Dr Mariella Villasante Cervello Anthropologue (spécialiste de la Mauritanie) : Quelques éléments pour comprendre l’origine du Covid-19 et les conséquences de la pandémie dans le monde

L’image contient peut-être : plante et plein airL’idée générale qui guide cette contribution est d’éclairer les lecteurs mauritaniens, à partir de l’anthropologie sociale et politique, pour mieux comprendre la crise sanitaire, sociale et économique dans laquelle tous les pays du monde sont plongés, et dont les conséquences vont marquer le mode de vie de toutes les sociétés du monde pendant des longues années. Comme nous le savons, depuis le mois de décembre 2019, un nouveau virus mortel est apparu en Chine et se propage dans le monde rapidement, provoquant plus de 370 000 morts et plus de 5 millions de cas d’infections jusqu’à présent [voir le site de Johns Hopkins University[1]].

Les médecins et les scientifiques ont classé ce virus comme une variante du Syndrome respiratoire aigu sévère [SRAS], causé par le Covid-2 [coronavirus 2], provoquant la maladie pulmonaire Covid-19[2] [Coronavirus Disease 2019 en anglais (maladie de coronavirus)].

Je voudrais apporter ici quelques informations scientifiques sur l’émergence du nouveau coronavirus, puis j’exposerai une synthèse des réponses adoptées par les États et les populations du monde (semblables à celles adoptées lors de la peste noire du XIVe siècle),et j’évoquerai la situation sanitaire actuelle dans le monde et en Mauritanie.

Le gouvernement mauritanien a adopté en effet des mesures de confinement et de fermeture des frontières le 13 mars, et a instauré un couvre-feu de 18 heures à 6 heures, interdisant le déplacement des personnes à l’intérieur du pays. Ces mesures, ainsi que la faible densité de la population, et la jeunesse de la population mauritanienne semblent expliquer les raisons du faible taux de propagation du Covid-2 dans le pays.

I. L’émergence du nouveau coronavirus : une pandémie inédite dans l’Histoire humaine Des informations récentes, de sources fiables, nous permettent de mieux saisir la réalité qui a marqué l’émergence du nouveau coronavirus et les problèmes liés au retard avec lequel le monde en a pris connaissance.

Les faits que je reporte ici peuvent être confirmés dans les sources citées, toutes de grande fiabilité, choisies parmi un grand nombre d’informations en accès libre sur Internet. • Suivant les informations collectées par le journal Le Monde[3],et par l’hebdomadaire Courrier International, dont le dernier numéro (n° 1543 du 28 mai au 3 juin) apporte des renseignements de première main de journaux chinois, le SARS-CoV-2 est apparu dans la ville de Wuhan (province de Hubei), en Chine, dès le milieu du mois de décembre 2019.

Selon ces sources, le système national d’alerte sanitaire chinois n’a pas fonctionné, alors même que depuis l’épidemie de SRAS de 2003 apparue en Chine, et le coronavirus MERS-CoV [MiddleEast respiratory syndrome-related coronavirus] apparu en Arabie Saoudite en 2012 [une zoonose transmise par les chameaux], un système informatisé permet à chaque hôpital d’informer Pékin de l’apparition de cas de maladies contagieuses.

La responsabilité de la Chine et du « système chinois », « fait de dissimulation, de mensonges et de manipulations statistiques » ont été aussi dénoncés, entre autres, par deux spécialistes de la Chine, Valérie Niquet et Jean-Pierre Cabestan, invités de RFI dans un programme diffusé le 24 février 2020[4].

Regardons de près la chronologie des faits reconstruite par Frédéric Lemaître (Le Monde du 6 avril 2020). Le 30 décembre, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, Dr Gao Fu, découvrit par hasard que des médecins de Wuhan discutaient de l’apparition d’une pneumonie d’origine inconnue.

Le même jour, la directrice de l’hôpital de Wuhan, Dr Ai Fen, reçut un message qui circulait dans les réseaux sociaux : « n’allez pas au marché [d’animaux vivants] de Huanan, il y a plusieurs cas de fièvre. » L’hôpital recevait des malades atteint de fièvre et de toux depuis le 16 décembre. Le 30 décembre, un patient est diagnostiqué : « Coronavirus SRAS, transmission par postillons ou par le toucher ».

Un autre médecin informait de l’existence de sept cas confirmés au marché de Huanan. Le 31 décembre, le Dr Gao Fu découvrit ces messages et envoya une délégation de neuf personnes à Wuhan le lendemain. Cependant, le 30 décembre, le Dr Ai Fen reçut un message de la commission de santé de la ville lui demandant : « Il ne faut pas diffuser cette information au public. Si panique il y a, il faudra trouver le responsable. »

Le 31 décembre, la Chine, dirigée par le présidentXi Jinping,prévient l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et ordonne aux autorités de Wuhan de publier un premier communiqué rassurant. Il est précisé qu’on a décelé 27 cas de pneumonie virale liés au marché d’animaux sauvages.

Le Dr Ai Fen découvrit rapidement que le coronavirus se transmettait entre humains ; mais les autorités de l’hôpital lui avaient interdire d’en parler. La nouvelle fut confirmée et divulguée au monde seulement le 20 janvier par le Dr Zhong Nanshan.

