Affaire Madoff mauritanien : La justice prend-elle la défense de Cheikh Rida ?

Affaire Madoff mauritanien : La justice prend-elle la défense de Cheikh Rida ? L’Authentique – Les créanciers de Cheikh Ridha, sont-ils en train de perdre leur combat contre le Madoff mauritanien, l’érudit Cheikh Rida ?

Cette issue est fort probable depuis que la semaine dernière, la justice a décidé de faire fi de la personne du Cheikh et d’ouvrir une procédure de liquidation judiciaire contre son bureau commercial de l’accusé. L’affaire Cheikh Rida est-elle en voie d’être close au désavantage des créanciers ?

Tout porte à la croire avec la dernière décision du Tribunal de commerce qui s’en est saisie ! Alors que les centaines de victimes, désemparées, dépossédées de leurs biens fonciers s’attendaient à une indemnisation, voilà que l’affaire prend une tournure qui risque de favoriser l’accusé.

Il importe de rappeler que le tribunal de commerce de Nouakchott a statué, la semaine dernière, sur l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire contre le bureau commercial de Cheikh Ridha, le Tribunal commercial circonscrit les revenus de ce dernier à son seul Bureau. Conséquence : une déclaration de faillite dudit Bureau protégerait l’incriminé qui ne serait plus amené à dédommager ses victimes.

Forts de cet état de fait, les avocats des plaignants ont immédiatement interjeté appel rappelant en substance que le tribunal n’a pas entendu tous les agents exécutants de Cheikh Ali Ridha qui ont signé les contrats de dettes, qu’aucune institution n’est enregistrée légalement au nom de Cheikh Ridha ou ses partenaires et que « dans sa décision, le tribunal n’a pas qualifié Cheikh Ali Ridha (Photo ci-contre) comme étant un commerçant ».

Le judiciaire

L’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire contre le bureau commercial de Cheikh Ridha Mohamed Naji a été prise par le magistrat Oumar Saleck Cheikh Sidi Mohamed qui a nommé un juge délégué chargé de veiller sur le déroulement rapide de cette procédure et de protéger tous les intérêts conformément aux dispositions du Code de commerce.

Il a été également décidé de nommer les experts Mohamed Abdallahi Mohamedou, Ahmed Ould Baba Ahmed et Tijani Ould Salem, syndics de faillite chargés de mener les opérations de liquidation sous la supervision directe du juge délégué et sous l’autorité du tribunal. Le tribunal a décidé par ailleurs de convoquer les créanciers afin de déclarer leurs dettes comme il a été ordonné d’enregistrer immédiatement cette décision au registre du commerce, de l’afficher sur le tableau des annonces de la Cour et de publier l’avis dans un journal habilité à diffuser les communiqués judiciaires ainsi qu’au Journal officiel dans un délai de huit jours.

Pour les plaignants comme pour leurs avocats, le processus judiciaire risque d’être biaisé. Nourrissant jusque-là l’espoir de retrouver leurs biens par la force et l’assistance de l’État, nombreux sont ceux qui commencent à déchanter, persuadés qu’ils sont que l’Autorité publique ne veut pas s’engager dans cette affaire et par conséquent, n’est pas prêt à dédommager à ses frais les victimes. Situation difficile pour les victimes quand on sait que le cheikh Aly Ridha a déjà annoncé sa repentance à Dieu et aux créanciers, pour les dettes qu’il a contractées, au cours des 5 dernières années ainsi que la fermeture de son « bureau commercial », qui dirigeait les opérations de transactions immobilières en son nom.

Au début…

En 2008, en pleine crise financière, un scandale financier avait entrainé l’arrestation et la condamnation de Bernard Madoff à 150 ans de prison. Madoff avait mis en place une escroquerie de haute volée sur le principe de la pyramide de Ponzi. Le schéma de Ponzi fonctionne de la façon suivante : un promoteur demande de l’argent en échange d’un investissement dans son projet. Il y a souvent, la promesse d’un rendement très important à la clé.

Au départ, les premiers investisseurs vont vraiment avoir les hauts rendements ou prix escomptés. Ceci attire les gens qui vont placer de plus en plus d’argent. L’argent des nouveaux arrivants sert à payer les premiers arrivants. Jusqu’au moment ou l’argent tarit, il y a écroulement de la pyramide.

Le cheikh Aly Ridha avait agi de la sorte, près de 5 ans durant (2013- 2018). Ce Madoff mauritanien, de sa vraie profession marabout du Président Ould Abdel Aziz et son implication avérée dans la levée de fonds pour la construction du nouvel aéroport de Nouakchott a véritablement hypothéqué l’économie du pays. Le marabout du président achetait des centaines de villas, de maisons, de voitures et même du mobilier, à des prix surévalués sur une échéance de deux ans et les revendait à moitié prix reversant le cash ainsi récolté à Ahmed Saleck Ould Bouh dit Sahraoui, empêtré dans le bourbier du marché de construction du nouvel aéroport.

A l’échéance, Sahraoui propose aux créanciers des terrains au prix fort à prendre ou à laisser. Des milliers de familles sont aujourd’hui ruinées, et depuis, tout le marché de l’immobilier est sens dessus dessous et le marabout du président reste intouchable, jouissant d’une incroyable immunité et de la protection du président sortant lui-même dont il est le marabout attitré. D’ailleurs l’une des premières opérations avait abouti à la vente de la maison d’un proche à un très proche du régime de l’époque.

Depuis qu’il a déclaré faillite, le Cheikh a disparu de la scène publique, limitant ses rares déplacements à l’intérieur de son gigantesque ranch situé sur la route d’Akjoujt fortement protégé par la Gendarmerie. L’homme a échappé plusieurs fois à des tentatives d’agressions de ses victimes.

Ces dernières se sont organisées en collectif pour défendre leurs intérêts, organisant constamment des sit-in devant la présidence de la République ou aux portes du ministère de la Justice, pour faire entendre leurs voix et réclamer justice.

Le silence constaté jusque là du gouvernement sur les agissements de ce Monsieur incrimine le pouvoir exécutif de l’époque et son chef. Il montre que la police des crimes économiques, qui est instrumentalisée pour pourchasser des syndicalistes, des journalistes et des élus et qui n’a pas inquiété ce spéculateur, a délaissé sa mission fondamentale et principale qui est de sévir contre les crimes économiques.

L’affaire Cheilh Rida est une véritable « patate chaude » que l’ex régime a « exprès » léguée au Régime actuel. En recevant les victimes et en les orientant vers la Justice, le nouveau ministre de la Justice a trés tôt affiché sa disponibilité pour leur trouver une issue heureuse. Avec la tournure des événements, tout indique que ce n’était qu’utopie. Ce n’est pas demain que ces derniers vont retrouver leurs droits.

N.H

Via cridem
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