« Le paradoxe mauritanien » dans le contexte de la guerre contre le terrorisme

Dr. Safia Amar – L’article du Dr. Zekeria Ahmed Salem intitulé «Repenser le paradigme de l’Etat Faible à la lumière de la guerre contre le terrorisme : éléments de preuves à partir du cas de la République Islamique de Mauritanie» paru dans le volume 40 de POMEPS Studies (Université George Washington – Juin, 2020) est une contribution éclairée à la réflexion sur la résilience des états faibles à partir de l’étude du cas de la Mauritanie.

L’étude de cas s’appuie sur deux constats principaux. Le premier porte sur la classification de la Mauritanie comme « Etat Faible » et le second sur sa surprenante réussite à contrecarrer la menace terroriste.

En effet, compte tenu de sa position géographique contraignante, de la médiocrité de sa gouvernance, de son histoire chargée de coups d’états à répétition et des tensions ethniques qui y persistent, ce pays illustre bien le concept d’Etat faible et pourrait, à ce titre, constituer le maillon le plus fragile du Sahel du point de vue sécuritaire. Cependant, malgré l’instabilité du contexte politique national et régional, cet Etat faible a réussi à devenir une référence en matière de politiques efficaces de lutte contre l’extrémisme violent au moment où des pays plus stables et plus démocratiques s’effondraient sous la pression du djihadisme.

L’article propose une interprétation alternative de ce « paradoxe mauritanien » et rejette celle, peu crédible, d’une trêve officielle avec les leaders d’Al Qaeda suggérée par les archives de Bin Laden saisies par les Etats Unis en 2011. Une minutieuse reconstruction de la récente trajectoire politique du pays a permis à l’auteur d’affirmer que la Mauritanie, qui reste malgré tout un Etat faible, a curieusement su tirer parti d’un certain nombre d’opportunités stratégiques et utiliser une combinaison efficace d’efforts de stabilisation interne, de politiques sécuritaires et de programmes de déradicalisation pour mettre la menace terroriste en échec.

Même si la pérennité d’un tel succès peut sans doute être contestée, l’auteur note cependant que le cas de la Mauritanie interpelle notre approche de la résilience des états africains et arabes aux menaces sécuritaires. Ses choix politiques et son opportunisme stratégique ont assurément permis à la Mauritanie d’échapper à l’instabilité de la région, de consolider son statut de pays affranchi du djihadisme et de devenir une force stabilisatrice.

Toutefois, le succès dans la gestion des questions sécuritaires prenant souvent le pas sur des considérations plus significatives liées aux capacités de l’Etat, force est de constater que le pays fait aujourd’hui face à de multiples défis économiques, politiques et sociaux.

En conclusion, l’analyse de la trajectoire politique récente de la Mauritanie dans le contexte de la guerre contre le terrorisme au Sahel remet en question notre compréhension des mécanismes de résilience des Etats faibles aux menaces sécuritaires même si elle confirme par ailleurs le rôle que jouent les moteurs de l’insécurité (pauvreté, absence de démocratie et de développement, corruption, inégalités, etc.) dans la persistance de la menace extrémiste quel que soit le niveau d’efficacité de la politique sécuritaire mise en œuvre.

Un article de fond, bien réfléchi et bien écrit. L’auteur s’appuie sur le « paradoxe mauritanien » pour souligner la nécessité de repenser le paradigme de « l’Etat Faible» à la lumière des surprenantes capacités des états à tirer profit des opportunités offertes par des contextes géopolitiques dynamiques.

Excellent travail de recherche. Bravo !

Dr. Safia Amar, Université de Nouakchott

https://pomeps.org/rethinking-the-weak-state-paradigm-in-light-of-the-war-on-terror-evidence-from-the-islamic-republicof-mauritania

Via Cridem

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