Entretien| Hadrami El Meidah : « Aussitôt après la nationalisation de la MIFERMA, j’ai composé une chanson devenue mythique »

Entretien| Hadrami El Meidah : Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah est une icône en Mauritanie. Sa réputation d’artiste-chanteur surtout, mais aussi celle dans bien d’autres domaines, demeure encore vivace.

L’on se rappelle son engagement au milieu des années 70 dans les mouvements politiques clandestins d’opposition au régime de la première République. Son expérience professionnelle dans le secteur privé et ses activités personnelles ne sont pas passées aussi inaperçues et sa trajectoire professionnelle ne s’arrête pas là : Il a intégré plus tard la société civile où il a déployé jusqu’en 2018 d’énormes efforts au sein de l’Association des Parents d’Elèves.

Afin de lever un coin du voile de l’action de la génération du début de l’indépendance, le contexte de l’époque et la contribution de cette génération dans l’ancrage des valeurs de citoyenneté, le quotidien Chaab a rencontré l’artiste-musicien El Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah.

Il nous révèle, ci-après, beaucoup de choses encore inédites ou peu connues et décrit des scènes poignantes.

Chaab : Monsieur Hadrami, vous appartenez à une génération qui a vécu les premières heures de la Mauritanie naissante. Vous avez certainement beaucoup de choses à nous apprendre sur cette période mais commencez d’abord par nous dire qui vous êtes vraiment ?

Hadrami Ould El mokhtar Ould El Meidah : je remercie tout d’abord le quotidien Chaab dont je me considère comme un membre à part entière. Vous en saurez quelque chose au cours de l’entretien. Pour répondre plus précisément à votre question, je m’appelle Hadrami Ould Mohktar Ould El Meidah. Ma mère est Yaghouta Mint Ely Warakane. Je suis né en 1950 au puits de Ngueiguem pas loin de Nimjatt, le village des chérifs Ehel Cheikh Saadbou.

D’ailleurs je porte le nom d’un des cheikhs de cette famille à laquelle nous étions très liés. Je suis le cadet des trois fils de ma mère dont deux sont décédés. C’est pourquoi ma mère, que la terre lui soit légère, était très attachée à moi en dépit du fait que j’avais une grande sœur nommée Mariem aujourd’hui décédée elle aussi. Ma mère tenait beaucoup à moi. Elle ne voulait pas que j apparaisse souvent en public. C’est pourquoi elle m’avait interdit d’apprendre à jouer le « tidinit », un art dont mon père était un virtuose. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris à jouer à la harpe.

A sept ans, je suis parti avec la famille à Nouakchott. Notre première résidence était située entre Beyla et la badiya de Nouakchott. J’ouvre une parenthèse pour vous signaler que j’ai une petite histoire personnelle avec Beyla. C’est le nom du village du résistant guinéen à la colonisation, Alpha Yaya Diallo qui avait demandé aux autorités coloniales après leur décision de l’exiler en Mauritanie de donner le nom de Beyla à son lieu d’exil.

Le hasard de l’histoire a fait que j’étais à Conakry lors du rapatriement de sa dépouille en 1968 par le président Ahmed Sékou Toure depuis Nouadhibou où il a été enterré bien avant. La dépouille mortelle a été accompagnée par un notable mauritanien Cheikh Ould Mohamed Saleh Dleymi. C’était un jour mémorable en Guinée.

« Des veillées musicales agrémentées de tasses de thé et de lait de chamelle. »

Je reviens maintenant sur notre nomadisme entre Beyla et la badiya de Klyna, située à environ 12 km au nord-est de Nouakchott. Nous allions même jusqu’aux puits de Toueila et Agueilett Temat quand l’eau devenait plus salée dans les puits aux alentours de Nouakchott.

Toutefois notre éloignement de la capitale n’empêchait pas certains amis de la famille de nous rendre visite etde vivre avec nous des veillées musicales agrémentées de tasses de thé et de lait de chamelle. Nous avions même, des fois, des vaches à lait alors que nous étions tout près de Nouakchott. J’allais oublier la viande de brousse que nous procurait Ely Ould Hweichi à une époque où les biches n’étaient pas rares dans les localités d’Agchar et Targueh.

