Deme Aziz : « La démocratie ne peut fonctionner avec une presse qui serait en permanence au bord du précipice économique »

File:Mauritanie-Dépénalisation des délits de presse.jpg ...Dans notre vie de tous les jours, l’information joue un rôle marquant et crucial, que ce soit par le biais de la télévision, de la presse ou d’Internet, tout le monde ou presque se tient au courant de l’actualité tant locale que nationale et mondiale.

La presse écrite peut se définir par l’ensemble des journaux, quotidiens ou périodiques, locaux ou nationaux, qui sont chargées de diffuser l’information par le biais d’un support écrit. Cependant, depuis quelques années déjà, la presse écrite est durement touchée par une crise sans précédent, qui est par ailleurs aggravée par la crise économique je suis pas spécialiste de la presse mais c’est un avis de citoyen comme tant d’autres.

Cette crise est due à mon humble avis de nombreux facteurs, c’est aussi bien l’arrivée et la percée sur le marché la généralisation d’intérêt et les réseaux sociaux.
Que se passe-t-il ?

Pour équilibrer ses comptes, une entreprise de presse recourt essentiellement à deux types de ressources : les recettes de ventes (55 à 70 % du total), les recettes de publicité (30 à 45 %). Lorsque les recettes de publicité diminuent, le prix de vente du quotidien augmente. Si la progression du prix est jugée trop forte en Ouguiya, le lecteur se tourne vers d’autres moyens d’information qui sont ou qui lui paraissent moins coûteux internet watsap et autres.

C’est le cas actuellement. La part de la presse quotidienne dans les recettes publicitaires a diminué. Parallèlement, le prix moyen des journaux sur la même période est passé de 100 à 200 UM soit une augmentation de 50 %. Dans le même temps, la diffusion de la presse quotidienne à baisser ces derniers année est l’imprimerie qui cherche à faire des profits tape fort sur le porte monnaie des patrons de presse.

Des défis à relever Au total, les recettes des journaux se trouvent gravement amputées. Elles ne permettent plus à certains journaux d’investir pour adapter ou moderniser leurs moyens de production. Se sentant menacés dans leur avenir, certains propriétaires de journaux ont jeté l’éponge et veulent même vendre leurs titres à d’autres qu’ils pensent susceptibles d’investir pour redresser la situation.

Par ailleurs, de nouveaux moyens d’information ont surgi et se développent. La télévision a vu se multiplier le nombre de postes (il y a maintenant, très souvent, plusieurs postes de télévision par foyer). En outre, le nombre de chaînes s’est considérablement multiplié et l’on peut accéder à pratiquement toutes les chaînes du monde grâce au satellite au cœur de kerche El batroune (marché de la capitale) .

Internet se développe très rapidement et merci Cridem, Rapid info, le Calame et j’en passe et encore une fois et les autres : le nombre de ses utilisateurs, qui atteint des milliers, voir millions aujourd’hui, a augmenté de 50 % au cours de ces trois dernières années. Ces concurrents prennent évidemment du temps aux lecteurs éventuels. Ils paraissent parfois plus faciles d’accès.

D’autre part, une entreprise de presse qui ne dispose pas de ses propres rotatifs ne peut pas vivre à moins d’avoir ses propres rotatifs pour les utiliser que pour le temps nécessaire à l’impression de ses exemplaires. Elles sont donc arrêtées le reste du temps. Or, ces machines sont coûteuses et pourraient être assimilées à des machines utilisées dans l’industrie lourde.

Or, pour amortir celles-ci, on les fait tourner 24 heures sur 24, ce qui n’est pas possible pour une rotative de presse dédiée à un journal, étant donné que le tirage doit être effectué dans un temps restreint permettant de l’acheminer ensuite au point de distribution. Enfin, traditionnellement, les salaires de la branche presse sont relativement élevés en Europe et c’est pas le cas en Mauritanie en tout cas pas à ma connaissance je peux me tromper !

Le problème est donc difficile à résoudre, surtout lorsque les recettes faiblissent. Voilà qui explique les tensions ressenties dans cette profession qui se trouve fragilisée en Mauritanie comme d’ailleurs en Europe. La Mauritanie n’échappe pas à ce phénomène ni en ce qui concerne la presse nationale. Si la presse veut survivre, il lui faudra se moderniser tout en diminuant ses coûts et en améliorant les services qu’elle doit rendre au public et à notre démocratie. Des adaptations sont donc indispensables.

Méfiez-vous de la concurrence ! Puisqu’elle pollue tous les bilans et paralyse toutes les ripostes. A cause de la concurrence entre les journaux, chacun tente de tirer son épingle du jeu alors que les difficultés sont globales et structurelles, politiques. Ou bien tente de mettre sur le compte des difficultés globales, les responsabilités spécifiques de leurs chefferies éditoriales et de leurs capitaineries. Chaque entreprise de presse défend
sa « liberté de la presse ».

Et toutes (ou presque…), prises ensemble, confondent la « liberté de la presse » avec leur liberté d’entreprendre, à laquelle elles subordonnent le droit à l’information. On l’a compris : manifestement, les difficultés, voire la crise de la presse écrite, sont une question politique. Elles ne peuvent être résolues durablement que dans le cadre d’une refonte générale du paysage médiatique Mauritanien.

Et il est vain, bien sûr, en dépit de quelques larmes, de compter sur les entreprises de presse, pour affronter les droits d’informer et d’être informé sur ce terrain. Si les médias en lutte contre le Covid-19 de leur activité s’éveillent, cela devrait s’entendre : ils appelleront à des actions de masse contre la concentration des pouvoirs de l’imprimerie, la financiarisation de leur activité, et pour la révision complète des aides à la presse par le gouvernement.

Et comme cela est totalement improbable, il faudra bien que les journalistes et les salariés de médias, leurs lecteurs et usagers se manifestent et manifestent pour défendre les droits que les patrons d’imprimeries ne cessent de bafouer… et sur lesquels « les politiques », comme on dit, sont, pour le moins discrets ! La presse Mauritanie, traverse une grave crise.

« La démocratie ne peut fonctionner avec une presse qui serait en permanence au bord du précipice économique » Une situation qui s’explique en grande partie par la hausse des prix de l’imprimerie nationale qui majore les prix de fabrication des journaux indépendants d’environ 400% du jamais vu ! même dans la sous région.
Abdoulaziz DEME
Paris le 6 juin 2020

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