Les « Hackers » de gouvernement. Par Pr ELY Mustapha

Les « Hackers » de gouvernement. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha – Si les putschistes dans les pays africains font du « cracking » des institutions, l’intelligentsia fait du « hacking » des gouvernements civils. Entre hacking et cracking il n’y a qu’un pas.

C’est à ce dernier que se livre une frange importante de l’intelligentsia africaine, notamment celles occupant des portefeuilles de structures politiques régaliennes (exécutif, législatif et judiciaire) ou d’institutions d’autorité (politique, économique ou financière). Nous nous intéresserons ici particulièrement aux hackers de gouvernement.

Le hacking, est un terme du monde de l’informatique qui exprime bien ce qui se passe dans les gouvernements des pays africains. C’est un ensemble de techniques permettant de détecter et d’exploiter les failles et les vulnérabilités d’un groupe ou de ses d’éléments humains et/ou matériels.

Ce qui fait que nos pays, ne sont pas maitres de leurs politiques dans tous les domaines, c’est tout simplement parce que des « hackers » maintenus dans les gouvernements infléchissent leurs décisions de façon très spéciale.

Ces « hackers », se reconnaissent à leur pérennité dans les gouvernements.

Les ministres et les secrétaires d’Etat qui traversent les gouvernements, nommés et renommés alors que rien ni dans leur compétence, ni dans leurs résultats, ne justifie leurs nominations ni leur reconduction, sont souvent l’exemple même du « hacker de gouvernement ».

Si le public ne perçoit, ne ressent et ne commente que l’influence directe (force brute) sur les gouvernements à travers la pression déclarée d’un Etat sur un autre (dont Trump, mais pas uniquement, est le praticien le plus fervent), dont font écho les médias et les déclarations des responsables (dissuasion, menace etc.) aux fins d’infléchir ces gouvernements, le hacking de gouvernement est lui au contraire, bien plus subtil, plus discret mais non moins dangereux.

Il intervient sur le moyen et long terme, et nécessite donc une présence conséquente du hacker (ministre, secrétaire d’Etat…) au sein du gouvernement, pour accomplir sa mission. Et son action est redoutable car elle bénéficie de l’entropie de son action dans les rouages de l’Etat.

En effet, l’influence étrangère sur la politique de nos gouvernements, se fait désormais à travers des personnes au sein de ces gouvernements qui travaillent en arrière-plan pour des intérêts étrangers (politiques, culturels, économiques, financiers, industriels etc.) mais qui le font de façon « soft » et fort intelligente.

Les hackers de gouvernements, ne se présentent ni en espions, ni en traitres à la solde d’une quelconque puissance, mais ce sont des individus qui développent des « sympathies », avec des pays étrangers, qui les conduisent à « orienter » l’action du gouvernement, auquel ils appartiennent, sur le terme, vers les option politiques de leurs « correspondants » (commanditaires discrets). Et ils en tirent des avantages, à travers des rapports d’influence. Le premier de ces avantages est la garantie de leur longévité gouvernementale.

Les rapports entre le « hacker de gouvernement » et son « correspondant »

Comment s’établit le rapport entre le hacker de gouvernement et son « correspondant » extérieur ? Ce rapport est établi de façon informelle et se traduit par le soutien que lui assure le « correspondant » à travers la pression qu’il effectue sur le chef de gouvernement (Premier ministre ou Président de la République) pour maintenir le hacker en poste.

Cette pression s’exprime à travers un langage diplomatique, non officiel, et un « faire-savoir » informel, qui signifierait à l’autorité qui nomme, que si le membre du gouvernement considéré n’est pas maintenu, reconduit à son poste, cela aura des effets, sur l’appui, l’aide ou le financement qu’il lui apporte.

Ainsi, des pays étrangers entretiennent une multitude de « hackers » dans les gouvernements africains. Ces hackers ont pour rôle d’infléchir des politiques des pays, dans le sens voulu par leur « correspondant ». Ainsi par exemple, ils peuvent impacter, toute politique d’Education, en y introduisant les intérêts culturels et linguistique du « correspondant ». Ils infléchissent les décisions d’investissements en faveur du « correspondant ».

Ainsi, dans nos pays, la France, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis disposent de leurs hackers de gouvernement.

Les hackers ne constituent pas des lobbies qui seraient connus et dont l’action se fait connaitre par son ampleur ou par la publicité qui l’entoure. Le hacker de gouvernement est un individu, qui agit de façon insoupçonnée, lente et progressive et qui utilise son savoir pour influencer la politique du gouvernement dans le sens désiré, dans le secteur dont il assure le ministère.

Si c’est un juriste, il influencera la rédaction des législations, des conventions et des actes engageant l’Etat, si c’est un économiste, il privilégiera dans les rapports économiques du pays avec celui du « correspondant », les créneaux d’investissement, dans lesquels son « correspondant « a plus d’avantages comparatifs que d’autres, même si l’intérêt du pays ne s’y trouve pas. Dans tous les cas sont acte est prédéterminé par les orientations politiques de son « correspondant ».

Le hacker de gouvernement influence ainsi la prise de décision et participe à la manipulation des politiques publiques du pays dans tous les domaines. Son maintien au gouvernement est proportionnel au satisfecit qu’il donne à son « correspondant ».

Ce dernier le soutien et il en tire des avantages dont le moindre est son maintien à son poste et bien entendu les « facilités » qui lui sont accordées par son « correspondant » (visas, séjours, placements à l’étranger, recommandations…). Mais de telles facilités ne sont pas formalisées, ni déclarées, il les reçoit du « correspondant » du fait de la « sympathie » qu’il lui exprime.

Les espaces des hackers de gouvernement.

Les hackers de gouvernement peuplent les carnets d’adresses des secrétaires d’ambassade et de chancellerie. Ils sont à toutes les cérémonies organisées par monsieur/madame l’ambassadeur. Ils sont invités à toutes les occasions et c’est durant ces rencontres qu’ils discutent « informellement » de la « situation du pays » et c’est là où ils reçoivent de façon informelles les orientations attendues qui conditionneront la relation de « hacking ». Bien entendu tout cela se fera jovialement, par boutades, autour d’un cocktail ou tout semble léger, passif autour de discussions informelles.

Les aires de cérémonie des ambassades et des chancelleries, sont les premiers espaces de rencontre, pour l’information.

Le hacker de gouvernement est aussi un habitué des Organisations non gouvernementales (ONG) surtout celles du pays du « correspondant ». Elles lui sont recommandées par ce dernier (souvent à l’occasion des rencontres chancelières précitées) pour servir de relais avec la société civile aux fins de faciliter l’introduction des mesures qu’il aura à favoriser à travers son « hacking » de la décision gouvernementale qu’elle soit sociale ou économique.

Ainsi les hackers de gouvernement travaillent souvent avec les ONG de pays pour lesquels ils ont la « sympathie ». Ils favorisent leur implantation et leur développement. Ils les invitent, parrainent leur action, les mettent en relation avec leur réseau de sympathisants.

En effet, beaucoup d’ONG, ont la même essence que les hackeurs, elles s’introduisent pour modifier, les systèmes sociaux, économiques de pays et, de façon générale, les constantes des sociétés (système de valeurs, de croyance…) de ces pays. Les ONG servent de relais au niveau de la société civile de ce que les hackers réalisent au niveau du gouvernement.

C’est ainsi que les politiques publiques en Afrique ne sont ni effectives ni efficaces, car elles sont « hackées » de façon permanente par ceux-là même qui doivent en assurer, l’élaboration et l’exécution.

Le hacking de gouvernement, ne peut être évalué que sur le moyen et long terme, car le hacker exécute sa mission, dans des actions séquentielles, bénéficiant de l’opportunité du moment et de sa capacité et à diluer son intervention dans la masse, la rendant ainsi partagée et insaisissable.

Ainsi, sa capacité à entrainer la modification, de certaines dispositions d’une loi dont les effets sur l’économie globale de la loi, entraineront à terme, les effets voulus, contraires à ce qui est attendu. Sa capacité à infléchir ou à favoriser des décisions importantes, selon qu’elles soient contraires aux options de son « correspondant », ou plutôt qu’elles y correspondent, en travaillant sur les mécanismes budgétaires et de leur financement ….

De même que sous le justificatif de « coopération », il favorisera la collaboration avec des organismes et organisations qui introduisent dans un secteur donné, les intérêts (politiques, culturels, économiques…) de son « correspondant ».

Les hackers de gouvernement sont la barrière dans nos pays à toute indépendance de la décision politique et à toute possibilité d’édiction de politiques nationales librement décidées et dont le contenu correspond à la volonté nationale. Avec ce que cela implique sur la souveraineté du pays, son développement et le devenir de la nation.

Pr ELY Mustapha

Via cridem

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