A cette époque, j’étudiais le Saint Coran chez un marabout du nom de Cheikh Ould Mezid. Ce dernier sera plus tard le vice-imam de la mosquée de Boudah Ould El Bousseiri qu’Allah ait pitié de son âme. Par la suite, la famille a acquis une maison à Nouakchott qui ne désemplissait pas, surtout de parents et de proches.

« Je passais saluer L’émir Mohamed Vall Ould Oumere chez Sidi Ould Nekra »

Je me rappelle que l’émir Mohamed Vall Ould Oumère descendait souvent chez Sidi Ould Nekra notre voisin et je passais le saluer. J’ai fait connaissance à cette époque avec beaucoup d’adolescents qui faisaient l’école primaire. J’appris avec eux des rudiments de français qui m’ont permis de parler un tout petit peu la langue.

Chaab : Quand avez-vous commencé l’école moderne ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : je suis allé à l’école avec un peu de retard, je crois après l’âge de 9 ans. Une nuit nous avions eu la visite d’Ahmed Ould Mouneiya accompagné d’un de ses amis du nom de Mokhtar Ould Amar El Hasseni. Ils ont demandé à la maman si j’étais déjà entré à l’école. Non ! avait rétorqué ma maman qui voulait certainement que je retourne à l’école coranique.

Quoi qu’il en soit, ils ont décidé d’un commun accord que je parte avec Mokhtar le lendemain chez feu le ministre Sidi Mohamed Eddin pour qu’il instruise le directeur de l’école de m’inscrire. Avant delui remettre la note, le ministre a demandé à Mokhtar qui était cet enfant ? C’est le fils d’El Mokhtar Ould El Meidah. Il m’a bien accueilli et m’a donné dix mille francs, une fortune à cette époque : je n’exagère pas si je vous dis que cette somme était très proche du prix d’une voiture.

Quand nous avons apporté la note au directeur de l’école concernée, il a été impressionné. J’entrai ainsi à l’école 1 du Ksar. Son directeur était un grand homme qui boitille. Il s’appelait Monsieur N’Diaye Babali. Ce dernier m’a demandé la classe où je veux commencer. Je lui répondis le cp1. C’était la classe de mon ami Sidi Ahmed OuldKleib. C’est lui qui m’a appris à écrire mon nom en français.

Parmi mes instituteurs je me rappelle de Mohamed El Bou qui est devenu par la suite un speaker à la Voix de l’Amérique. J’avais beaucoup d’ambition et j’ai réussi à l’aptitude pédagogique et à l’institut d’agriculture de Kaédi et à l’école des instituteurs. Mais je ne voulais faire aucun de ces métiers. J’ai préféré être pigiste à la Radio Nationale. J’exerçais au département reportage et réalisation. J’étais brillant dans ces domaines.

Chaab : Depuis quand avez-vous commencé à vous intéresser à la musique et comment l’orchestre national que vous avez dirigé, à une certaine époque, a été fondé ?Aviez-vous une passion pour la musique pendant votre enfance étant donné que vous êtes le fils de El Mokhtar Ould Meidah qui était un des plus grands artistes musiciens de son temps ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Comme je l’ai déjà dit, ma mère qu’Allah ait pitié de son âme, ne voulait pas que je sois musicien. Pourtant je savais battre le tambour et mes amis appréciaient beaucoup mes prestations mais cela ne m’enchantait guère.

A cette époque j’imitais déjà un chanteur soudanais HassenKhalifa, de père mauritanien et de mère soudanaise. Surtout sa chanson « Eyam Lika jemila ». Et quand le président Moctar Ould Daddah est venu à Méderdra en 1965, j’ai été contraint de chanter ce morceau devant lui. Je l’ai fait à contrecœur mais il parait que le président a beaucoup apprécié. On me l’a présenté par la suite.

«Le Président Moctar Ould Daddah nous avait donné du méchoui à la plage »

Quand je suis revenu à Nouakchott, je suis allé un jour avec des amis à la plage pour pécher du poisson à l’hameçon. Sur le chemin du retour nous avons rencontré, à notre grande surprise, le Président Moctar Ould Daddah accompagné de Ahmedou ould N’Diak et Mohamed Abdellahi Ould Brehim qu’Allah ait pitié de leur âme. Nous sommes allés vers lui pour le saluer.

Le président et ses amis grillaient de la viande. IL nous demanda ce qu’on voulait faire comme métier à l’avenir. Deux d’entre nous affirmèrent vouloir être ministres. Mais moi je lui dis vouloir être artiste-chanteur ou commissaire de police. Ce qui avait fait sourire le Président qui nous donna un peu de méchoui. Quand je me suis éloigné, j’ai entendu Ahmedou lui décliner mon identité.

