Dr Mohamed Ould Radhi : La guerre internationale contre le covid 19 : échec d’un système, succès d’un autre

Docteur Mohamed Ould Radhi | أقلامLes systèmes politiques économiques et sociétaux ne sont pas aussi solides et aussi durables que nous les imaginons car il s’agit d’une construction fondée sur une dynamique du vivant et fortement dépendante de celle-ci.

L’histoire des peuples et des nations est jalonnée de grands bouleversements voire de grands cataclysmes  sans signes avant-coureurs et ressemblent -dans leur spontanéité et leurs conséquences- plus à des catastrophes naturelles  qu’à des évolutions sociétales où l’action anthropique et son interaction avec la nature, l’espace et le temps expliquent les causalités entre le passé et le présent et fournissent des outils de projection pour tracer les contours de l’avenir.

Le Covid-19, ce virus qui n’a  encore livré que trop peu de ses secrets, a semé la panique partout au monde laissant sur son passage le long d’une trajectoire infinie, des morts par dizaines de milliers, des souffrances  , des hôpitaux regorgés, une humanité meurtrie et un système de valeurs désarticulé, et mis  à nu la précarité des systèmes politiques jadis considérés comme des systèmes modèles et un luxe que très peu de peuples ont le droit de revendiquer.

Tout le monde constate sa fragilité devant un microorganisme non vivant ou vivant par hébergement, qui défie la technologie et les outils de guerre (avions de combats, porte-avions, missiles de croisières, drones …) qui ont toujours été depuis assez longtemps les seuls générateurs de morts collectives à sens unique.

Né dans le dernier bastion communiste au monde, le Coronavirus entame une croisade  qui n’épargne aucun pays, ne fait aucune différence entre pauvre et riche, puissant et faible et repartit la mort dans les quatre coins du monde.

Dans son foyer d’origine, le covid-19 capitule rapidement et n’emporte que 4% des 89000 personnes infectées, seulement un mois aurait suffi à ce grand pays pour tourner la page de ce virus qui continue sa randonnée macabre à travers tout le reste du monde.

 

Alors pourquoi un si peu de temps aurait suffi pour mettre en échec cette croisade dans un pays d’un milliard et demi d’habitants et avec un taux de létalité de seulement 4%, au moment où les grandes puissances de l’occident enregistrent des taux de létalité de 10%  et se tournent vers le ciel scruter sa clémence après l’échec des moyens mis en œuvre par les meilleurs systèmes de santé sur terre ?

Pour l’OMS, outre les mesures d’hygiène classiques, le confinement et le distancement social, sont pour le moment, les seuls moyens de contenir la progression mortelle de ce fléau.

Mais le confinement et le distancement social sont des actes disciplinaires qui ne peuvent être strictement respectés que par soumission à un ordre politique, ou par l’existence d’une police interne d’essence culturelle et/ou religieuse.

Pourquoi alors de telles mesures réussissent  aussi facilement en Chine et échouent aussi cruellement  en occident ?

En occident de l’après guerre, la philosophie du pouvoir politique repose sur un fondement cardinal qui fait de la liberté individuelle l’unique religion d’état ;  celle du pouvoir économique  sur un laisser aller et laisser faire  d’un capitalisme à outrance pour s’accaparer des richesses de la nation.

L’immobilisme des autorités politiques  vis-à-vis des mesures restrictives de la liberté se comprend sous cet angle et le résultat fut dramatique, les états se retrouvent soudainement  en état de guerre sans guerre, des cortèges funèbres dans toutes les villes, des cris et des larmes nuit et jour et des pouvoirs publics débordés, les alliés et les amis d’hier tournent le dos aujourd’hui, interdisent les vols à destination et en provenance des foyers infectés,  les autres (russes et chinois) organisent des ponts aériens portant les secours et les équipes médicales de très haut niveau …..On s’est  réveillé sur un monde différent de celui sur lequel on s’est endormi la veille.

Par contre en Chine l’autorité politique dispose des moyens appropriés pour mettre en application les décisions publiques de quelle nature qu’elles soient …..Le chinois est culturellement et politiquement discipliné.

Le système d’organisation sociétale est fondé sur une  triple architecture confucéenne (Confucius), Taoïste (Lao Tseu) et bouddhiste,  doublée de la rigueur de l’organisation de l’appareil d’état communiste.

Pour Confucius et son disciple Mencius – qui l’a réécrit et qui fut pour lui ce que fut Platon pour  Socrate en Grèce antique-, l’idéologie de l’état repose sur un système de gouvernance assimilé au fonctionnement de l’organisme humain où l’intérêt public prime sur l’intérêt privé.

Une tête qui commande -le sage qui doit être modèle et qui incarne l’intérêt public- et des organes qui exécutent les ordres reçus  suivant des lois organiques…… une centralisation marquée qui n’aurait jamais déplu au communisme.

