Malgré l’angoisse du futur incertain, Zram avait fait son choix

L’image contient peut-être : Mohamed LeminPendant une semaine, Zram ne fit que dormir et flâner entre la case et la batha. De temps à autre il escaladait la dune de Mnassir. Il s’était enquis des nouvelles de Sagala. Il lui rendit visite avec Marietou. Elle était contente de le revoir de nouveau. Elle avait pris de l’âge et a développé quelques rhumatismes, mais elle se portait bien.
Assis à l’ombre de la case, Zram observait tout autour de lui. Les mouvements des ânes en ravitaillement d’eau n’ont pas beaucoup changé, toujours des ânes, l’oeil torve remontant la pente de la dune sans enthousiasme vers le puits et redescendant ahanant sous le poids des outres pleines.

Si l’environnement est resté le même, Zram ne reconnait aucun visage des passants. Ayant épuisé ses quarante cinq jours de permission, Zram avait rejoint, son unité d’affectation et avait demandé sa libération.

Malgré leurs réticences, ses supérieurs durent se rendre à l’évidence: Zram tenait à quitter l’armée. Marietou fut surprise de la décision de Zram de quitter l’armée. Zram ne pouvait lui faire comprendre ses motivations. Il avait perdu beaucoup d’hommes qui lui étaient chers, il ne supportait plus de continuer à cotoyer leurs fantômes, lui rappelant les moments passés ensembles, les expériences douloureuses partagées.

Zram sentait qu’en quittant l’armée, il trahissait les amis qu’il avait laissés derrière lui, il ressentit ce même sentiment de frustration qu’il avait vécu lorsqu’il a été abandonné avec Taher sur le terrain.

Mais il y avait cette reflexion sur la justesse de cette guerre qui l’avait marqué de ses traces physiques et morales indélébiles, qui tempérait ce sentiment de culpabilité. Cette guerre avait-elle sa raison d’être, va-t-elle résoudre les problèmes qui l’ont causée? Zram n’aimait pas se trouver du côté injuste.

Malgré l’angoisse du futur incertain, Zram avait fait son choix. Pendant plus d’un mois, il s’était échiné à trouver un travail, mais en vain. Il avait arboré ces médailles moissonnées pendant la guerre qui témoignaient de son courage à travers les faits de guerre accomplis et reconnaissaient les services signalés rendus à la nation, mais qui ne rencontrèrent que des sourires moqueurs et narquois.

Zram ressentit profondément dans sa chair et dans son esprit la frustration de lire le mépris dans les yeux de ceux pour qui beaucoup de ses amis et camardes ont été ensevelis quelque part dans ces espaces désertiques infinis dans la plus grande indifference et pour qui il avait sacrifié les dix plus belles années de sa vie.

Mais que pouvait-il espérer, lui qui n’avait appris que l’art d’anéantir? Tout-a-coup il se sentit un étranger dans sa ville natale. Zram avait mis du temps pour se rendre compte qu’il n’était plus le même, il avait été façonné par l’éloignement et la guerre. Il était parti esclave et il est revenu un homme libre, mais la sociéte n’avait pas changé.

Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou
Zram ou la Saga des Mreiba

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire