux post-électoraux doivent être traités par le dialogue et la médiation. Nous sommes, par principe, opposés aux changements non constitutionnels, souhaitons le retour à une vie constitutionnelle normale et exhortons nos frères maliens à se mettre à la table des négociations pour trouver une solution pacifique.

En étroite concertation avec ses homologues chefs d’État des pays-membres, le président en exercice du G5 Sahel, Son Excellence Monsieur Mohamed Cheikh El Ghazwani, suit avec une grande préoccupation les graves événements survenus le mardi 18 Août au Mali. Face à cette crise aigüe et à l’instar des hautes instances de l’Union africaine et de la CEDEAO, les Présidents réunis au G5 Sahel ont tenu à exprimer leur attachement indéfectible à l’ordre constitutionnel et au respect des institutions démocratiquement établies. Ils ont exhorté les frères maliens à suivre la voie du dialogue pacifique pour résoudre leurs problèmes internes actuels, dans l’intérêt de leur pays et celui de toute la sous-région.

-L’actualité est dominée depuis quelques jours par des démêlées judiciaires de l’ex-président Mohamed Ould Abdelaziz, en garde à vue depuis le lundi 17 Août. Quelle lecture votre parti a-t-il faite de cet évènement ?

-La garde à vue de l’ex-Président est intervenue dans le cadre d’une procédure judiciaire normale, sous l’autorité du Parquet, et a respecté toutes les exigences de la loi en la matière. La transmission au Parquet des résultats de la CEP préfigurait l’audition des personnalités citées. L’ex-Président a bénéficié de toutes les garanties qu’offre la loi : visite familiale, entretien avec ses avocats, y compris étrangers, visite des responsables des mécanismes et institutions nationales des droits de l’homme : Présidents MNP et CNDH. Le développement d’activités de nature politique par certains des prévenus relève de la diversion et de manœuvres dilatoires qui ne sauraient tromper ou surprendre la vigilance des autorités en charge du dossier.

-Cet évènement est la conséquence du rapport de la CEP sur le règne de l’ex-Président. Traduit-il une volonté politique du gouvernement de lutter véritablement contre le pillage des ressources du pays ?

-La lutte contre la corruption et l’exigence d’une bonne gouvernance sont au centre du programme de gouvernement du président Mohamed ould Cheikh El Ghazwani. Nous sommes convaincus que la procédure judiciaire sera menée, comme pour la procédure d’enquête parlementaire, sans aucune interférence de l’Exécutif. Le respect de la séparation des pouvoirs sera strict. Nous croyons en la compétence et en l’impartialité de nos magistrats.

-L’UPR que vous dirigez depuis bientôt une année a célébré, il y a quelques semaines, le 1er anniversaire de l’élection du président Ghazwani a la tête du pays. Quelle évaluation faites-vous de cette première année de mandat ?

-La première année est globalement très positive. Les marques d’une gouvernance nouvelle sont visibles. Malgré l’impact planétaire de la pandémie Covid 19, le pays a su faire preuve d’une résilience remarquable, grâce à la prompte réactivité des pouvoirs publics de parer au plus pressé, via des programmes sanitaires et sociaux d’urgence, tout en engageant ceux de développement inscrits à l’agenda. Résilience et projection dans l’avenir, telle est la trajectoire déclinée en cette année particulière. Évoquant le bilan de l’année écoulée, le président de la République a précisé qu’elle était marquée par la restauration d’un climat politique apaisé, donnant lieu à l’entente et à la coordination entre l’opposition et la majorité présidentielle ; le lancement du programme spécial agropastoral et la mise en exécution du plan multisectoriel de réponse auCovid-19, dans le cadre du programme Ewlewiyati N.1 :« Ce programme comporte des mesures d’atténuation des effets négatifs du virus Corona, à travers la fourniture de l’eau en milieu rural, la distribution gratuite de vivres, l’attribution d’allocations financières à 200.000 familles démunies dans l’ensemble du pays et le soutien des pêcheurs artisanaux ».Nous pouvons également noter des réalisations dans les domaines de la diplomatie, des droits de l’Homme, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la gabegie, ainsi qu’aux plans de l’éducation, de la santé et des autres différents services.