Au cours la première moitié du 20éme siècle Mao Tsé Tong découvre la portée révolutionnaire de l’idéologie marxiste qui n’est, en fait, qu’un stimulus des reflexes structurant la société chinoise depuis le sixième siècle avant l’ère chrétienne.

Marx et son compagnon ouvrier Engels, fortement influencés par les conditions de travail ouvrier en Angleterre, particulièrement à Manchester à l’aube de la révolution industrielle, analysèrent l’accumulation de la marchandise comme le produit de la seule valeur travail.

Ils concluent que ce système  injuste conduira inéluctablement vers une fin tragique du capitalisme.

Cet intérêt à la classe ouvrière fut développé par Confucius depuis le sixième siècle avant l’ère  chrétienne…..en le plaçant dans son contexte historique, Confucius fut alors plus marxiste que Marx et plus prolétarien qu’Engels.

Le communisme prêche pour une société égalitaire, juste, où l’état demande de chacun ce qu’il peut et offre à chacun ce dont il a besoin.

Lao Tseu, un autre philosophe chinois contemporain de Confucius, avait précédé tout le monde dans cette approche égalitaire et trop utopique…..il vénérait la nuit sur le jour, parce qu’elle camoufle les  différences entre les personnes.

 

Le bouddhisme, la troisième religion terrestre de Chine, ne reconnait aucune autorité céleste, « la religion est l’opium des peuples », troisième dogme marxiste, stimulera sans doute ce reflexe bouddhiste.

Face au covid 19, le succès chinois et l’échec du modèle occidental annoncent une nouvelle ère, des reconsidérations des systèmes et modèles de gouvernance politique, économique et sociale et des révisions profondes des relations internationales.

Deux événements majeurs ont marqué l’histoire de l’humanité depuis la deuxième moitié du siècle dernier; la seconde guerre mondiale et la guerre internationale contre le covid 19.

Au lendemain de la fin de la seconde guerre mondiale, les états unis d’Amérique, très peu touchés par les affres de la guerre et parmi ses grands vainqueurs, organisèrent le monde  de façon à le dominer sur  les plans, politique, économique et financier.

Ils créeront l’OTAN pour y fédérer les puissances européennes agenouillées, créeront Bretton woods (fonds monétaire international et banque mondiale) pour maîtriser les économies fragiles et lanceront le plan Marshall pour dominer les économies européennes en ruine.

L’usage forcé du dollar comme unique instrument de transactions finira le reste et la domination deviendra parfaite et sans aucun coût financier…..la planche à billet du billet vert fonctionne hors de tout contrôle……le monde demeure américanisé pour de longues décennies.

La guerre internationale contre le covid 19, survient au moment où des nations émergentes se révoltent contre la domination du dollar dans les transactions commerciales, du Swift dans les communications financières interbancaires, créent des ensembles économiques géants et annoncent le début de la fin de l’hégémonie américaine.

Depuis l’ouverture de la chine au commerce international durant les années 70, l’expansion agressive des produits chinois et le taux de croissance à deux chiffres qui en a résulté ont conduit à placer l’empire du milieu au numéro deux mondial en matière de création de la richesse avec une classe moyenne de 400 millions de personnes.

Cette ascension fulgurante a permis au pays de s’accaparer de 20% des exportations des biens intermédiaires se plaçant ainsi en tête de peloton d’un marché qui représente 30% de la production industrielle mondiale.

Détenteur de 7% des titres du trésor américain, grand prêteur des pays d’Afrique et d’Amérique latine en plus de ses 3000 milliards de réserves de change, ce grand vainqueur de la guère internationale contre la pandémie du coronavirus,  semble bien parti pour conduire la locomotive du nouvel ordre mondial de l’après covid 19.

La Chine, berceau de l’une des plus rayonnantes civilisations mondiales et la plus grande puissance maritime au monde jusqu’au 15éme siècle de l’ère chrétienne, renoue avec les causes du développement en douceur et sans trop de bruit.

Cette guerre mondiale contre le covid 19 est une guerre d’une autre nature, moins de pertes humaines certes mais conduira à une métamorphose totale du schéma actuel des relations internationales et un bouleversement profond des priorités de développement en plus de davantage de limites aux velléités belliqueuses.

La Chine, contrairement à l’Amérique, continue sa reconquête en douceur, récupère Macao des portugais, Hong Kong des Anglais et prépare le retour de Taiwan tombé aux mains des hollandais au 17éme  et plus tard aux mains des nationalistes sécessionnistes de Chang Kai Tchek.

En 1973, Alain Peyrefitte écrit un essai  titré : quand la chine s’éveillera….le monde tremblera,  en 1996 il publiât : la Chine s’est éveillée et en 2020, il semble que cet éveil prend désormais des dimensions irréversibles.

Docteur

Mohamed Ould Radhi

 

 

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