Le général Mohamed Ould Abdel Aziz: Incontrôlable ou incompris? (1ère partie)

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz: Incontrôlable ou incompris? (1ère partie)
 Avant-propos

Cette adresse n’est pas une tribune encore moins un réquisitoire destinés à accabler un homme qui a déjà un genou à terre. Car depuis sa malheureuse et inopportune conférence de presse à son domicile nouakchottois, il semble que le nom de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz soit désormais associé à un climat soupçonneux et pourquoi pas manichéen du genre  pour ou contre lui. D’ailleurs un parent pour qui j’ai beaucoup d’estime, une fois mis au courant du projet du présent article, m’a dit « attention, sois prudent». Et il a raison. Je ne rentrerais pas dans ce jeu subtil, pour la simple raison que ceux qui vouent Aziz aujourd’hui aux gémonies, l’avaient hélas un moment comparé aux trois parques romaines, «maîtresses de la destinée humaine».

Le comble est que pour ces esprits étroits en panne d’inspiration, à la procédure inquisitoire, il n’est point facile de parler d’Ould Abdel Aziz sans une «insinuation latente » à l’égard du président actuel, Mohamed Ould Cheikh Ghazwani. Eh bien, on peut parler d’Ould Abdel Aziz en bien ou en mal sans pour autant « épingler » Mohamed Ould Ghazwani, un président élu dont le souci est désormais le bien-être de sa population plutôt que d’inciter à tirer sur les corbillards…..Alors que ces indigents de la pensée inique soient rassurés par le simple fait que je ne jouerais pas au carriérisme avantageux du célèbre griot maure Sedoum Ould Ndjartou qui suscitait une rivalité épique, mieux une émulation lucrative entre les guerriers Idowich du Tagant et les Oulad Mbarek ou leurs cousins les Oulad Nacer de l’Est-Mauritanien.

Là, dans le cas ponctuel de Mohamed Ould Abdel Aziz, il s’agit d’un ancien président de la République qui a raté « un virage » au crépuscule de sa vie politique, au moment même où tous s’attendaient à une sage décision de sa part. Triste sort pour notre « Wangrin » national, tout en admettant que l’erreur est humaine. Qui ne s’est pas trompé un jour dans sa vie, au moins une seule fois ?

 

 

Histoire injuste
C’est parce que tout homme est soumis à la sévérité du jugement de l’Histoire, qu’en toute chose, il faut considérer la fin. Quoique que vous fassiez, et selon que vous soyez «puissant ou misérable», l’Histoire ne retiendra de vous, le plus souvent que votre dernier soupir, votre dernier geste, votre dernier acte surtout quand celui-ci ou celui-là se prête à la condamnation de la doxa. L’Histoire, encore elle, «cette vieille sorcière», dont on risque tous de rencontrer un jour le rôle funeste n’est heureusement pas une science exacte. Récit des événements du passé, elle s’érige d’abord en discipline subjective et somme toute « amorale».

Comme l’inconscient freudien qui prétend « nous gouverner et nous accusant de malades qui s’ignorent, elle refuse les auspices protecteurs, l’indulgence manifeste pour ne faire ressortir chez l’homme que le côté décadent, fallacieux, post-traumatique, un magma de représentations refoulées incompatibles alors d’avec les valeurs morales » que la société a érigées depuis des siècles en normes dogmatiques. Au fait que retient-on de Napoléon Bonaparte? Non pas Austerlitz, ni  même Aboukir, mais le plus souvent sa captivité sur l’île de Sainte-Hélène (où il finira ses jours), pour les uns, le rétablissement de l’esclavage aux Antilles pour d’autres; du géorgien Joseph dit Staline? Acteur incontournable du second conflit mondial, homme d’Etat avisé, que le goulag de Sibérie? Chez nous en Mauritanie, que vous inspire alors le grand bâtisseur et émir du Trarza Hédi Ben Ahmed Ben Demane ? Rien que…. Tertelasse.?!!! L’Histoire serait-elle tant injuste, aussi ingrate pour ne retenir chez les hommes (qui la font) que leur sombre destin, à savoir la faiblesse coupable d’un moment ou quelque erreur sur « l’échiquier», même après avoir surfé sur des lauriers?
Le « naufrage’’ récent de l’ancien président Mohamed Ould Abdel  Aziz, qui a raté sa sortie de la scène politique et sociale, en cassant tous les codes de la déontologie et en donnant un alibi  tranchant à ses concitoyens de disserter sur l’écriteau de son épitaphe, en bon ou mauvais président, se doit-il d’attirer notre attention. Personnellement, j’ai cherché le moindre critère à décharge pour comprendre l’attitude de mon frère et ami Aziz et je doute d’en trouver. Sur ce cas précis, dois-je répéter. Voilà que nous sommes tous en droit de demander comment mais surtout pourquoi cette séance de masochisme ….ambiant, l’ancien président s’est-il infligée, suscitant de facto la désolation chez la majeure partie de l’intelligentsia et du parterre mauritaniens, composés entre autres de ses sympathisants, adversaires politiques ou détracteurs, toutes tendances confondues.

