« A quelque chose malheur est bon » ? Peut-il en être pour la BCM ?

Le déficit de la caisse devises de la Banque Centrale vient confirmer les défaillances du système d’informations et de sécurité de l’institution. Il est annonciateur d’une situation compromettante accentuant les reproches cumulés ces dernières années, suite à l’improvisation et au non-respect des procédures qui en faisaient, jadis, la force et imposaient le respect.

Deux informations circulent, qui, si elles sont avérées, rendent sceptiques sur la transparence dans la gestion : La dépendance de la caisse centrale et du contrôle de la même direction et la privation du contrôle d’agir sans accord du gouverneur. Etait-ce là  la raison de la lenteur et de l’inaction des services d’inspection de la BCM, qui ont assisté passivement, au croulement de certaines banques récemment créées ?

Ces faits sont tout simplement stupides, et la première décision que le gouverneur récemment nommé, qui est un professionnel, devrait être l’annulation pure et simple d’une telle bévue, s’il ne l’a déjà faite. Car il ne peut pas exister de gestion transparente sans un contrôle indépendant.

 

Non-respect des procédures

Et par la même, engager un changement en profondeur, pour extirper, à la fois, les mauvaises graines et les mauvaises habitudes. C’est l’occasion de procéder à une lessive pour donner à l’institut d’émission cette chance de retrouver ses marques d’antan, de jouer le rôle de souveraineté en matière de régulation du marché monétaire, de la maîtrise des prix et de la relance économique.

Afin de donner l’exemple à la pléthore d’institutions portant le nom de banque, dont plus de la moitié sont récentes, qu’il s’agit d’un métier impactant la vie économique, et non un moyen d’enrichissement illicite, dans une concurrence déloyale, à atteindre coûte que coûte. Et permettre ainsi, à la BCM, de rompre avec cette mauvaise image qu’on a d’elle, d’être le foyer de malversations, souvent étouffées, tant et si bien que toutes les démonétisations opérées ces dernières années sont suspectées d’être des opérations malsaines.

Certes, la politique a pesé de tout son poids pour enfreindre le cours normal des choses. Elle est entrée là où elle ne devrait pas être.

La politisation de certaines pratiques et agissements, (nominations inopportunes, inobservation des règles d’usage…) en dehors des normes généralement admises, et du non-respect des procédures, ont bafoué l’harmonisation et la hiérarchisation des méthodes et pratiques et ont fait disparaître les bonnes manières, le flair et l’instinct professionnels, tant et si bien qu’il est ressenti un certain retard dans les interventions et prises de décision, qui ont aidé à la déconfiture du système bancaire et financier, en général.

C’est le constat amer de celui qui est dehors, et qui ne peut que refléter une idée de ce qui se passe à l’intérieur. Et voilà que l’on parle de déficit en monnaies étrangères (devises), somme toute logique, de millions de dollars, qui, pour autant, n’exclut pas qu’il en soit de même pour la monnaie locale. Et pour quel volume, On ne peut le savoir encore?

Ce qui est sûr est que ce n’est pas un fait du hasard, encore moins, une excursion de dernière heure. Le forfait date de quelque temps, il me semble, et ne peut pas être celui d’une petite caissière, même si tous les systèmes de sécurité sont défaillants. Seulement, n’interférons pas, laissons le contrôle suivre son bout de chemin. Ils entendront beaucoup de choses, des vérités et leurs contraires, mais la vérité, comme les faits, est têtue, elle est plausible, et sera connue.

Pour la banque centrale, l’objectif doit être, de provoquer un contrôle général pour déterminer la situation réelle des encaisses (solde monnaie locale et monnaies étrangères). Comme quoi, « à quelque chose malheur est bon » ?

 

Contrôle défaillant

Pour un besoin de curiosité, il importe de savoir si le département de l’Audit a procédé à un inventaire physique actualisé lors de la passation de service entre les gouverneurs sortant et entrant,(Janvier 2020), à défaut de quoi, le déficit serait important.

