Dans l’ouest de la Mauritanie, un projet met fin à l’exode des agriculteurs et éleveurs

Dans l’ouest de la Mauritanie, un projet met fin à l’exode des agriculteurs et éleveursBAD - Lancé en 2005, grâce à la Banque africaine de développement, le Projet d’aménagement hydro-agricole du Brakna ouest (PAHABO) a permis de surmonter les aléas climatiques dans l’ouest de la Mauritanie, de créer une dynamique socio-économique locale et de retenir l’attention des groupes cibles.

Au final, un phénomène d’exode inverse a même été observé avec le retour de plus de 1500 familles dans la zone du projet.

« Nous sommes issus d’une famille d’agriculteurs et d’éleveurs et nous avons grandi dans ce milieu. Nous avons commencé par planter des arbres fruitiers que nous arrosions avec un bidon. L’espace était limité, et nous n’avions que peu de récoltes. Ce qui fait que parfois nous avions envie de partir ailleurs ».

A 44 ans, Atta Abdul Seck, agriculteur à Louboudou (ouest de la Mauritanie) se souvient encore qu’il était très proche de tenter l’aventure vers d’autres cieux. Mais ces quinze dernières années, l’homme a résisté au désir de quitter sa région natale.

« J’ai foi dans le projet PAHABO. Il m’a permis d’élargir notre zone de récoltes. Nous avons reçu (ma famille et moi) une aide en matériel agricole avec une moto pompe. Ceci nous a permis d’améliorer notre production, nous a motivés à garder le métier d’agriculteur et nous a fait renoncer à partir vers d’autres horizons », témoigne fièrement Atta.

Son frère-aîné Mamadou Abdul Seck, chauffeur de profession avait lui, pris la direction de la ville pour chercher du travail. Mais avec le temps, il est revenu à Louboudou. « Avant le PAHABO, nous ne cultivions que quelques légumes. Aujourd’hui, après les aménagements nous nous sommes ouverts à la riziculture. En tant que fils d’agriculteur, quand je suis revenu, ce qui m’a plu c’est de pouvoir continuer dans l’agriculture, car c’est ma culture », confie Mamadou.

En 2000, la Banque africaine de développement a lancé une étude économique et sociale de la zone du Brakna ouest, considérée comme l’une des régions les plus prioritaires en termes de développement. Une zone où la population est régulièrement exposée aux effets des aléas climatiques, à la dégradation des ressources naturelles et à l’insécurité alimentaire. Quatre ans plus tard, la Banque lançait le projet d’aménagement hydro-agricole du Brakna ouest pour un coût global de 12 millions de dollars avec le cofinancement de la Banque islamique de développement.

« L’objectif du projet était de ramener l’indice de pauvreté de la zone à un seuil au moins égal à la moyenne nationale. Ce seuil était de 55% à l’époque alors que la prévalence de la pauvreté atteignait ici 71%. L’enjeu était donc de nourrir les populations, améliorer la sécurité alimentaire, et permettre à la population de pouvoir vivre de son travail », explique Sidi Ould Ismaïl, ex-coordinateur du PAHABO.

Pour atteindre ses objectifs, le projet s’est construit autour de plusieurs composantes : l’aménagement d’infrastructures hydro-agricoles qui inclut le curage et la réhabilitation du marigot de N’diorol qui prend sa source au fleuve Sénégal (c’est la réhabilitation du milieu naturel) ; l’appui à la mise en valeur, au renforcement des capacités et à l’organisation des bénéficiaires (c’est la réhabilitation du milieu socio-institutionnel). L’opération a permis, à travers cette interaction socio-territoriale, d’augmenter les surfaces cultivables et irriguées en passant de 300 ha à près de 7000 ha.

Plus de dix ans après la mise en œuvre du projet, les résultats ont dépassé les objectifs et prévisions initiaux. En effet, plus de 1500 familles ont décidé de revenir dans la région, ce qui a doublé la population locale et de nombreux villages ont ainsi vu le jour entraînant la création de 4 marchés hebdomadaires. L’eau potable est désormais disponible pour plus de 10.000 habitants répartis dans 20 villages et les femmes sont de plus en plus émancipées.

Les jeunes ont développé l’élevage piscicole dans les marigots ce qui a aussi permis d’améliorer les revenus et l’état nutritionnel des habitants. Le développement de l’élevage ovin et bovin témoigne de l’amélioration des revenus (considérant l’élevage comme facteur de placement) et les constructions en dur et semi-dur sont un signe de meilleures conditions de vie. Les enquêtes réalisées ont montré que le stock alimentaire s’est développé (les ménages disposent de 6 à 8 mois de stock), l’accès des élèves aux écoles s’est amélioré ainsi que le niveau éducationnel, grâce aux revenus des activités féminines.

« Avec le projet PAHABO, nous avons reçu des formations sur le travail et la conservation des récoltes. Nous cultivons mieux, avec de meilleurs rendements et plus de bénéfices », témoigne Oumou Salif Diop, présidente de la coopérative Ndiorol forte de 150 femmes.

En plus de bénéfices agricoles et monétaires, le projet a permis une véritable réouverture au reste du pays. La construction de digues, de pistes, et des bretelles de jonction avec les principaux axes routiers du pays, a désenclavé la zone.

« Nous pouvions rester une semaine sans voir passer une seule voiture. Quand quelqu’un était gravement malade on ne pouvait pas l’évacuer, soupire Atta Abdul Seck. Nous sommes satisfaits de cette route. Maintenant les voitures viennent jusqu’ici, pour acheminer les récoltes au marché de Boghé grâce à la route construite par le PAHABO ».

Via cridem

 

 

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire