Ghazouani et le cadeau empoisonné. Par Pr ELY Mustapha

Ghazouani et le cadeau empoisonné. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha – Que de gesticulations autour du rapport de la commission parlementaire, alors que depuis des années, son contenu est connu, les délinquants indexés et dénoncés sur les réseaux sociaux. Les journaux en ont traité à l’intérieur du pays et à l’extérieur.

Les salons mauritaniens, en sont les échos quotidiens depuis une quarantaine d’années. Depuis les « roumouz el vessade » de Xould Y, aux dénonciations de canalH à mon blog, haut-et-fort, en passant par Taqadoumy (l’authentique site, pas l’imitation) etc, etc. les faits et les crimes figurant au rapport, et bien plus encore, ont été exposés et dénoncés depuis de dizaines d’années.

Ce rapport d’enquête parlementaire n’est pas exceptionnel et si le grand manège de la convocation de certains responsables devant la commission parlementaire, lui a donné un aspect spectaculaire, si l’exposé de documents accompagnant le rapport (dont beaucoup a déjà été publié ces dernières années sur le net), a permis de les collationner dans un même document, ce rapport n’a porté que sur une infime partie de la nébuleuse de corruption et de malversation qui a touché les finances publiques, les marché publics et le domaine public… Il a « oublié » plusieurs corrompus qui ont pignon sur rue jusque dans le giron du parlement.

Il ne faut pas donner à ce rapport plus d’intérêt qu’il ne mérite. En tout cas pas dans l’absolu. Car ce serait faire un rapport dans l’unique objectif de faire un rapport, soit faire de l’art pour l’art. Et si ce rapport reste lettre morte, la montagne aura accouché d’une souris.

Mais si ceux qui ont initié ce rapport, l’ont vivement demandé et se sont organisés en commission, ont pris beaucoup de leur temps pour l’élaborer (sachant que le travail n’est pas une vertu en Mauritanie, surtout pour des parlementaires, payés même à ne rien faire, ou à somnoler sur leurs pupitres), ont fait preuve de zèle et de disponibilité, c’est que le rapport pour eux n’a pas de valeur absolue mais toute relative…à Ghazouani.

Le vrai objectif du rapport, n’est pas d’exposer ce que l’on sait déjà, ni de restituer les biens détournés, ni de malmener des corrompus qui ont leur entrée jusqu’au parlement et certains ont leurs sièges au gouvernement, mais de servir un dessein fort pernicieux qui jusque-là semble avoir échappé à l’opinion publique. Le rapport d’enquête parlementaire (REP), n’est rien d’autre que l’expression du cynisme traduit dans la sphère politique : un cadeau empoisonné. Celui que l’on offre à Ghazouani.

Choix booléen et dilemme cornélien

En effet, un cadeau qui va être très difficile à ingurgiter. En effet, ce rapport met Ghazouani dans une situation extrêmement délicate. Il ne lui laisse qu’un choix booléen, dire oui ou non au rapport, qui le met dans tous les cas dans un dilemme cornélien :

- Soit décider d’accomplir son devoir, en tant que premier magistrat de la République actionner la machine du Ministère public pour exécuter les recommandations du Rapport.

- Soit maintenir le statu quo et l’ignorer mettant en jeu sa crédibilité, face à ses engagements électoraux, et sa capacité à gouverner face au microcosme politique corrompu qui l’entoure.

Ce cadeau est d’autant plus toxique que ceux qui sont indexés dans le rapport ne se laisseront pas faire. Forts de leurs appuis tribaux, régionaux, de leurs influence « monnayée » et historiquement achetée au sein de groupes sociaux qui les parasitent et qui doivent leur survie aux prébendes qu’ils leur distribuent grâce aux détournements des biens publics, ils ameuteront leurs troupes et se présenteront en victimes.

Déjà un groupuscule tribal dénonce les accusations portées contre Aziz et refuse tout acte visant à l’incriminer, des notables de tribus s’organisent pour influencer toute décision visant à « porter atteinte à l’intégrité » de membres de leur tribus cités dans le rapport. D’autre part, les corrompus ont eux-mêmes mis en œuvre leur capacité financières pour acheter les responsables qui seraient en charge des dossiers et les magistrats véreux.

A travers le rapport de la CEP , et contrairement à ce que l’on déclame dans les moyens d’information, « l’étau ne se resserre » pas sur Aziz, ni non plus sur ses sbires, mais il se resserre sur Ghazouani.

Ghazouani, devra donc faire face à une machinerie sournoise qui se déclenchera aussitôt qu’il exprimera la moindre volonté de rendre effectives les recommandations du rapport.

Ghazouani, face à ce cadeau empoisonné, est certainement en train de peser le pour ou le contre.

Mais quelle que soit l’option, il devra trancher le dilemme.

Culpabilité par action ou par omission ?

Alors s’il choisit d’appliquer les recommandations du rapport, il devra se munir d’une solide volonté de contrer les forces « obscures » qui voudront le mettre en échec. Car dès les premières mesures prise, il se retrouvera tout seul !

Tout seul d’abord, parce que quasiment tout son gouvernement se retrouvera devant le juge.

Tout seul ensuite, parce que le lobby corrompu mauritanien, sabotera tout processus judiciaire visant ses pontes et il ne pourra faire justice.

Par contre s’il décide de tout laisser en l’Etat, ignorant le rapport de la CEP, alors il aura montré qu’il n’est qu’un maillon d’un système et qu’il a été élu pour valider ses malversations, pour le couvrir et le protéger. Il donnera alors de lui, une image dont les conséquences seront désastreuses sur sa crédibilité, sa capacité à gouverner et sur un quelconque mérite à le soutenir.

Et pire encore, il ne pourra même pas, contrairement à ceux cités dans le rapport, se prévaloir d’une quelconque présomption d’innocence. Car il serait déjà coupable par omission (inaction prouvée), alors que ceux du rapport le seront par action…qui reste à prouver.

Alors que décidera-t-il ?

Ce que l’on pourra dire, sans préjuger de l’homme et de ses capacités à réagir à l’adversité, c’est que tout poison ne résiste pas à son antidote. Et, si en politique, il y a un antidote à tous les poisons, c’est bien la morale.

Pr ELY Mustapha

via cridem

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