Réponse COVID-19: La Lutte Contre Le Paludisme Au Cœur de l’Action / Par Anthony Ngororano, Représentant Résident du PNUD en Mauritanie

Depuis l’année 2000, onze pays ont été déclarés indemnes de paludisme et plusieurs pays sont en voie d’éliminer cette grave maladie. Le paludisme reste, cependant, un problème de santé publique important en Mauritanie avec le recensement de 150 000 infections annuelles en moyenne, le classant comme la troisième cause de morbidité, après les maladies respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques.

Le paludisme est l’une des maladies les plus meurtrières dans le monde.  En 2018, il y a eu 228 millions de cas et 405 000 décès dus au paludisme, égale au nombre de morts enregistrées jusqu’ici de COVID 19, avec 94 % de l’ensemble des décès en Afrique. Ce sont les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans qui courent le plus de risque en raison de l’affaiblissement de leur système immunitaire.

De plus, partout dans le monde, l’inégalité entre les sexes entrave l’accès à la prévention et aux soins. Tendre la main aux plus vulnérables, en particulier aux personnes déplacées, est un facteur de succès majeur de lutte contre le paludisme, comme contre toutes les autres épidémies.

La pandémie de COVID-19 représente une nouvelle menace pour la mise à disposition de services antipaludiques. Alors que le virus commence à se propager, les preuves suggèrent que l’augmentation soudaine de la demande de services de santé peut entraîner une augmentation substantielle de la morbidité et de la mortalité dues à d’autres maladies, dont le paludisme.

Des progrès dans la lutte contre la maladie dans le monde sont actuellement réalisés grâce à des efforts massifs de lutte antivectorielle, notamment la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations (PIH); la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à imprégnation durable (MID), les tests de diagnostic et les thérapies combinées à base d’artémisinine (TCA).

La Mauritanie et 26 autres pays africains, qui représentent 85% des cas de paludisme et des décès dans la région, prévoient de mettre en œuvre des campagnes de masse en MID d’ici la fin de 2020.

Selon l’OMS[1], il est essentiel que les pays d’endémie palustre minimisent les perturbations de la prévention et du traitement du paludisme pendant la réponse à la COVID-19. Ne pas le faire pourrait entraîner des pertes catastrophiques en vies humaines.

Le Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie, en partenariat avec le Fonds mondial, lancera donc une campagne par le biais du Ministère de la Santé et le Secrétariat Exécutif National de Lutte contre le SIDA (SENLS) pour distribuer              1 million de moustiquaires longue durée, imprégnées d’insecticide, dans 7 Wilayas comprenant: le Hodh Echargui, le Hodh Elgharbi, l’Assaba, le Tagant (Tidjikja et Moudjéria), le Gorgol (Kaédi), le Brakna (Aleg) et le Guidimagha (Sélibaby, Ghabou).

Le projet, d’un montant de 2 674 214 $ ou approximativement 99 480 760 MRU, est soutenu par le Fonds Mondial. La lutte antivectorielle est l’une des méthodes les plus importantes pour prévenir et réduire le risque de transmission et ce nouveau partenariat fournit donc une base solide pour aider à éliminer le paludisme une fois pour toutes.

Le calendrier de ce type de campagne, que l’OMS recommande de mener une fois tous les 3 ans, est critique car la pandémie COVID 19 se propage à un moment coïncidant avec la haute saison – entre juillet et octobre – lorsque les pluies saisonnières alimentent l’augmentation de façon massive des essaims de moustiques.

Cette distribution gratuite de Moustiquaires aidera le Gouvernement Mauritanien à lutter contre la malaria en vue de protéger les ménages contre les piqures de moustiques. Pour optimiser l’exécution du présent projet et garantir un transfert de compétences au terme de celui-ci, des appuis seront déployés à tous les échelons du Ministère de la santé à travers ses directions centrales et régionales. Le projet prévoit l’implication étroite des communautés bénéficiaires et des organisations de la société civile.

 

Le Ministère de la santé veut maintenir les efforts destinés à prévenir le paludisme en distribuant des moustiquaires aux ménages et en appliquant les meilleures pratiques pour protéger les agents de santé et les communautés de l’infection par le virus de la COVID-19.

Le dispositif des relais communautaires déployés dans la lutte contre la COVID 19 sur le terrain et déjà en contact avec les ménages, sera utilisé dans la distribution des MID dans les Moughataas pour la continuité des actions de lutte contre les maladies transmissibles parallèlement à la lutte contre la COVID 19.

Cela dit, les progrès dans la lutte contre le paludisme, bien que spectaculaires, restent fragiles. Dans l’ombre de la pandémie pour la Mauritanie et ses partenaires, il est plus important que jamais d’intensifier la lutte contre le paludisme en augmentant les ressources financières et techniques, la recherche de pointe et une plus grande mobilisation politique. Le lancement de ce nouveau partenariat constitue une étape importante et salutaire dans cette direction.

 

[1] The potential impact of health service disruptions on the burden of malaria a modelling analysis of for countries in sub-Saharan Africa (2020)

le calame

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