Brahim Boihy instructeur à Air France : Les besoins du peuple

Portrait. Brahim ould Boihy, pilote instructeur à Air France : Les ...Les sages, tout autant que l’histoire, nous apprennent que les choses les plus importantes sont (i) une armée pour se défendre, (ii) des vivres pour nourrir la population, (iii) la confiance du peuple en ses dirigeants. Comment pourrions-nous traduire cette sagesse dans le contexte qui est le nôtre?

A) L’instabilité que connaît la zone sahélo-saharienne, et pas qu’elle, se rapproche de plus en plus de nos frontières, avec son concert de violence, de trafics de tous genres, de corruption, mais aussi d’atteintes aux valeurs morales qui caractérisent notre pays. Notre armée et nos forces de sécurité sont tout naturellement la première barrière, préventive et effective, contre tout danger venant de l’extérieur. La surveillance de notre espace aérien et de nos eaux maritimes, expression s’il en était de notre souveraineté, incombe sans nuances à nos forces armées, devant être réactives en toutes circonstances et en tous temps. La sécurité du pays et la protection de nos intérêts économiques, de nos ressources énergétiques, halieutiques et environnementales en dépendent. L’efficacité des forces implique un haut niveau de préparation militaire, technique, psychologique et morale, avec en plus le respect, la considération et un traitement approprié des personnels garantissant leur disponibilité. Ces considérations doivent restées prioritaires, en tout état de cause. La préparation et l’opérationalité doivent être anticipées, étant donné que c’est en temps de paix qu’on prépare la guerre. Les guerres sont rarement prévisibles ou programmables longtemps à l’avance. Les catastrophes naturelles et les pandémies, elles, ne le sont pas du tout. Quand elles se présentent, il faut être immédiatement réactifs, et le dernier rempart, c’est encore l’ensemble des forces de sécurité. C’est dire le niveau de préparation à garantir en matière de santé, de génie civil, de logistique, de laboratoires polyvalents, etc. L’armée, c’est également le lieu par excellence de fraternisation entre les Mauritaniens qu’elle reçoit. C’est aussi une école efficace du civisme et qui pourrait offrir à nos jeunes des opportunités de formation, dans le cadre d’un service militaire et/ou civil, rendu obligatoire. Républicaine, la grande muette doit cultiver toutes ces valeurs en son sein et aider à les diffuser à travers le pays.

Devoir vivre sous la dépendance, de quelqu’un ou de quelques institutions, n’est pas une fatalité. Avoir à tendre la main pour survivre est l’acte le plus infamant, qui expose à l’humiliation, renforce les inégalités et la domination. L’adage africain ne dit-il pas que « la main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne? » Il n’y a pas meilleur moyen de sauver sa dignité et d’asseoir sa liberté que de pouvoir gagner sa vie à la sueur de son front. Ce peut être par un salaire, fruit d’une activité professionnelle qui suppose études et formation professionnelle; ou par le revenu d’une activité, soit de services, soit agro-pastorale, qui impliquent distribution de terres agricoles exploitables, bétail, micro crédits accessibles, avec accompagnement et suivi par l’Etat. Plutôt que de devoir recourir à des distributions périodiques de secours alimentaires dont il y a beaucoup à dire sur leur perversité, la seule stratégie qui vaille est celle qui repose sur l’alphabétisation, la formation professionnelle dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage de la pêche, du bâtiment et des métiers de la vie de tous les jours. La production intérieure et la richesse nationale s’en trouveraient augmentées et la pente de la courbe du chômage, un autre fléau, n’en serait que plus aplatie. S’instruire, se former, travailler, avoir un revenu, le peuple a aussi besoin de se soigner (« un esprit sain dans un corps sain »). Il n’y a pas lieu ici d’essayer d’enfoncer des portes ouvertes en énumérant des évidences. On souhaiterait seulement que soient tirées toutes les leçons qui s’imposent de la situation sanitaire qui prévalait avant et pendant la pandémie Coronavirus afin de se préparer pour demain: besoin d’une couverture sanitaire universelle; généralisation de la vaccination, notamment des enfants; équipements ( y compris des personnels soignants et d’intervention), logistiques, déconcentration et décentralisation des structures sanitaires et hospitalières, avec l’objectif d’assurer une médecine de proximité. Les besoins du peuple, c’est aussi et avant tout, une justice, symbole et garantie de l’égalité de tous les citoyens et protectrice de leurs intérêts et qui sanctionne l’injustice et la corruption.

C) Quant à la confiance aux dirigeants, elle s’acquiert d’abord et surtout par l’exemplarité. Celle-ci voudrait que les responsables, à tous niveaux des institutions, individuellement et collectivement, respectent les règles, codes et valeurs du pays et la déontologie de leur fonction; qu’ils aient la volonté inébranlable et n’être guidés dans leurs actions et pratiques que par le seul intérêt général et le respect de la chose publique, loin de toutes pratiques régionaliste ou raciales, de népotisme ou de corruption; qu’ils justifient des compétences suffisantes leur permettant la satisfaction des attentes des citoyens en termes d’équité, d’égalité et de justice. Alors ils ressembleront à ce que le peuple voudrait qu’ils soient. Il les comprendrait. Il les soutiendrait. Un sentiment de sécurité collective habiterait chaque citoyen.

Enfin et pour donner chair aux besoins et attentes des populations, le gouvernement doit (a) préparer minutieusement et mettre en place une réforme profonde de l’école qui assoit et renforce la vocation de celle-ci à dispenser un enseignement de qualité, égalitaire et gratuit, une école républicaine arme ultime contre le chômage des jeunes et creuset du vivre ensemble, (b) oser une réforme agraire qui permette de doter les populations agricoles de la propriété et l’exploitation des terres de leurs ascendants, d’une part, et d’organiser ce secteur et l’orienter vers l’autosuffisance alimentaire, d’autre part, (c) se doter de structures d’analyses prospectives et de planification de nos ressources halieutiques, minières et énergétiques à moyen et long termes, (d) activer le front intérieur en initiant toutes concertations et dialogues inclusifs ayant pour finalité le renforcement de l’égalité, de la cohésion nationale et de la démocratie.

Les Mauritaniens de la sphère politique, dans leur diversité, proposent différents projets alternatifs de société à l’appui desquels ils bénéficient dans leurs rangs de compétences multi-sectorielles. Les expertises requises pour accompagner les grandes réformes que la situation du pays appelle commandent la mise à contribution de toutes ces ressources humaines, indépendamment de leurs choix politiques. Cette moitié-là de la Mauritanie a le droit d’être associée. Les problématiques qui se posent à nos citoyens n’en seraient que mieux appréhendées. Elles ont pour noms la séparation et l’indépendance des pouvoirs, la démocratie et la bonne gouvernance, l’éducation et la formation, l’égalité et la justice sociale, le chômage des jeunes, la cohésion nationale, la préservation du cadre de vie et de la nature (la réserve de Diawling, Banc d’Arguin, Imragen, la désertification galopante, etc).

Brahim Boihy.instructeur à Air France

 

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