Ce retard a été lourd de conséquences, si on avait pris les mesures de distanciation sociale le 1er janvier, le nombre de cas aurait diminué entre 66% et 95% selon une étude publiée en mars (Le Monde du 6 avril, BFM du 7 avril[5]). Si le lien entre le marché d’animaux sauvages et la transmission du nouveau coronavirus aux humains est évidente [on y reviendra], on ne sait pas avec certitude quand le virus est apparu, mais selon le South China Morning Post, le premier cas identifié remonterait au 17 novembre.

Or, jusqu’à la mi janvier les médecins n’avaient pas la parole, les autorités régionales « semblent très relax » déclarait un épidémiologiste de Pékin. Le 15 janvier, le chef des urgences à la commission nationale de la santé affirme que « le risque de transmission entre humains est faible ».

Donc, le banquet annuel du Nouvel An lunaire du 18 janvier eut lieu avec la participation de 40 000 familles. Le même jour, une nouvelle équipe envoyée par Pékin prit conscience de la tragédie et conseilla le confinement de la ville. Les autorités chinoises ont annoncé la mesure le 23 janvier, alors que cinq millions de personnes avaient quitté la ville de Wuhan (Frédéric Lemaître, Le Monde du 6 avril 2020[6]).

La responsabilité des autorités chinoises. Diversesinstanceset personnalités ont pointé du doigt la responsabilité des autorités chinoises dans la propagation du Covid-2 dans le monde, reprochant la censure imposée aux lanceurs d’alerte et aux médecins de Wuhan.

L’on sait en effet que dans la République Populaire de Chine [pays communiste fondé en 1949, mais qui a adopté le capitalisme en 1978], la liberté d’expression et la presse sont censurées constamment ; les autorités considèrent en effet que les valeurs de démocratie et les droits humains sont des « inventions occidentales » et elles les rejettent.

Plusieurs médecins, journalistes, civils et militaires ont été incarcérés pour éviter qu’ils divulguent les nouvelles sur le Covid-2. Ainsi par exemple, à la fin décembre, le Dr Li Wen Liang, collègue du Dr Ai Fen, fut arrêté pour avoir lancé l’alerte, il est mort de la maladie le 7 février et il est devenu un héros national pour une partie de la population chinoise (France Culture du 4 avril[7]). Mais il y a plus grave.

La Chine a fait pression sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour qu’elle ne proclame pas une urgence de santé publique de portée internationale. Suivant Paul Benkimoun (Le Monde du 29 janvier), les considérations politiques et le ralliement de l’OMS à la Chine ont pesé plus que les arguments scientifiques ; et les membres du comité d’urgence se sont divisés sur l’avis à donner au directeur de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, un fonctionnaire éthiopien nommé en 2017 avec le soutien de la Chine.

Le 23 janvier, celui-ci a déclaré que l’urgence sanitaire concernait seulement la Chine mais qu’elle n’était « pas encore devenue une urgence sanitaire mondiale. » Le docteur Tedros a voyagé en Chine les 27 et 28 janvier, il a rencontré Xi Jinping et il a obtenu des autorités chinoises de pouvoir envoyer une délégation d’experts en Chine pour « guider les efforts mondiaux de riposte. »

L’Urgence de santé publique internationale (USPPI) a été donné le 30 janvier 2020, mais l’OMS a attendu le 11 mars2020pour estimer que le Covid-19 est une pandémie (Covid-19, Chronologie de l’action de l’OMS[8]). Bref, la Chine a retardé l’adoption internationale des restrictions concernant la circulation de personnes et des marchandises qui pouvaient affecter leur économie; ce faisant, elle a une responsabilité dans l’expansion du Covid-19 dans le monde, et les zones d’ombre de sa gestion de la crise ont été signalées par la France, le Royaume Uni et les États-Unis (Le Point du 17 avril[9]).

La plupart des États ont commencé à prendre des mesures de confinement seulement dans la seconde quinzaine du mois de mars 2020. Actuellement, au niveau international, on débat sur la possibilité d’accuser formellement la Chine pour avoir trop attendu avant de donner l’alerte sur l’émergence du nouveau coronavirus, négligeant ses obligations internationales (BBC Monde du 4 mai 2020).

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Image 2 : Tedros Adhanom Ghebreyesus y Xi Jinping à Pékin, le 28 janvier 2020 (FrendChine.org)

II.Comment est apparu le nouveau coronavirus ? Le nouveau coronavirus est nommé ainsi parce qu’il porte une sorte de « couronne » ; ce type de virus forme une famille virale large et diversifiée et ils ne sont pas tous responsables de maladies graves comme le SRAS et le Covid-19.

Quatre souches de coronavirus humains sont responsables d’une grande proportion de rhumes et de grippes et infectent une large partie de la population mondiale chaque année. Des études récentes menées à l’Université d’Amsterdam avancent que le Covid-19 pourrait se comporter comme ces autres virus parents, qu’il pourrait être saisonnier et que l’immunité relative pourrait durer seulement 6 mois.

Dans ce cas, les personnes contaminées pourraient contracter la maladie ultérieurement, il n’y aurait pas « d’immunité collective », ni de « passeport sanitaire » ; de plus, le vaccin ne pourrait pas nous immuniser définitivement, mais il devra être renouvelé chaque année, comme c’est le cas des vaccins contre la grippe (Euronews du 27 mai[10]).

Un virus propre de l’animal.

Les scientifiques ont trouvé une variante proche du nouveau coronavirus dansdeux animaux (le chauve-souris et le pangolin) et l’hypothèse actuelle considère qu’il s’agit d’une nouvelle zoonose, c’est-à-dire une maladie transmise par les animaux aux êtres humains.