-Par le passé, l’UPR fut qualifiée de simple « faire-valoir » du pouvoir. Pouvons-nous dire que cette situation a changé ? Si oui, quelle place occupez-vous auprès du président de la République et de son gouvernement ?

-Le qualificatif de faire-valoir relève de votre seule appréciation, en l’occurrence subjective. L’UPR est un grand parti de gouvernement largement majoritaire dans le pays. Il est à l’image des partis au pouvoir dans les systèmes démocratiques de type présidentiel. Le président de la République en est l’institution centrale, le parti, sa structure politique. Notre rôle est un rôle d’animation, de réflexion et de mobilisation politique. Nous sommes le pôle politique majeur au sein de la majorité. En synergie avec le gouvernement, nous développons et partageons des idées qui dessinent en creux les politiques publiques.

-L’opposition démocratique reconnaît au président Ghazwani la volonté de « normaliser » ses rapports avec elle. Est-ce dans ce cadre que s’inscrit la mise en place de la coordination des partis de la majorité et de l’opposition représentés à l’Assemblée nationale ? Quel rôle joue -t-elle dans cette « normalisation » ?

-Décliné en trois orientations, l’apaisement du climat politique comporte un volet concertation avec les partis représentés au Parlement sur les grandes questions d’intérêt vital pour le pays. C’est à ce titre que l’UPR les a tous invités à construire un cadre de concertation où les partis de l’opposition jouent un rôle majeur pour faire face à la Covid 19.C’est ainsi que le gouvernement mauritanien a ouvert un fonds national de solidarité sociale « pour lutter contre le coronavirus et ses conséquences ». Déjà doté de près de soixante millions de dollars américains sur ressources publiques, ce fonds vise à alléger les répercussions économiques, sociales et sanitaires de la crise engendrée par la Covid19 et met les femmes au cœur de son action. Quand le pays fait face à un défi majeur, les querelles partisanes doivent être provisoirement reléguées au second plan. Un autre consensus fort a permis la constitution de la CEP, instrument de bonne gouvernance souvent demandé mais jamais obtenu dans le pays. Les députés se sont à cet égard félicités de l’atmosphère de consensus qui a régné entre les différents groupes parlementaires, majorité et opposition ; ce qui a eu une influence positive sur la qualité du travail effectué par ladite commission.

-En dépit de cette décrispation politique, le président Ghazwani refuse toutefois d’ouvrir un dialogue tel que réclamé par l’opposition sur certaines questions nationales, notamment celle de l’unité nationale. Comprenez-vous cette posture du Président ? N’y a-t-il pas péril en la demeure ?

-Le dialogue national est un concept protéiforme : les deux questions ci-dessus évoquées en constituent d’éloquentes illustrations. Le rétablissement d’un climat de confiance et l’inclusivité sont de nature à faciliter la concertation. La question de l’unité nationale et celle de la cohésion sociale sont au centre du programme de Son Excellence Monsieur le Président de la République qui a pris des mesures fortes dès son accession au pouvoir. La fondation de l’Agence Taazour est à ce titre emblématique.

Spécifiquement dédiée à la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, la délégation Taazour est une étape décisive pour mettre fin à l’ignorance et à l’exclusion, causes profondes des séquelles de certains archaïsmes et disparités. Il est à noter que le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani a décidé d’affecter une enveloppe de plus de deux cents millions de dollars, répartis sur cinq ans, à la mise en œuvre concrète de projets destinés à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus touchées par les séquelles de l’esclavage.

Cependant, toutes propositions, suggestions pour contribuer à relever les défis auxquels notre pays est confronté, restent les bienvenues. C’est le sens même du dialogue permanent que l’UPR a instauré avec les leaders de l’opposition et diverses personnalités de la Société civile. Ces thématiques sont au cœur de nos préoccupations et doivent faire l’objet d’un consensus national, à l’exclusion de toute surenchère démagogique et toute instrumentalisation de ces problématiques. La survie de notre pays en dépend. Pour la première fois depuis quelques décennies, la situation d’ouverture et d’apaisement du climat politique est propice à ce type de débat constructif.

Propos recueillis par Dalay Lam

Le Calame

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