Un peu d’Histoire : Lorsque Ould Daddah plaidait la cause de la Chine auprès de Kennedy

273. Mémorandum de conversation1

Washington, 13 octobre 1963, 10 h

MATIÈRE

• Représentation chinoise

PARTICIPANTS

• États Unis:

o Le président J.F KENNEDY

o Sous-secrétaire d’État George W. Ball

o Secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines G. Mennen Williams

o Ambassadeur en Mauritanie Philip W. Kaiser

o Responsable de la Mauritanie Converse Hettinger

o Chef adjoint du protocole William J. Tonesk

o Agent de protocole Jay Rutherfurd

o L’interprète Alec G. Toumayan

 

• Mauritanie:

o Président MoktarOuld DADDAH

o Le ministre des Affaires étrangères Sidi Mohamed Deyine

o Directeur du cabinet du président Abdoul Aziz Sall

o Charge d’Affaires a.i.  à Washington Mohamed Nassim Kochman

o Aide de Camp au Président Lieutenant Mohamed SidinaSidya

 Texte:

Le président Kennedy a ensuite soulevé la question de la représentation chinoise, soulignant que ce serait une grave erreur d’admettre aux Nations Unies un pays engagé dans une politique de guerre.  Il serait particulièrement malheureux de le faire aux dépens de la République de Chine, membre fondateur de l’organisation, qui a une certaine équité en la matière.  Bien que la situation puisse changer avec le temps et que la Chine communiste puisse abandonner sa politique actuelle de tentative de communiser le monde par la guerre, l’admission de la Chine communiste aux Nations Unies à ce moment nuirait très sérieusement aux efforts des États-Unis pour empêcher les prises de contrôle communistes partout dans le monde.  bord de l’Asie, où les États-Unis sont fortement impliqués.  Commentant qu’il savait que le président Moktar, dans son récent discours de l’Assemblée générale des Nations Unies, a parlé de l’opportunité d’admettre toutes les nations à l’ONU, le président Kennedy a déclaré qu’il était fermement convaincu qu’il devrait y avoir une certaine reconnaissance de l’intention pacifique d’un pays avant qu’il ne soit invité à se joindre à lui.  l’ONU.

Le président Moktar a rappelé les relations amicales de la Mauritanie avec la République de Chine depuis l’accession de son pays à l’indépendance, et a noté que la République de Chine avait une ambassade à Nouakchott.  [Page 603] En même temps, s’il y a un pays en Afrique qui ne peut être accusé d’être communiste, c’est bien la Mauritanie.  En ce qui concerne la Chine, cependant, la Mauritanie a son propre point de vue.  La Mauritanie est pour l’universalité comme le sont les Nations Unies.  Lorsque le président Moktar a évoqué l’admission de tous les États indépendants à l’ONU, il a voulu dire ceux qui remplissent toutes les conditions de la Charte.  Lorsqu’un pays remplit toutes ces obligations, il devrait être autorisé à entrer dans l’organisation;  sinon, il doit être laissé de côté.  Pour la Mauritanie, le principe d’universalité est apparu très naturellement d’après le modèle fourni par l’ONU.  La République de Chine est un membre fondateur de l’ONU et ne doit pas être expulsée.  Quant à la Chine communiste, le point de vue de la Mauritanie n’est pas basé sur des informations très précises, car la Mauritanie ne dispose pas de toutes les informations disponibles aux États-Unis. Néanmoins, la Mauritanie pense que si la Chine communiste accepte toutes les conditions de la Charte, elle devrait être admise au  ONU.  Dans une organisation où la majorité des gens sont raisonnables, la Chine communiste serait influencée par les autres membres et rendue moins dangereuse que si elle était laissée à elle-même.  L’évolution de la politique soviétique suggère la justesse de ce point de vue et la décision occidentale de négocier avec l’URSS s’est avérée fructueuse dans la mesure où les Soviétiques ont fini par accepter le dialogue.  En conclusion, le président Mokhtar a déclaré que la Mauritanie, en tant qu’État africain, entend respecter la solidarité de l’OUA, et la position de son pays est celle de la majorité des États africains raisonnables.

Le président Kennedy a répondu que les États-Unis étaient militairement engagés par traité dans la défense d’un certain nombre de pays libres sous le ventre de la Chine communiste.  Dans ces conditions, et au vu de l’histoire récente des relations soviéto-chinoises, ce serait un coup dur pour les États-Unis et les Nations Unies d’admettre à cette dernière cette année un pays engagé dans la guerre nucléaire.  Tout en respectant le point de vue mauritanien, le président a souligné que l’admission de la Chine communiste aux Nations Unies à ce moment aurait un effet désastreux aux États-Unis.  Il serait d’ailleurs gênant, au moment même où nous essayons de faire quelque chose pour le Portugal et l’Afrique du Sud, d’admettre à l’ONU un pays dont la politique, à en juger par sa dialectique, est la guerre.  Peut-être qu’en temps voulu, la situation changera: la Chine communiste pourrait abandonner sa politique de guerre, et une solution à deux Chine pourrait s’avérer possible.

La discussion s’est ensuite tournée vers les relations américano-mauritaniennes.

1. Source: Archives nationales et administration des documents, RG 59, mémorandums de conversation du président: lot 66 D 149, octobre-novembre 1963. Confidentiel.  Rédigé par Hettinger le 31 octobre et approuvé par la Maison Blanche le 5 novembre. Le mémorandum est la partie V de VI.

Le Calame

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