Il est probable que les civettes aient été aussi des intermédiaires de la transmission aux humains dans la ville de Wuhan. Précisons que les zoonoses ont commencé il y a 8 000 ans, lors de la révolution néolithique et la domestication d’animaux sauvages : les vaches ont transmis la rougeole et la tuberculose ; les porcs ont transmis la coqueluche ; et les canards ont transmis la grippe ; au XXe siècle, des virus des singes ont transmis le SIDA, et les chauves-souris insectivores transmettent le virus d’Ebola en Afrique de l’Ouest depuis 2014[plus de 7,700 morts] (Sonia Shah, The Nation, février 2020[11]). Le nouveau coronavirus existe chez les chauve-souris et les pangolins ; les systèmes immunitaires de ces animaux supportent bien ce type de virus qui est cependant dangereux pour les humains. Or, ces animaux étaient vendus dans les marchés d’animaux sauvages de Wuhan destinés à la consommation humaine, une partie provenait de la chasse locale et du braconnage (Asie et Afrique), et une autre partie d’élevages ; il s’agit d’une activité rentable qui fait vivre plus de 14 millions de personneset qui était promue par le gouvernement chinois dans les plans d’aide à la sortie de la pauvreté (Caixin[12], Courrier international n° 1543 du 28 mai au 3 juin).

Consommation et trafic d’animaux sauvages.

Les Chinois, comme la plupart des Asiatiques (Vietnam, Laos, Birmanie), consomment des animaux sauvages (rats, serpents, crapauds, louveteaux, blaireaux, varans, salamandres, hiboux, civettes, pangolins et chauve-souris ; tortues, esturgeons et crocodiles). Il s’agit d’une pratique alimentaire ancestrale et un symbole de distinction sociale. Selon une source de Taiwan, les Chinois les apprécient parce qu’ils croient que ce sont des « fortifiants » selon la médecine traditionnelle.

Ces animaux sont aussi utilisés en médecine et en produits cosmétiques. Or, d’après un analyste, cette situation est associée aux déséquilibres culturels provoqués par le développement économique trop rapide de la Chine, alors qu’elle reste à la traîne sur le plan de ses us et coutumes et en matière de protection de l’environnement (Liemhepao, United Daily News, Taiwan Quotidien[13], in Courrier international n° 1543).

Le pangolin [Manidae], mammifère le plus braconné au monde, est originaire des régions tropicales d’Afrique (Cameroun, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Gabon, Congo) et d’Asie du Sud-est, il se vend à environ 1750€ l’animal dans les marchés de Chine et du Vietnam.

En Afrique, les écailles auraient des pouvoirs magiques contre le mauvais œil. L’Union internationale pour la conservation de la nature a alerté les pays africains sur l’importance qu’a acquis le braconnage depuis 1990 et la disparition progressive des pangolins asiatiques, qui a augmenté le commerce illégal des pangolins d’Afrique [voir National Geographic[14]]. Selon Jeune Afrique[15], Port Kelang et Singapour sont les plaques tournantes du trafic de pangolin ; le 31 mars 2020, en pleine pandémie, les douaniers de Port Kelang ont saisit 6 tonnes d’écailles évaluées à 17,9 millions de dollars.

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Image 3 : Un pangolin au Zoo de Taipei (Edge of existence.org)

Précisons que le trafic de pangolin est prohibé depuis 2017 en Chine mais, comme la poudre de corne de rhinocéros et la bile d’ours noir, le commerce de pangolin reste très important ; on trouve même de chips d’écaille de pangolin à Wuhan ou à Hongkong.

Depuis 2015, 90% des 62 tonnes de pangolin saisis à Hongkong venaient du Nigeria. Il s’agit des traficsjuteux qui concernent aussi les défenses d’éléphants (Congo) achetés par les marchands de Chine et de Vietnam ; en juin 2019 on a saisi 9 tonnes de défenses à Singapour (Le Monde du 25 février[16]).

On estime que le trafic des pangolins en provenance d’Afrique de l’Ouest et du Nigeria vers la Chine permet aux délinquants de gagner chaque année 14 milliards d’euros, il est classé au 4e rang mondial des trafics les plus rentables derrière celui de la drogue, de la traite des personnes et du commerce des armes (L’Express du 21 avril 2020).

Cette gastronomie particulièreprésente des risques pour la santé humaine car 70% des maladies infectieuses proviennent d’animaux sauvages ; cela d’autant plus qu’en Asie ils sont conservés vivants dans des conditions d’hygiène lamentables, et soumis à une grande souffrance.

Leur promiscuité dans des cages exiguës et leur proximité des personnes facilite les contaminations. C’est ce qui s’est passé sans doute dans le marché de Wuhan, alors même que la Chine a signé la Convention internationale contre le commerce d’espèces sauvages (CITES) en 1999 ; mais il est évident que celui-ci a continué avec la tolérance des autorités, en conséquence, « la Chine a une responsabilité dans cette épidemie transmise par un animal sauvage interdit de commerce » [voir la tribune de Sylvie Lemmet, Olivier Blond et Yann Bertrand, Le Monde du 8 avril[17]].

Interdiction de commerce d’animaux sauvages.