Quelques jours après, il chargea ce dernier, qu’Allah lui accorde une longue vie, de m’informer que je serai parmi un groupe d’étudiants envoyés à Conakry pour apprendre la musique. Naturellement j’ai accepté de gaieté de cœur. Le président a décidé de former des musiciens parce que lors d’un voyage à Conakry, il avait remarqué que chaque quartier populaire de la capitale guinéenne avait son orchestre. En plus d’un orchestre national.

Et c’est après une visite officielle du Président Guinéen Ahmed Sékou Touré à Nouakchott que le président Moctar lui a exprimé ses regrets de n’avoir pas pu l’accueillir avec un orchestre, faute de ne pas en avoir. Le président guinéen proposa alors à son homologue d’envoyer un groupe de jeunes mauritaniens à Conakry pour une formation dans le domaine.

Chaab : quels sont les jeunes qui ont bénéficié de cette formation à l’époque ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Nous étions treize à quatorze dirigés au début par Outhmane Ould Eleylwat.Je me rappelle aussi de Coulibaly Gani, Sall Ibrahima, Boyde Ould Saoud, Seydou Ba entre autres. Quelque temps après, nous avions été rejoints par Sidi Ould Kleib, Mohamed Neyfara qui était le meilleur joueur de flûte du groupe…

Nous avions pris l’avion pour Dakar d’abord, ensuite le gouvernement guinéen nous a envoyé un autre avion qui nous emmena à Conakry. Notre départ vers la capitale guinéenne avait coïncidé avec l’hivernage et nous sommes restés là-bas neuf mois sous la pluie battante.

Chaab : A votre arrivée à Conakry avez-vous aussitôt commencé les études ou attendu la fin de l’hivernage ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Nous avons aussitôt entamé les études. On nous a expliqué ce qu’était l’orchestra Bala et ses baladin, le wikilinki et le Bembaya Diaz…Nous avons passé par la suite des concours avec des orchestres de Conakry et nous en sommes sortis victorieux. Apres 15 mois de formation, nous sommes revenus dans notre pays.

C’était précisément le 25 novembre 1968. Deux jours après, notre groupe a animé les festivités de l’indépendance nationale et notre prestation a été jugée fabuleuse. Ce qui m’a valu d’être invité en pleine cérémonie par le parlementaire Youssouf Koïta qui a m’offert chez-lui, deux cadeaux substantiels à l’orchestre et à moi.

Chaab : Avez-vous pu adapter la musique mauritanienne aux genres musicaux appris en Guinée ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Je vous informe que les modes musicaux maures (maqamat)‘kar’, noir et blanc existaient déjà dans l’épopée mandingue qui est le fondement des musiques soninké, soudanaise, érythréenne et celles de toute la Corne de l’Afrique et même du sud-est asiatique… Je me rappelle qu’on s’était équipé de plusieurs instruments musicaux et chaque instrument avait son ornement mélodique. Ce qui a donné un nouveau lustre à notre musique et en particulier à chaque instrument.

Chaab : Après votre belle prestation lors des festivités de l’indépendance avez-vous fait une tournée dans les villes de l’intérieur ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Oui, nous avions fait une tournée au nord en particulier à Atar, Zouérate et Nouadhibou. Nous avions aussi composé une chanson à l’occasion de la création de notre nouvelle monnaie nationale, l’Ouguiya. C’est le morceau : « Ya nass chouva oumletna » : un texte de feu Mohameden Ould Sidi Brahim et une composition musicale de moi-même. J’ai été nommé Chef d’orchestre après le décès d’Outhmane Ould Eleylouat dont j’assurais l’intérim.

Chaab : Nous avons remarqué que vous comparez des fois,la musique nationale à la musique mondiale. Quels sont leurs points communs et leurs différences ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : la musique mondiale est le plus souvent septénaire alors que celle de la Mauritanie est plutôt quinquénaire. Il y a donc des notes qui n’existent pas dans l’instrument musical local. Mais ce qu’on appelle « Al Oubra » peut jouer la basse et le medium et donner, comme je l’ai déjà dit plus haut, plus de lustre à l’ornement mélodique propre à l’instrument.

