Maintenir l’économie mauritanienne à flot : Un impératif face au Covid-19

De l’avis général, la crise du Covid-19 a été remarquablement gérée en Mauritanie. Mais derrière le nombre très limité de cas et de décès recensés, l’impact économique de cette crise est, lui, majeur. Il appelle à une union des efforts.

 

8 cas et un seul mort, à ce jour. Malgré ces bons résultats, les perspectives économiques à court terme se sont rapidement détériorées en raison de la forte dégradation de la situation mondiale et de l’impact des mesures de confinement nationales. Les retombées économiques et sociales de la crise devraient être considérables en Mauritanie. Selon les projections actuelles, l’économie se contractera de 2 % cette année et le déficit budgétaire global pourrait atteindre 3,4 % du PIB.

Dès le 24 mars, la Banque centrale de Mauritanie a adopté une série de mesures d’assouplissement monétaires pour parer à l’impact négatif que pourrait avoir la pandémie sur le système bancaire et l’économie du pays. Objectif : augmenter les ressources à la disposition des banques afin de leur permettre de maintenir et d’accroître le financement de l’économie. Face aux besoins urgents de financement de la balance des paiements, évalués à 370 millions de dollars, un mois plus tard, c’était au tour du FMI d’approuver un décaissement de 130 millions de dollars. Cette facilité de crédit permettra d’accroître les dépenses au bénéfice des services de santé et des programmes de protection sociale. Ils devraient aussi aider à catalyser une aide supplémentaire de la part des bailleurs de fonds.

« Les perspectives économiques à court terme se sont dégradées rapidement, le taux de croissance devrait devenir négatif cette année, entraînant de graves difficultés pour la population, et les perspectives sont très incertaines. Ces développements ont fait naître des besoins de financement urgents de la balance des paiements et du budget », résume  Mitsuhiro Furusawale, directeur adjoint du FMI.

 

Si la pêche représente une voie de salut, le FMI prévoit que l’industrie minière jouera un rôle considérable pour maintenir l’économie mauritanienne à flot. La production de minerais de fer et d’or, tirée par la SNIM et Kinross, semble perturbée par des conflits du travail et des menaces de grèves, ce qui plongerait davantage l’économie dans le gouffre.

 

Suspension d’activités économiques

 

Cette initiative salutaire du FMI a été nécessaire face aux suspensions d’activités économiques à travers le pays. Le commerce souffre et les activités portuaires sont presque à l’arrêt. Le cas le plus célèbre est certainement la suspension d’activité de BP, engagé depuis 2016 au large de la Mauritanie dans le projet de champ gazier Grand Tortue- Ahmeyim. Pour justifier depuis le 8 avril la suspension des paiements à son fournisseur Gimi MS, détenue à 70 % par Golar LNG et à 30 % par Keppel, auquel il était lié par un contrat de bail et d’exploitation de 20 ans signé en février 2019 pour l’affrètement, le pétrolier britannique évoque un cas de force majeure, du fait de l’épidémie de Covid-19. Le 2 mai, il a été un pas plus loin en annonçant par l’intermédiaire de sa filiale BP Mauritania Investments la suspension des travaux pour son projet de navire flottant de GNL sur le site Grand Tortue Ahmeyim et d’en retarder la livraison d’un an. Situé en Afrique de l’Ouest, aux frontières maritimes de la Mauritanie et du Sénégal, ce projet réalisé en partenariat avec Kosmos Energy doit assurer la fourniture d’environ 2,5 millions de tonnes de GNL par an. Des vérifications sont en cours pour évaluer la légitimité de cette décision et dans quelle mesure le cas de force majeure annoncé en est à l’origine.

 

Quoi qu’il en soit, cette initiative unilatérale est particulièrement malvenue dans le contexte actuel, où la stabilité économique s’avère plus que jamais nécessaire, et où tous les efforts sont nécessaires pour maintenir une économie précaire à flot. Alors que l’économie du pays repose avant tout sur les secteurs extractif et halieutique, ils se doivent de montrer l’exemple.

 

Ben Abdalla

Le calame

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