Dans le cadre de la pandémie du Covid-19, en janvier 2020, dix-neuf membres de l’Académie chinoise des sciences ont lancé un appelpour supprimer la consommation d’animaux sauvages et le trafic. Le 24 février, les autorités chinoises ont publié une résolution pour « l’arrêt total du commerce illégal d’animaux sauvages et pour l’élimination des mauvaises habitudes de consommation d’espèces sauvages et pour garantir la sécurité sanitaire de la population chinoise. » Le fait est très positif.

Pourtant, la situation de l’élevage n’a pas été tranchée, les éleveurs demandent l’établissement d’une « liste blanche » d’animaux qu’ils peuvent continuer à élever, alors que les défenseurs de la cause animale se battent pour une « liste noire » des espèces qu’on ne doit plus manger (Nanfang Zhoumo, Chine Hebdo, Canton[18], in Courrier international n° 1543).

Heureusement, des défenseurs chinois de la modernité et de l’écologie dénoncentce qu’ils appellent « la mauvaise habitudede manger des bêtes sauvages » et exigent son éradication de Chine. Pour eux, considérer que conserver ces habitudes est un moyen d’afficher son « statut social élevé (…) est non seulement arriéré, mais on peut même le qualifier de barbare » et « peu civilisée de la Chine riche qu’il faut éliminer au plus vite. » (Taiwan Quotidien[19], in Courrier international n° 1543, voir aussi National Geographic du 30 janvier[20]).

Le nouveau coronavirus : quelques précisionsUn virus inventé en laboratoire ?

Depuis le début de la pandémie sont parues des informations fausses selon lesquelles le coronavirus a été inventé dans un laboratoire, il s’agit d’une fake-news, « nouvelle toxique » sans aucun fondement. Le Pr Olivier Schwartz, directeur scientifique de l’Institut Pasteur, a confirmé qu’il n’a pas été créé en laboratoire, qu’il s’agit de « théories conspirationnistes » qui n’ont pas de sens.

La meilleure preuve est l’analyse des séquences qui permettent de remonter à l’origine du virus ; dans le cas du coronavirus Covid-2 l’on sait qu’il « est passé directement de la chauve-souris ou du pangolin à l’homme. »(France Culture du 11 mars[21]).

• Le Covid-2 est inédit dans le cadre d’autres épidémies.

Il faut retenir que la pandémie actuelle n’a pas de comparaison possible avec d’autres épidémies enregistrées dans le monde. En effet, il s’agit d’un cas inédit dans l’Histoire de l’humanité parce que les épidémies antérieures ont concerné seulement certains territoires, alors que le Covid-19 concerne toute la planète. Évoquons brièvement les épidémies de la peste noire, de la grippe espagnole et du virus l’Ebola[22].

La peste noire

fut une zoonose transmise par les puces des rats et des chameaux aux humains,ellea commencé en Ouzbékistan actuel et s’est propagé tout au long des routes commerciales entre la Chine et l’Europe durant la première moitié du XIVe siècle. En 1346, l’Europe perdit un tiers de sa population, avecplus de 25 millions de morts.

Néanmoins, la conséquence positive de cette hécatombe fut l’amélioration de la condition statutaire des serfs européens qui purent se rendre autonomes de leurs maîtres car leur population avait fortement diminué. Étant moins nombreux, ils purent exiger des meilleures conditions de travail et même l’accès à la propriété des terres (Peter Frankopan, Le Point n° 2481 du 12 mars 2020).

La grippe espagnole.

La première grande pandémie moderne fut la « grippe espagnole » des années 1918-1919, nommée ainsi parce que la presse d’Espagne en rendit compte pour la première fois en mai 1918. En réalité il s’agissait d’une maladie virale grippale de type A H1NI née aux États-Unisen mars 1918, puis exportée en Europe par les militaires nord-américains qui participaient à la Première Guerre mondiale.

Le contexte de la guerre a influencé la tardive reconnaissance du danger de cette nouvelle maladie qui fut acceptée comme telle seulement en novembre 1918, lorsqu’il y avait des centaines de milliers de morts. L’on estime que cette grippe a causé le décès de 30 à 50 millions de morts en Europe, en Asie et en Afrique du Nord (Walter ScheidelLe Point n° 2481 du 12 mars 2020).

Une seconde épidémie récente, mais oubliée, fut celle de la « grippe de Hongkong » causée par le virus H3N2 qui partit de Chine centrale pour se propager dans le monde entre 1968-1970 ; le bilan est terrible, plus d’un million de morts. Les États ne firent rien pour freiner l’épidemie, on n’accordait aucune importance à une maladie banale comme la « grippe » (Raphaëlle Rérolle, Le Monde du 11 mai 2020[23])

. En Afrique on a enregistré les épidémies de fièvre Ebola (2014-15) et le SIDA, mais la première a pu être circonscrite, même si elle continue à provoquer des milliers de morts ; et la seconde maladie est transmise seulement par voie sexuelle ou par contamination de transfusions sanguines.

Ni l’une ni l’autre n’a provoqué l’arrêt de l’économie des pays concernés.

La Propagation du Covid-19. Le Covid-19, troisième pandémie de l’époque contemporaine, a été propagé à une très grande vitesse dans le monde entier parce que les malades ont voyagé par avion depuis la Chine vers tous les continents, infestant des milliers de personnes chaque jour.

Comme le remarque le géographe Michel Lussault (Le Monde du 23 mai[24]), le coronavirus provoque un collapsus planétaire parce que le monde est devenu extrêmement fragile. Notre planète est devenue en effet un « système mondialisé urbain », non pas défini par la présence de la ville, maispar une forme de vie sociale qui s’est imposée partout y compris hors des agglomérations.

Tous les habitants de la planète, même ceux qui habitent en Amazonie et au Sahara, portent des habits et ont des bassines de plastique fabriqués en Chine, nous sommes largement connectés à Internet, nous avons un mode de vie urbanisé, ou si l’on préfère « mondialisé ».

Le Covid-19 s’est propagé en tirant profit des circuits de la mondialisation, en se répandant lors des voyages touristiques, de travail, des matchs de foot ou des cérémonies religieuses ; cette grande mobilité représente une transformation radicale de la planète.

Dans ce contexte, les grands rassemblements ont été les épicentres de la contamination généralisée et extrêmement rapide car le coronavirus se transmet lorsque nous parlons (par les postillons qui entrent dans la bouche, les narines et les yeux) et le temps de contamination varie entre 2 et 14 jours. Pour ces raisons, les villes sont devenues les centres les plus importants de contamination et en leur sein : les aéroports, les gares, les centres commerciaux, les lieux religieux et les espaces sportifs (Anne Chemin, Le Monde du 22 mai[25]).

III. Des réponses adoptées par les divers États du monde

La planète urbanisée et hyperconnectée s’est révélée très vulnérable au SARS-CoV2, qui est très contagieux et a des conséquences graves pour les humains ; si la grande majorité de personnes contaminées peuvent espérer développer des anticorps et guérir, les autres peuvent avoir des réactions graves et même en mourir [le taux de mortalité est estimé à 3%] lorsque les éléments de vulnérabilité sont réunis : avoir plus de 60-70 ans [selon les pays], avoir des maladies qui baissent les défenses immunitaires (obésité, diabètes, hypertension).

Des formes de maladie de Kawasaki [qui affecte le cœur] ont été aussi reliées au Covid-19 pour certains enfants et jeunes malades, mais heureusement les cas sont très rares. La grande nouveauté de ce coronavirus laisse dans l’ombre des complications pathologiques et des réponses du corps humain que les médecins ne connaissent pas encore mais qu’ils sont en train d’étudier dans plusieurs pays du Nord et du Sud.

Les réponses actuelles au Covid-19 sont semblables à celles du passé.

Les pandémies font partie de l’Histoire humaine et la peur qu’elles génèrent sont un sentiment très naturel et universel. Nous prenons conscience de notre commune vulnérabilité, comme l’a noté Rony Brauman, ex directeur de Médecins sans frontières (Le Monde du 3 mai). Il est intéressant de constater que les réponses face à la nouvelle pandémie sont proches de celles qu’on a déjà observé depuis le XIV siècle, comme l’a montré l’historien Jean Delumeau dans son excellent livre La peur en Occident(1978). En effet, à l’instar des pandémies de la peste noire et du choléra en Europe du XIXe siècle, on observe :

(1) La dénégation des autorités politiquesà reconnaître, du moins dans un premier temps, le danger de la santé publique et le retard de l’isolement des personnes, comme ce fut le cas en Chine, mais aussi aux États-Unis et au Brésil, pays dans lesquels les gouvernements refusent le confinement général pour ne pas arrêter le travail productif. Heureusement les autorités des États concernés ont organisé le confinement et tentent de protéger leurs populations autant que possible.

(2) L’inconscience de certaines populations qui refusent d’accepter qu’une maladie grave est en cours de propagation et qu’il est nécessaire de s’isoler pour se protéger. Actuellement on a observé que des milliers de personnes à Madrid, à New York et à Rio de Janeiro ont continué à vivre comme avant, sans confinement, augmentant dramatiquement le nombre de malades et des morts.

(3) La panique qui pousse à l’exode loin des villes et qui favorise les contaminations dans les campagnes ou dans les lieux de retour des personnes. Depuis janvier, des milliers de personnes ont emportée avec elles le coronavirus lors de leurs voyages et retours à leurs lieux d’origine.

(4) L’isolement ou quarantaine est une mesure née au Moyen Age pour affronter la peste noire, elle fut appliquée en dernier recours pour protéger le commerce et l’économie. Actuellement l’isolement social fut imposé d’abord en Chine puis dans la plupart des pays du monde car les autorités ont choisi de protéger la santé des populations au détriment de l’économie, c’est un fait inédit dans l’Histoire.

(5) Les rites funéraires sont abandonnés, comme aux de guerre, parce que le nombre de morts est trop important.C’est le cas tragique des villes comme New York, Guayaquil, Rio de Janeiro, São Paulo et Manaus au Brésil, où le nombre de morts a collapsé les infrastructures sanitaires et funéraires.

(6) La recherche d’explications et de coupables, selon les pays et les cultures concernées ; actuellement, une grande partie des populations se tourne vers les explications scientifiques des médecins et des chercheurs, mais un certain nombre de personnes penche vers les thèses complotistes de l’invention du nouveau virus en laboratoire, soit en Chine, soit aux États-Unis. Ce qui est complétement absurde.

Face à l’alternative entre la santé ou l’économie, les États modernes ont choisi de suivre les conseils de l’OMS et ont ordonné le confinement des populations. Or, si la mesure freine effectivement la contamination, elle est très difficile à être appliqué correctement dans les pays du Sud, mais aussi dans les pays du Nord qui ont des populations précaires qui ont besoin de travailler chaque jour.