Chaab : Il y a un autre aspect de votre vie qui peut échapper au public. Je veux parler de votre militantisme au sein des kadihines. Comment avez-vous pu concilier vote vie d’agent de l’Etat et celle de militant d’un mouvement clandestin ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah :Le militantisme dans les mouvements clandestins était une mode à l’époque et beaucoup de jeunes s’y étaient mis. Personnellement, toutes mes chansons étaient plus ou moins engagées politiquement. Je chantais souvent des poèmes de Nizar Kabani qui disait en substance :

« Tout poème contemporain ne portant pas la colère de l’époque est une fourmi boiteuse.

Ma poésie appartient à mon pays.

Il ne m’importe guère qu’elle soit bénie ou pas par le ciel. »

J’ai chanté la poésie des kadihines en particulier celle de Feu Mohamed Cheine Ould Mouhamadou. J’ai aussi chanté les textes de Ahmedou Ould AbdelKadr. Durant mon séjour à Conakry, je suivais avec attention ce qui se passait dans mon pays à travers des correspondances avec des amis militants. C’est ainsi que j’ai été informé du massacre des travailleurs de Zouérate. A mon retour à Nouakchott, notre maison était devenue un lieu de rencontres de la classe politique « révolutionnaire ».

Chaab : Avez-vous déjà subi des tracasseries ou des harcèlements du fait de vos positions politiques ?

Hadrami Ould El mokhtar Ould El Meidah :

« Le cri de l’opprimé »

Oui un jour, je devais voyager à Nairobi par voie aérienne et j’ai été empêché de partir. Je me rappelle aussi qu’un jour, on m’a arrêté avec Mohamed Ould Moichine mais j’ai été libéré avant d’arriver au commissariat. En réalité le combat politique était déterminant pour moi. Ma voiture était toujours remplie d’exemplaires du journal du mouvement clandestin : « Le cri de l’opprimé ». J’ai une qualité qu’il faut bien me reconnaitre, celle de ne jamais mentir intentionnellement. Si les limiers me posaient une question je disais strictement la vérité.

Chaab : que représente pour vous le 16 mars ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : Le matin du 16 mars, j’étais sur le chemin de Ehl Mokhtar Ould Meidah à Sebkha. Je rappelle que j’avais oublié mon portefeuille dans la maison où j’avais passé la nuit. Quand je suis revenu sur mes pas pour prendre le portefeuille, c’est une fille de la maison qui me l’a remis et m’a informé qu’elle a aperçu le colonel Ahmed Salem Ould Sidi à la Radio.

C’était incroyable pour moi. Je me suis alors dirigé vers la radio pour voir de mes propres yeux. Arrivé sur les lieux, j’ai vu des militaires à la porte qui tenaient les badauds à distance. J’ai alors emprunté l’avenue Jemal Abd Nasser pour revenir sur mes pas. C’est ainsi que j’ai rencontré Mahmoudy Ould Boukhreiss qui m’a informé de la tentative de coup d’Etat. Je suis alors rentré chez-moi. Le soir, à ma grande surprise, j’ai été arrêté et conduit à la direction des sapeurs-pompiers où j’ai trouvé devant moi Bamba Ould Sidi Badi, Ahmedou Ould Abdallah,cheikkha Ould Boydiya, Me Ahmed Ould Ichidou et bien d’autres. Et j’ai dit, Ould Waled aussi, que si on savait d’avance qu’on serait arrêté on ne se laisserait pas faire.

Chaab : Venonsà votre passage à la SNIM ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah: La MIFERMA a été nationalisée en 1974 à l’occasion de la fête de l’indépendance nationale cette même année. L’ingénieur centralien Ismaël Ould Amar fut aussitôt nommé administrateur directeur général de la société. Je l’ai rencontré et je lui ai demandé s’il pouvait m’embaucher dans sa boite. Il a accepté. « Faites vite Monsieur le directeur » lui ai-je dit car le Président Moctar Ould Daddah pouvait m’empêcher d’avoir le poste.

Et le 25 septembre 1975, je fus recruté après avoir subi un test ; j’étais affecté au service Accueil et Voyages. Je suis resté à ce poste jusqu’en 1992. Je suis ensuite entré à la SAMIA sous la direction de Mohamed Yahdheh ould Moctar Ould El Hacen. J’ai travaillé aussi à la COGITRAM avec mon ami Mohamed Ould Bouamatou. Je suis un peu plus âgé que lui mais c’est un ami d’enfance. Je rappelle que j’ai composé à cette époque une chanson devenue mythique.