Autant la responsabilité incombe à la caisse centrale où les montants ont été substitués, autant le contrôle interne de la Banque, et même le contrôle externe (les commissaires aux comptes), assermentés, ont leur part de responsabilité, si les malversations ont duré dans le temps, sans  être soulevées. Ce qui peut être qualifié de négligence de leurs parts respectives. Les commissaires aux  comptes ont en charge la certification des comptes de l’institution, dont les résultats sont présentés, à chaque fin d’exercice, au président de la République. Pour l’occasion, les comptes de résultat de l’exercice 2019, doivent être clôturés et certifiés, par lesdits commissaires, avant le 31 mars 2020, après les régularisations de toutes les écritures se rapportant à l’exercice.

Pourtant, dans la pratique, le principe de contrôle des caisses est tout simple si l’on s’en tient à l’application des procédures.

Solde du jour= Solde veille+Entrées-Sorties

Sachant que ce solde est aussi bien déterminé par le service de la Caisse que par le service du Contrôle des caisses, au jour le jour. L’arrêté contradictoire exige la conformité des montants physiques et le solde comptable et/ou informatique.

Il est vrai que l’impression semble impossible, a priori, de procéder à ce contrôle de manière quotidienne comme exigé par les procédures.

C’est pourquoi le caissier principal, à réception des journaux certifiés par les caisses secondaires et le contrôleur des caisses, procède au comptage physique des reliquats, montants en dessous du million, et les paquets de millions font l’objet de vérification par le contrôle de caisse avant transmission au caissier principal.

Il s’agit là de ce qui se passe au niveau de la caisse principale, un préalable qui rassure sur le déroulement et la sécurisation des opérations. Il a l’avantage de découvrir les malversations assez tôt, au lieu de perdurer.

Par ailleurs, un département est chargé de l’Audit et du contrôle de la Banque dans son intégralité, et des opérations de caisses en particulier. Il a en charge le pouvoir décisionnel de préparer un éventuel inventaire et en définit les orientations et la nature en fonction des informations disponibles.

Ainsi le contrôle physique peut porter sur la monnaie locale, la monnaie étrangère et les chèques de voyages, selon le cas qui s’impose. Et peut être provoqué sous deux formes :

1/ Un contrôle de routine, où un inventaire se fait de manière inopinée, 1 à 2 fois par mois. Aucune date, ni heure, ni jour n’est fixé, au préalable pour l’exécution de cette opération.

Dans ce cas, il est procédé à :

  • inventaire de masse, d’abord les paquets de millions sont comptés et la vérification s’effectue par liasses de dizaines puis par centaines. Les montants en dessous du paquet des coupures de leurs natures sont comptés physiquement à l’unité. Enfin, quelques paquets de millions sont choisis au hasard et comptés à l’unité.
  • Inventaire à l’unité, à ce niveau et selon le cas de nécessité absolue, l’équipe procédera à un inventaire physique de la monnaie et à l’unité (billet par billet).

Au cas où il s’agit de monnaie étrangère, le contrôle physique s’effectue obligatoirement devise par devise, coupure par coupure, et billet par billet. De même, les chèques de voyage, sont inventoriés physiquement par correspondant et par devise.

2/ Un contrôle improvisé, qui s’effectue suite à un dysfonctionnement signalé par le caissier principal, ou à des informations portées à la connaissance de l’Audit et contrôle, à caractère grave, au niveau des caisses.

Le résultat du contrôle est notifié dans une pièce différence de caisse, selon qu’il s’agit d’un déficit ou excédent et porté à la connaissance de la hiérarchie. Il fait l’objet d’une écriture comptable qui s’impose en attendant la régularisation envisagée.

Dy ould Hasni ould Moulaye Ismail

Auditeur Interne, Banque-Finance

Agréé auprès des tribunaux

Le Calame

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