Mettre les ENI au diapason : Mission impossible ?

Mettre les ENI au diapason : Mission impossible ? Le ministre de l’Enseignement fondamental et de la réforme de l’Éducation nationale, monsieur Adama Bokar Soko, a lancé, samedi 11 Juillet à Aïoun, un atelier de réflexion sur la réforme des Écoles Normales d’Instituteurs (ENI).

Pour Soko, « préparer l’élève-enseignant et lui donner la qualification requise scientifiquement et professionnellement représente la pierre angulaire de la réforme qui doit commencer incessamment ».

Il précise : « la restructuration du système de formation initiale et la transformation de ses établissements en ateliers qui attirent et forment des compétences disposant de réelles capacités constitue un bond qualitatif dans le domaine : c’est le défi le plus important à relever aujourd’hui ». Le ministre demande alors aux participants d’établir un diagnostic précis de la réalité de la formation initiale, d’en déceler les carences et de leur apporter des solutions efficaces.

« L’avenir des générations futures est tributaire de la performance des enseignants », rappelle-t-il, « si nous garantissons la qualité de cette performance, nous assurerons l’avenir des enfants ». Et d’insister sur la place particulière que doit tenir le développement d’une conscience professionnelle reposant sur la foi, le sens des responsabilités et l’esprit de citoyenneté, dans les programmes de formation des enseignants.

Avant d’ajouter : « Pour que ces écoles soient en mesure de mener à bien les missions de formation continue du personnel du département, il est nécessaire de réfléchir aux processus qui leur permettront […] d’assurer la formation continue des enseignants […] cela ne peut être réalisé qu’en développant les tâches de ces institutions autour la formation continue des staffs de supervision et d’encadrement dans le domaine de la gestion et de la gouvernance ».

Mais en dépit de la pertinence de ce discours et de la feuille de route ainsi déclinée, force est de constater que ceux qui auront à piloter ces chantiers, à restructurer les ENI et à matérialiser cette stratégie sont « ceux-là même qui furent à l’origine des formations initiales peu efficaces des enseignants », déplore un formateur, « dilapidèrent les ressources de ces écoles, mirent à plat le système éducatif, (dé)formèrent des enseignants incapables de dispenser des cours de qualité.

[…] Ce sont malheureusement ceux-là qui sont au-devant pour réformer les ENI, fondement de notre système ».

ENI de Kaédi : pathétique situation

Le pays dispose de quatre écoles de formation dirigées par des cadres qui ne sont pas du fondamental, excepté celle d’Akjoujt. Fondée, comme cette dernière en Novembre 2014, celle de Kaédi connaît de plus grandes difficultés que ses consœurs. Sur les plans financier, administratif et pédagogique.

« C’est dès ses premiers temps », affirme un de ses formateurs, « que l’école connut une gestion financière plus ou moins douteuse. Le retard récurrent dans le paiement des bourses des élèves et des salaires du personnel d’appui pose de sérieux problèmes, entraînant des grèves à répétition.

À titre d’exemple, nous déplorons, cette année pour les élèves de deuxième année, trois mois d’impayés à ce jour et il reste encore un mois en suspens de l’année dernière ». Un constat dont le témoignage d’une élève-enseignante souligne le pathétique : « Orpheline de père, issue d’une famille pauvre, je suis obligée de faire du commerce pour aider ma mère.

La bourse, elle ne vient jamais. Les autres classes ont certainement aussi des arriérés mais je ne sais pas combien ». Quant aux personnels d’appui, « leur situation s’améliore depuis Janvier », reconnaît ledit formateur, « mais ils souffrent d’arriérés dépassant parfois dix-huit mois ».

Sur le plan administratif, l’ENI de Kaédi connaît des dysfonctionnements notoires. Son directeur Sidina ould Mohamed « gère l’établissement de manière unilatérale et écarte son staff », se plaint-on. « Il s’est entouré d’un cercle de proches.

Cela suscite des frustrations et parfois des rixes ». Un observateur remarque que l’ENI de Kaédi est l’école la plus « communautaire mais », s’interroge-t-il, « où est l’école républicaine ? »

Sur le plan pédagogique enfin, le manque de formateurs et de rigueur conjugué à la faiblesse du niveau des élèves fait de l’ENI de Kaédi la plus grande pourvoyeuse en enseignants désarmés.

« En somme », recommande notre observateur, « Adama Soko devrait mettre une équipe d’experts à l’œuvre pour essayer de vraiment résoudre les problèmes des ENI en général ; celle de Kaédi en particulier ; et non pas faire confiance à ceux qui écartent, même pour un atelier de réflexion, la plupart des cadres formés par les ENI pour les ENI.

Rendez-vous compte par vous-même : les inspecteurs, les formateurs francisants et les directeurs adjoints ne sont conviés à aucun des ateliers de la réforme ! »

THIAM Mamadou

Le Calame -

 

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