Chaab : Avez-vous encore des enregistrements de vos chansons ?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah: Oui j’ai fait une chanson avec mon ami Sedoum Ould Eydah. Ce sont les filles de Cheikhna Ould Mohamed Lagdhaf qui m’ont mis en relation avec lui. J’ai été impressionné par sa voix. Mon père Mokhtar disait que la guitare de Sedoum avait un timbre rauque. Nous avions fait la chanson avec Dah Ould Bate, Mohamed Ould Haroun, Dimi Mint Abbeet Betty Mint Choueikh qui était brillante.

Chaab : Vous avez été pigiste à la Radio dites-vous. Votre expérience avec la presse s’est-elle arrêtée là-bas?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah: Non, j’écrivais aussi des articles dans les colonnes du Journal Chaab que les amis journalistes Yahavdhou ould Zein et M’Bareck Beyrouck supervisaient.

Chaab : En tant qu’ancien dirigeant de l’association des parents d’élèves, par où, à votre avis doit commencer la réforme de l’Education?

Hadrami Ould El Mokhtar Ould El Meidah : « Elle a transformé un poète nostalgie en un poète réaliste » : je veux parler de mon expérience à la tête de cette association qui ne manque ni d’anecdotes plaisantes ni d’intérêt. Ce sont des voisins Mohamed Hamed Ould Hemdeit, Salem Ould Boubott et Mohamed Mahmoud Ould Hamadi qui m’ont un jour manifesté leur inquiétude sur le fait que les enfants n’apprenaient plus correctement et m’ont demandé de trouver ensemble un moyen d’assurer le suivi de leurs études. Nous avions ainsi mis sur pied en 1999 une association de parents d’élèves dans notre moughataa.

Ensuite d’autres moughatas ont fait de même. Je suis allé dans ce cadre à Tambacounda au Sénégal et nous avons constaté que les populations avaient également les mêmes problèmes. Nous sommes aussi allés à Brazzaville au Congo. Le premier président de l’Association fut Mohamed Vall Ould Lemrabott. Ensuite j’ai été élu à sa place en 2015. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés faute de l’appui de l’Etat et des organismes internationaux comme l’UNICEF.

« Premièrement les parents d’élèves, deuxièmement les parents d’élèves et troisièmement les parents d’élèves ».

Au sujet de la réforme de l’Education, je dirais ce qu’avait dit Shakespeare du théâtre : « le théâtre c’est premièrement un scenario, deuxièmement un scenario et troisièmement un scenario ».La réforme de l’éducation c’est aussi, à mon entendement, « premièrement les parents d’élèves, deuxièmement les parents d’élèves et troisièmement les parents d’élèves ».

Si les parents jouent leur rôle et sont reconnus comme de vrais partenaires et si on leur donne les moyens du suivi, la reforme de l’éducation sera tout à fait possible, sinon nous aurons des écoles sans enseignants avec des classes en surnombre et des infrastructures scolaires en dégradation avancée.

Dans ces cas le processus éducationnel sera forcement contreproductif et nous fera voir des scènes insoutenables :une vielle qui conduit sa fille unique à une école située à 12 km et qui n’a pas d’autres choix parce qu’elle ne peut pas la laisser partir seule… des scènes comme çaon en compte beaucoup. On voit même des enseignants qui abandonnent les salles de classes, ne se souciant nullement des études des enfants et de leur avenir. Tout ce qui leur importe c’est de toucher leur salaire à la fin du mois. Et tant que les choses seront comme ça. Ne vous attendez pas à une reforme efficace. A mon avis, il faut bien revoir la situation.

Chaab : votre dernier mot si vous en avez ?

Hadrami Ould El mokhtar Ould El Meidah: Je souhaite au peuple Mauritanien du progrès et beaucoup de prospérité.je lui souhaite aussi qu’il soit patriote et que toutes ces espérances se réalisent. Ce serait un immense bonheur pour moi que de voir les pères réussir l’éducation de leurs enfants. Ces derniers ne peuvent miser sur rien de mieux que leur progéniture. Si les petits sont livrés à eux-mêmes, ce sera une catastrophe. Et c’est la relève et la génération future qui seront sacrifiées.

Propos recueillis par : Sidi Moustapha Ould BELLALI

Source : Horizons 

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