Ahmed Yedaly : Un peu de lumière, s’il vous plait

Mauritanie : passe d'armes entre frères présidents - Le PointNous avions tous considéré que la cérémonie solennelle de passation des pouvoirs, le 1er Août dernier, entre l’ex-Président Aziz et le nouveau Président Ghazouani, mettait fin au mandat du premier et intronisait le second, de façon légale et définitive.

Qu’en est-il, 8 mois après ?

A peine sorti de la cérémonie de passation des pouvoirs, l’ancien Président, se mit à confirmer, à qui veut l’entendre, qu’il a quitté le Palais, mais pas le pouvoir. Il entama un long voyage, avec armes et bagages, où les principales stations furent la Turquie et le Royaume-Uni, à partir desquels, il lança messages et appels, pour annoncer la consolidation de son pouvoir parallèle. Son retour au pays sonna le glas d’une opposition ouverte et illégale, au nouveau pouvoir auquel il lança, publiquement, défis et provocations. Le coup manqué du 28 Novembre à Akjoujt, mit le feu aux poudres. Et depuis, la guerre larvée, prit progressivement la place d’une longue amitié, à laquelle le congrès de l’UPR semble avoir donné le coup de grâce. L’ex-Président, un habitué des grandes manouvres, donne actuellement l’impression d’avoir mis un bémol (provisoire ?) à sa stratégie de lutte, pour mieux jauger les forces de l’adversaire.

 

Pendant ce temps, le Président Ghazouani, ex-général, sorti des grandes écoles, de la paix et de la guerre, ausculte le paysage politique et surveille l’aiguille de sa balance. Un paysage politique marqué par les tempêtes du passé et qui profite d’une accalmie, voulue, dont il redoute, pourtant, la suite. L’équipe gouvernementale, mise en place par le Président Ghazouani pour réaliser son programme électoral, prêche par hétérogénéité et semble marquer le pas face à l’ampleur de sa mission, dans un contexte socio-économique particulièrement difficile. L’aile politique du pouvoir se saisit alors de la barre et cherche à prioriser les tâches, en initiant des programmes qui puissent à la fois satisfaire la demande populaire (sociale, économique et politique) et affaiblir l’audience d’une certaine opposition, latente, mais pesante. C’est dans ce contexte difficile, et en attendant de pouvoir mobiliser les ressources financières extérieures dont l’économie a cruellement besoin, que le Président Ghazouani, épaulé par un parlement récemment réajusté, tente de faire restituer au trésor public l’argent dont il a été illégalement délesté.

Et comme l’argent c’est le nerf de la guerre…

La cour des comptes, d’abord, puis les députés, se chargent de déblayer les pistes qui devront conduire jusqu’au trésor caché. Une approche qui ne tarde pas à produire ses effets, en projetant au-devant de la scène, non pas un adversaire politique (c’est immoral), mais un potentiel détourneur de l’argent du peuple. C’est là que les « morveux » se sont sentis obligés de se moucher, en mobilisant tout leur arsenal, au cœur duquel se trouvent  les « taupes », toujours au top, au cœur du pouvoir.

Le COVID-19, troisième larron

Ce nouveau venu, qui menace tous les camps et absorbe toutes les ressources, va jouer non pas l’arbitre, mais le trouble-fête. L’occasion pour le pouvoir de démontrer son ingéniosité et sa fidélité à ses promesses sociales, en transformant l’aide publique en un plan de bataille contre le Virus. Une bataille dans laquelle, ses adversaires, acculés par les soupçons de corruption qui pèsent sur eux et par la main de la justice qui les hante, n’auront pas d’autres choix que de raser les murs, en attendant que la tempête passe.

Une occasion pour le Président Ghazouani de prendre (enfin !) ses distances par rapport à ses adversaires et à rassurer (enfin !) ses amis.

 

Ahmed Yedaly

 

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire