Une mère délivrée…

Photo de profil de Mohamed Lemin, L’image contient peut-être : Mohamed LeminSarah alla chercher de l’aide et revint bientot flanquée de Baraketou et de Soueilma. Elles transportèrent Mariétou à l’intérieur de la case et Sarah courut appeler la matrone. Quand la matrone arriva, son oeil exercé lui fit comprendre la situation.
- Elle a commencé ses labeurs, dit-elle sans la moindre émotion. Cela va prendre du temps, car elle n’est qu’à ses débuts. Continuez à la surveiller, quand les douleurs deviendront de plus en proches avisez-moi.
Puis elle s’en fut. Tard dans la nuit les douleurs se multiplièrent et Baraketou qui était restée pour la nuit alla informer la matrone de l’évolution de la situation. Lorsque la matrone arriva Marietou se tortillait sous l’effet des terribles douleurs, mais c’était surtout l’effet anticipé de la naissance qui la torturait le plus. Voyant que la naissance était imminente, la matrone s’affaira avec le bas-ventre de Mariétou.
- Pousse, pousse , plus fort, ahane, cesse de te crisper!, ordonna la matrone.
Attérée par la perspective de la naissance prochaine, Mariétou suivait à la lettre les instructions de la Matrone. Elle bloquait sa respiration, poussait, criait sans arrêt. Tous les muscles de son abdomen et de ses cuisses étaient tendus à se rompre.
- C’est incroyable! De ma vie je n’ai jamais rencontré un enfant aussi têtu. Chaque fois que je le place dans la bonne position pour naitre, il fait une pirouette pour se présenter les pieds à l’avant.
Toutes les tentatives de la matrone pour mettre l’enfant dans la bonne position pour la naissance échouérent. Exténuée, Mariétou sentit tous ses muscles se relâcher, un tremblement incontrolable secoua tout son corps du nombril aux pieds et ses cuisses flageolèrent. Malgré ses souffrances, Marietou continuait de répéter les mëmes prières:
- Ya latif, Ya latif, Ya Gharibou El Varaji!
(Ô toi le Bienveillant! Ô toi, le Bienveillant! Ô toi dont la déliverance et si proche)
La matrone continuait d’exercer les pressions sur l’abdomen de Mariétou qui hurla tout d’un coup comme une bête blessée. Puis, après toutes ces violences physiques et psychologiques ce fut le calme. Le premier cri de l’enfant sous l’effet de l’air chaud brûlant pénétrant pour la première fois dans les petits poumons, parvint aux oreilles de Mariétou comme une douce musique, lui procurant cette indescriptible sensation que seule peut connaître une mère délivrée. Un large sourire éclaira le visage de Mariétou baigné de sueur et de larmes, et toutes les douleurs et inquiétudes précédentes disparurent comme par enchantement.
- Et voila un magnifique petit esclave têtu comme une mule qui a mis du temps pour accepter de sortir de sa retraite douillette, dit la matrone taquinant Mariétou.
Lorsque la matrone posa le nouveau né encore tout chaud sur sa poitrine, Mariétou déglutit et ferma les yeux pour savourer ce moment merveileux qu’elle avait attendu avec tant de patience.
- Je vais juste le nettoyer, le couvrir et te le ramener, dit la matrone en reprenant le tout nouveau venu.

Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou
Extrait de “Zram ou La Saga dsa Mreiba”

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