Le ver était-il longtemps dans le fruit? Qui est alors Mohamed Ould Abdel Aziz, cet homme qui nous a fait tant rêver avec des slogans probants au début, avant de faire chuter lui-même son buste du piédestal, en dopant du coup ses adversaires politiques d’abord et le simple citoyen lambda de la ferme volonté de l’auditionner devant une commission parlementaire pour « crimes économiques »?
1/De l’espoir au chaos
Un interlocuteur, qui semble baigner dans les secrets du microcosme politique nouakchottois depuis des lustres, m’a dit en ces termes, le mois de Mars dernier: «Ely, si ton ami Aziz n’était pas porté sur l’argent, il aurait été l’un des meilleurs présidents que l’Afrique ait produits, à l’instar de Kwamé Nkrumah du Ghana,Thomas Sankara, Jemal Abd Nasser, ou Mouammar Kadhafi « . Et mon vis à vis d’ajouter: «Cet homme a le courage et l’allant patriotique suffisants, deux qualités indispensables aux  dirigeants africains de nos jours, le plus souvent sous tutelle ou parapluie….exogènes. Téméraire, hargneux, impavide, iconoclaste, peu soucieux de son image, il est tout ça. Admettons. Quant à la cupidité, c’est un fléau incurable qui englobe toutes les tares imaginables et surtout, elle est incompatible avec l’exercice d’un pouvoir irréprochable, synonyme de probité, de progrès social et économique. Cette cupidité est impardonnable si elle est couplée à l’avarice, comme on peut le constater chez l’ancien président.
Malheureusement, l’Histoire ne retiendra de cet officier que la grisaille, le côté tristement célèbre des événements dont il est l’acteur principal, à savoir les crimes économiques, qui ont abouti au détournement de centaines de milliards d’ouguiya. Ainsi le nom d’Ould Abdel Aziz ne pourrait souffrir d’exception à cette logique que la discipline d’Hérodote semble nous imposer. D’ailleurs toi qui prétend connaître « ton Aziz » sous d’autres cieux probablement plus cléments et sincères, quand et d’où est-ce qu’il  a contracté cet amour gargantuesque pour l’argent? Fermons les guillemets…..Au début j’étais désemparé du fait que ce grand connaisseur de la scène politique mauritanienne puisse réduire le « naufrage » d’Ould Abdel Aziz à sa seule proximité d’avec le magot. S’il y a de la vérité dans ce discours, il faut admettre  également  qu’un être humain c’est aussi l’assemblage de plusieurs circonstances psychique, intellectuelle, morale et sociale (éducation parentale, scolaire, fréquentation au moment de l’adolescence, à l’âge adulte surtout où la responsabilité se précise).

Ne dit-on pas que « l’homme naît naturellement bon et que c’est la société qui le corrompt » (Rousseau)? Mais enfin pour beaucoup de Mauritaniens et à propos de Mohamed Ould Abdel Aziz, « les faits sont faits’’, quelle que soit sa ligne de défense. Là, il ne s’agira pas de constater seulement les faits, gestes et dires de l’ancien président. Nous devons pousser notre investigation au-delà des limites de la raison qui, pourtant, demeure notre seul instrument d’appréciation, notre baromètre de jugement, face au réel qui, lui par contre, risque à tout instant de nous surprendre. Car il y a chez Aziz plus de «visibilité compliquée que l’invisible pourtant simple». En effet, dès qu’on évoque le cas spécifique de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, l’aiguille aimantée perd le Nord magnétique, la clepsydre se vide, le « temps suspend son vol’’.