En effet, la pandémie a révélé que les inégalités sociales conditionnent la protection sanitaire partout dans le monde. Les travailleurs précaires des pays du Nord, les migrants et les refugiés, ainsi que les populations des pays sous-développés d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, majoritairement pauvres et travaillant de manière informelle, sont celles qui souffrent le plus du Covid-19.

Si, d’un côté elles sont habitées par une majorité de personnes jeunes, plus résistantes au Covid-2, d’un autre côté, ce sont des personnes qui n’ont pas une bonne santé car elles ne se nourrissent pas correctement. De plus, la prédominance du travail informel oblige les adultes à sortir travailler chaque jour pour pouvoir nourrir les familles.

Cette situation dramatique augmente les possibilités de contamination, sans que les États défaillants des pays du Sud puissent apporter la protection nécessaire à leurs populations. Dans ces conditions, seule la solidarité internationale et l’entraide fraternelle de la société civile, notamment les classes prospères, peuvent palier un tant soi peu à la crise qui, malheureusement, frappe davantage les pauvres des pays du Sud.

IV. La situation sanitaire en Afrique, en Mauritanie et la récession mondiale en cours

En ce début du mois de juin 2020, l’on déplore la mort de plus de 360 mille personnes dans le monde, dont plus de 200 mille en Europe [notamment en Italie, en Espagne, en France et au Royaume Uni], et plus de 100 mille aux États-Unis.

L’Amérique latine est devenue un épicentre important, notamment au Brésil [plus de 20 mille morts sur une population de 210 millions d’habitants] et au Pérou, mon pays d’origine, où l’on déplore plus de 4 mille morts [sur un total de 32 millions d’habitants]. Dans le reste du monde la situation est moins dramatique, du moins pour le moment.

En Afrique, le Centre de prévention des maladies de l’Union africaine recensait 119 391 cas de Covid-19 et 3 589 décès dus à la maladie. L’Égypte [plus de 700 morts] et l’Afrique du Sud [plus de 500 morts] sont les pays les plus touchés par la pandémie. Au Sénégal, on enregistre plus de 3 mille cas positifs et 39 décès (RFI du 27 mai[26]).

Comment expliquer ce nombre limité de contaminations ?

On s’accorde pour considérer que les mesures de confinement ont joué un rôle important dans le faible bilan de la propagation du Covid-19 en Afrique, du moins jusqu’à présent. Les analystes soulignent trois atouts : le premier est lié à l’âge, 60% de la population africaine a moins de 25 ans (alors qu’en France 75% des morts avaient plus de 75 ans), et seulement 5% des Africains a plus de 65 ans. Cela dit, des nombreux jeunes adultes ont des carences immunitaires qui les rendent vulnérables au Covid-19. Le second atout face à la maladie est la faible densité démographique, en moyenne 43 habitants par kilomètre carré, en dehors des grandes villes d’Afrique du Sud, d’Égypte, Tunisie, Maroc et Rwanda.

Le climat jouerait aussi un rôle dans la lente propagation du virus ; la température optimale est de 8° C, alors que les températures dans la plupart de pays africains sont rarement inférieures à 15° C (RTL du 13 mai[27]). Enfin, les échanges internationaux sont moins importants entre l’Afrique et le reste du monde, ce qui joue un rôle protecteur du moins pendant cette phase initiale ; il est probable en effet que la propagation s’installe plus tard et qu’elle se déploie au cours de plusieurs années (France 24 du 15 mai).

La situation sanitaire en Mauritanie,

où le confinement a été ordonné par les autoritésle 29 mars, reste assez stable. Le 29 mai le Ministère de la Santé précisait qu’il y avait 346 cas confirmés, 19 décès et 15 guérisons, le taux de létalité est de 5,2%. Le 2 juin, on registre 588 cas et 23 décès (Johns Hopkins University).

La plupart des personnes contaminées habite à Nouakchott [plus d’un million d’habitants]. Cette situation est due à la situation excentrée du pays par rapport aux autres grands centres d’échanges de personnes et des marchandises. Les autres facteurs observés en Afrique sont présents en Mauritanie : plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, il fait plus de 20° C en moyenne, la densité démographique est faible en dehors de Nouakchott et de Nouadhibou [plus de 132 mille habitants], le trafic aérien international est restreint.

Cela dit, les échanges de voyageurs et de marchandises est important dans la région du fleuve et dans la ville de Rosso ; or, compte tenu de l’augmentations de contaminations à Dakar, il semble nécessaire de continuer le contrôle des personnes pour freiner la maladie.

Le confinement très relatif qu’on observe (car nombreux sont ceux qui continuent à travailler pour nourrir leurs familles) et l’interdiction des grands rassemblements religieux, sportifs et autres sont positifs car l’on sait bien que c’est dans ces contextes que la maladie se propage rapidement.

Il vaut mieux respecter ces normes autant que possible que de ne rien faire et devoir affronter des contaminations importantes qui mènent au désastre sanitaire comme c’est le cas dans les grandes villes des États-Unis et d’Amérique latine qui se trouvent au centre de la pandémie actuellement.

L’arrêt de l’économie pendant quatre mois a produit une récession mondiale inédite qui va marquer l’évolution sociale, politique et économique de tous les pays pendant les années à venir. Sans pouvoir entrer dans les détails de ce grand bouleversement géopolitique causé par le Covid-19, on peut noter que l’arrivée du président Donald Trump à la Maison blanche en 2016, suivie par l’imposition de sa politique ultra nationaliste, a fini par éloigner les États-Unis des affaires mondiales.

L’Union européenne est en cours de reconstruction et fait preuve de sa volonté de s’unir davantage pour affronter de manière conjointe la situation de récession mondiale. Enfin, la Chine a montré ouvertement sa volonté de devenir la nouvelle première puissance mondiale et de remplacer les États-Unis dans ce rôle ; le président Xi Jinping a déclaré que l’objectif sera accompli en 2050, date du centenaire de la révolution maoïste de 1949.

Depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS, le multilatéralisme représenté par l’ONU et par les cinq puissances du Conseil de sécurité [Chine, États-Unis, France, Royaume Uni et Russie] s’est effondré. Cela provoque une nouvelle Guerre froide, commerciale et politique, entre la Chine et les États-Unis, influencée par la récession mondiale ; et une recomposition de l’Union européenne qui veut devenir plus autonome dans les domaines stratégiques de la santé et des industries pharmaceutiques, dont cette pandémie a montré l’importance[28].

Les scénarios de l’évolution du Covid-19

La pandémie du Covid-19 est en train de provoquer de centaines de milliers de morts et les transformations sociales, économiques et politiques actuelles et futures dépendent de l’évolution de la maladie dans les divers pays et dans le monde. Or, on ne sait pas encore combien de temps va durer la crise sanitaire, mais la fin de l’épidemie risque d’être longue.

Parmi les scénarios proposés par les spécialistes (Huffpost du 1er juin[29]), on compte deux peu probables : supprimer le coronavirus rapidement et obtenir une immunité croisée (être immunisé sans le savoir).

Trois autres possibilités sont plus lointaines et impliquent la conservation de mesures de protection pendant plusieurs mois : (1) Trouver un vaccin tout en sachant qu’on n’a jamais trouvé de vaccin contre les coronavirus. Or, si on le trouve pour le Covid-19 il est fort probable qu’il devra être renouvelé chaque hiver comme le vaccin de la grippe saisonnière.

C’est aussi le résultat obtenu par des chercheurs de l’Université d’Amsterdam (Euronews du 27 mai[30]) qui ont découvert que les personnes atteintes du Covid-19 gardent une immunité pendant 6 mois seulement. Donc, après avoir été contaminés, on peut être à nouveau malades ; ces résultats doivent être confirmés par d’autres travaux. Enfin, trouver un vaccin efficace prendra environ un an, mais cela pourrait réduire drastiquement l’impact sanitaire du Covid-19. (2) Le Covid-19 pourrait s’éteindre si au moins 70% de la population contracte le virus, c’est ce qu’on appelle l’immunité collective. Mais pour atteindre ce seuil le taux de mortalité est très important ; on a pu le constater en Grande-Bretagne,qui a dû faire marcher arrière et ordonner le confinement en voyant ses hôpitaux submergés de malades.

Cette possibilité peut durer plusieurs mois ou années. (3) Certains chercheurs considèrent qu’aucun scénario cité n’aura lieu et qu’il faudra apprendre à vivre avec le coronavirus. Cela veut dire que l’épidémie deviendra une endémie, une maladie habituelle, comme la grippe saisonnière. Dans tous les cas, cette maladie a transformé notre mode de vie « normal » et nos relations à la nature, au travail, à la société et à l’Etat qui déploie, dans la mesure de ses possibilités, son rôle fondamental de protecteur des populations nationales. Tout en sachant qu’un Etat ne peut pas affronter une pandémie de manière isolée et que la coordination avec les États voisins et lointains est indispensable en cas de crise majeure comme celle que nous vivons.

Réflexions finales

Le Covid-19 est un fléau grave qui a été favorisé par le trafic et la consommation d’animaux sauvages dont certains secteurs prospères des populations de Chine [mais aussi du Vietnam, de Birmanie et de Laos] restent habitués, en tant que signes de statut élevé, malgré la modernisation économique du pays. En effet, les scientifiques considèrent que le Covid-19 est une zoonose qui a été transmise des chauve-souris et des pangolins aux humains au marché d’animaux sauvages de Wuhan.

Les défenseurs des animaux et des analystes chinois dénoncent ce trafic illégal depuis plusieurs années et, après l’émergence du nouveau coronavirus, ils demandent l’interdiction réelle de ce commerce ainsi qu’un changement de mentalités pour l’abandon des pratiques culturelles très éloignées de la culture écologique moderne, et qui s’opposent aussi aux conventions internationales sur la protection des animaux et de la nature en général.

En février 2020, les autorités chinoises ont adoptée une nouvelle loi prohibant ce commerce illégal, « pour l’élimination de mauvaises habitudes de consommation et pour garantir la sécurité sanitaire de la population chinoise ». Compte tenu de la pandémie et des conséquences graves pour le monde entier, l’on peut espérer que le système de contrôle de ce commerce veillera désormais à l’application stricte de la nouvelle loi. Cela va contribuer également à mettre fin au trafic d’animaux sauvages en Afrique.

• L’ampleur de la pandémie du Covid-19 remet en question le mode de vie de toutes les sociétés humaines qui ont adopté la mondialisation capitaliste à outrance sans tenir compte de l’écologie, de la santé des êtres humains, et des habitudes de consommation des animaux (domestiques et sauvages). Ces pratiques sont courantes en Chine,dans les pays du Nord et du Sud. Por ces raisons, plusieurs analystes considèrent que le XXIe siècle devra être écologique et social pour assurer la santé publique et le progrès des sociétés humaines.Ainsi par exemple, le paléoanthropologue Pascal Pick(L’Obs du 20 mars) anoté que le nouveau virus est apparu au centre d’une civilisation mondialisée qui méprise la nature malgré les effets dramatiques du réchauffement climatique.

La propagation d’un virus qui n’avait aucun rapport avec les êtres humains a été catalysée par la mondialisation, la rapidité des transports aériens, le commerce transcontinental et le tourisme de masse.

De son côté, l’anthropologue américaniste Philippe Descola a observé que le capitalisme post-industriel qui régit le monde actuel se caractérise par la dégradation des milieux naturels, dont l’élevage intensif, l’agriculture industrielle, la colonisation interne et l’extraction de minerais et d’énergies fossiles. La mondialisation est régie par le marché, par la règle du profit le plus rapide possible.

Or, cette pandémie doit conduire à une « politique de la Terre » entendue comme une maison commune dont l’usage ne serait plus réservé aux seuls humains. » (Le Monde du 22 mai). • Les recherches médicales avancent rapidement dans plusieurs pays à la recherche de traitements contre le Covid-19.

Cependant, les remèdes seront longs à trouver, et notre meilleur espoir reste celui de la découverte d’un vaccin efficace qui, même s’il devra être renouvelé chaque année, puisse freiner la pandémie. Dans tous les cas, pour freiner les contaminations, il semble indispensable maintenir les mesures de protection et les gestes barrière, notamment dans les espaces publics.

• L’arrêt de l’économie provoque une récession pénible car elle augmente la pauvreté dans le monde. Face à ces défis majeurs, les États devront choisir des issues écologiques et sociales comme meilleur moyen d’assurer la protection des populations tant au Nord comme au Sud.

Aucun pays ne peut s’en sortir de manière isolée ; plusieurs analystes annoncent en effet l’urgence de la construction d’un nouvel ordre mondial dans lequel les pays voisins devront se solidariser pour s’entraider, et les pays du Nord devrontaider ceux du Sud car s’ils vont mal, eux aussi iront mal.

La solidarité dans chaque société, entre les secteurs prospères et pauvres est aussi indispensable. • La crise sanitaire actuelle devrai pousser l’Etat mauritanien à développer les infrastructures de santé indispensables pour la protection sociale des 4,4 millions de Mauritaniens (dont 33% vivent dans la pauvreté).

Mais pour améliorer vraiment les conditions de vie du pays (classé parmi les Pays moins avancés), la Mauritanie devra restructurer les systèmes d’éducation, encourager l’industrie(surtout non polluante, solaire et éolienne), et promouvoir un plan de transformation des matières premières (le fer, la pêche) qui puisse créer des emplois formels dont le pays a tant besoin. *

Cela étant, des chercheurs ont suggéré récemment qu’il ne faut pas seulement renforcer les systèmes de santé africains, mais aussi « les réformer à partir des réalités locales » car « seules les coalitions réformatrices internes, incluant des personnels de santé à l’écoute des populations, peuvent durablement améliorer la prévention et la prise en charge des épidémies et, au-delà, des nombreuses autres causes de mortalité qu’il convient de ne pas oublier. » (Jean-Pierre-Oliver de Sardan, Aïssa Diarra, Sylvain Birane, Le Monde du 31 mai[31]).

• Dans la difficile conjoncture actuelle, il estimportantde développer les réseaux de solidarité et d’entraide au sein de la société civile mauritanienne, riche en idées de progrès social et d’un meilleur partage des ressources naturelles du pays. Comme ailleurs, des familles prospères et les entreprises privéesmauritaniennes devront porter secours aux familles pauvres, ce sera la meilleure manière de soutenir les efforts de l’Etat pour réduire les contaminations autant que possible, en gardant à l’esprit que la crise va durer des longs mois. La solidarité sociale, dans le respect de la démocratie et des droits humains, est en effet le meilleur rempart contre le nouveau coronavirus.

• Enfin, on peut espérer que cette pandémieprovoquera un sursaut mondial pour la transformation du capitalisme post-industriel et la mondialisation qui méprise l’écologie. Dans ce cadre, on peut souhaiterla fin du tourisme de masse, la fin du commerce et de la consommation d’animaux sauvages,le développement de commerces de proximité, et, suivant Philippe Descola : l’instauration d’un revenu de base, l’impôt écologique proportionnel à l’empreinte carbone, la taxation des coûts écologiques de production et de transport des biens et des services. Il est temps de rêver…

§§§

Dr Mariella Villasante Cervello

Anthropologue, chercheuse associée à l’Institut de démocratie et droits humains, Pérou

Adrar-Info, le 2 juin 2020



[1]La meilleure source sur l’évolution du coronavirus dans le monde est Johns Hopkins University, https://coronavirus.jhu.edu/map.html
[2]Pour plus de renseignements, voir le dossier « La science face au coronavirus » de RFI, https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/sante/la-science-face-au-coronavirus-covid-19
[11] Voir Sonia Shah, Le Monde Diplomatique, https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547
[22]Voir aussi le dossier « Histoire des épidémies » de RFI, https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/sante/lhistoire-des-epidemies
[28]Pour plus de renseignements voir le dossier « Les conséquences géopolitiques du coronavirus Covid-19 » de RFI, https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/sante/la-science-face-au-coronavirus-covid-19
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