Même les observateurs les plus avertis, les journalistes objectifs, les commentateurs obstinés, et enfin les psys se noient en conjectures. Parce qu’Ould Abdel Aziz est une créature qui a sa propre weltanschauung, comme disent les penseurs Allemands. C’est une « monade » insaisissable qui répond peu à la norme statistique sociale, et qui semble jouir de sa propre logique. Ah oui il y a la logique « illogique » de l’Ecole Mégarique, la logique constructive aristotélicienne et la très discutable logique azizienne. Alors Aziz serait-il un extraterrestre, un impérieux, un génie mégalo? Oui, il est un peu de tout ça. Mais hélas, pourquoi en « petit homme vert», me diriez-vous, ses douze travaux d’Hercule échafaudés en deux mandatures, se sont tout simplement  transformés en l’éternelle corvée des gnomes Joujé We Majoujé (Gog et Magog), ou plus prosaïque, en légendaire « service Denebja »?
Pour comprendre le cheminement de la vie politique d’Aziz, il faut remonter à l’année 1994, dès son retour du Maroc, juste après son cours d’Etat-Major. Où il voit que toutes les portes se sont refermées devant lui. Assis sur une pente raide, tirant le diable par la queue au moment où le cousin germain, feu Ely Ould Mohamed Vall, puissant directeur de la sûreté, brasse des millions par jour de la fédération des transports. La hargne, le désir de se surpasser, l’ambition de se faire de l’argent coûte que coûte afin de dépasser « tous ces voleurs qui pillent les ressources de l’Etat’’ se précisent. De 1994 à 2000, avant de reprendre le fameux Basep (bataillon présidentiel), qui lui permettra d’assouvir ses désirs, Aziz n’a pu se surpasser pour l’instant qu’en sport où il pouvait courir 20 km par jour sans se fatiguer. Pour oublier les soucis et l »injustice », la pratique sportive sera le seul remède, avant que les caves du palais ne s’ouvrent enfin pour lui.

Ce qui est étonnant, c’est qu’à la fin de l’année 1980, je me souviens avoir amené Aziz au stade de Kaédi pour faire avec moi quelques tours du stade, et il n’a pu terminer les premiers 400 mètres que les mains déjà sur les hanches. Quinze années plus tard, Aziz était capable de défier n’importe quel coureur de longue distance.!!!.Voilà une volonté digne d’un fantassin de l’Empire Ottoman! De 2005 (année du coup d’Etat contre Maawiya et qui a suscité tant d’espoirs) à 2007, il fallait laisser au ’’grand frère’’ Ely Ould Mohamed Vall le soin de diriger le pays. De 2009 à 2019, il est inutile de vouloir réécrire l’histoire, nous la connaissons tous. Mais enfin ce qui  est étonnant encore c’est le « naufrage » imprévisible d’Ould Abdel Aziz aussitôt après la passation de pouvoir entre lui et son frère, ami, compagnon d’armes Mohamed Ould Ghazwani. Serions-nous en face d’une espèce d’homme incontrôlable comme le temps que nous subissons, ou d’un « géant » incompris des misérables créatures que nous sommes?

  

2/ L’ennemi de l’homme politique c’est d’abord sa famille, petite ou grande (Senghor?)
Selon les historiens, «si Hitler n’avait pas attaqué la Russie le 22 Juin 1941, peut-être qu’il serait mort dans son lit comme le dictateur espagnol Franco». Aussi si Aziz n’avait pas commandé le Basep (bataillon pour la sécurité présidentielle), il n’aurait  probablement pas disposé de leviers pour conquérir le pouvoir. Aussi nous n’en serions probablement pas là pour parler de lui….

(A suivre, Inchallah)

Ely Ould Krombele, Vitry-sur-Seine, France

chezvlane
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